Qui sont les députés LR "constructifs" et à quoi jouent-ils ?

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ZIZANIE À DROITE – La centaine de députés LR ne siégera pas ensemble à l’Assemblée nationale. Une petite vingtaine a préféré s’allier mercredi avec les centristes de l’UDI afin de constituer un groupe d’opposition bienveillant à l’égard du gouvernement. Explications.

A l’issue des élections législatives, plus d’une centaine de candidats LR ont été élus. Pourtant, le groupe parlementaire des Républicains affiche un effectif inférieur à 100 députés (98 précisément). En effet, près d’une vingtaine de parlementaires élus avec l’étiquette LR ont décidé de faire bande à part et de s’associer à la place avec ceux de l’UDI. 


Ce groupe, baptisé "les constructifs", compte actuellement près de 40 membres (moitié de centristes UDI et moitié d’élus LR). Hors de la majorité présidentielle, il figure donc dans l’opposition, comme l’a assuré ce jeudi sur LCP le député UDI Yves Jégo.

Sauf qu’en écoutant Thierry Solère, pressenti pour présider ce groupe, ces députés se veulent avant tout bienveillants à l’égard des textes de la majorité. Rappelons au passage que parmi eux, beaucoup n’ont pas eu de candidats REM face à eux lors des élections législatives.


"La position qui est la nôtre est clairement d’accompagner et d’aider à la mise en œuvre des bonnes réformes, demander des corrections quand il y a aura des corrections à obtenir. Et nous serons beaucoup plus crédibles au regard des Français et au regard du gouvernement à obtenir ces corrections parce que nous n’avons pas eu de postures politiciennes", a déclaré Thierry Solère, par proche du Premier ministre Edouard Philippe.

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Une proximité qui a poussé certains à droite à rebaptiser, non sans ironie, ce groupe "les philippistes". "Ça me semble excessif de l'appeler les philippistes", a rétorqué le chef du gouvernement mercredi soir sur TF1, constatant que ce groupe n’était pas "dedans" mais "à côté" de la majorité parlementaire REM.


Dans son histoire récente, le principal parti de droite s'est déjà scindé en deux sous-groupes à l'Assemblée, au plus fort de la guerre entre François Fillon et Jean-François Copé, fin 2012. Mais cette partition s'expliquait alors par une lutte de pouvoir plutôt que par des divergences de fond. L'aventure n'avait alors duré que quelques semaines. 

Mise à distance avant une future exclusion ?

Or cette fois, la rupture entre les parlementaires de droite "canal historique" et ceux qui refusent de s’inscrire dans une opposition frontale semble durable. Cela se traduira par une attitude différente lors du vote de confiance au gouvernement le 4 juillet. Alors que les députés LR "canal historique" excluent de la voter, les "constructifs" hésitent, pour l’heure, entre le fait de la voter ou l’abstention. 


Ce qui équivaut presque à un crime-lèse de majesté pour les dirigeants LR. En bureau politique, Bernard Accoyer, le secrétaire général du mouvement a déclaré que "la création d'un nouveau groupe dissident, en soutien au gouvernement,  constituait une grave mise en cause des engagements pris devant les électeurs". Selon lui, "l'inscription au sein d'un autre groupe que celui des Républicains vaudrait mise à distance de notre famille politique".


Toutefois, pour diminuer l’impact de cette fronde au sein de la droite, l’ancien président de l’Assemblée nationale préfère jouer la carte du non-évènement. "N'en faisons pas une montagne. L'UDI n'arrivait pas à faire un groupe toute seule. Elle a décidé, avec la complicité de (Thierry) Solère et de quelques autres, de faire un nouveau groupe. Il y a un petit point de communication un peu pervers, d'ailleurs vous mordez à cet hameçon, à se faire appeler 'constructifs'. En réalité ce sont des supplétifs", a encore expliqué Accoyer ce jeudi, sur Radio Classique. 

Wauquiez les rebaptise "les destructifs"

Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, préfère quant à lui les appeler "les destructifs" car si quantitativement, le groupe LR "canal historique" reste encore bien supérieur à celui des "constructifs", il pourrait perdre d’autres membres au fil des semaines. 


En effet, l’OPA de Thierry Solère et de ses amis n’est pas terminé. Comme l’a souligné Franck Riester, proche de Bruno Le Maire, ils souhaitent bel et bien devenir "la troisième force politique à l’Assemblée nationale" (c’est actuellement le Modem avec une quarantaine de députés, ndlr). "On pourrait être entre 45 et 50. On a vocation à accueillir des personnalités qui se retrouveraient dans le même état d’esprit", poursuit l’UDI Maurice Leroy, rapporte Le Figaro. 


Si la devise "diviser pour mieux régner" est vieille comme le monde, Emmanuel Macron démontre avec un certain brio qu’elle reste, encore de nos jours, d’une efficacité redoutable. Après avoir éparpillé le PS façon puzzle lors de la présidentielle, il est en train de faire imploser la droite, réduisant de facto les voix d'opposition.

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