"Le meilleur moyen c'est de bloquer la préfecture" : le maire d'Evreux au cœur d'une enquête pour avoir incité à un blocage

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La colère des Gilets jaunes

MALENTENDU ? - Guy Lefrand a été auditionné ce vendredi par la police, qui lui reproche d'avoir incité des Gilets jaunes à bloquer le site de la préfecture. Si le maire Les Républicains nie avoir tenu de tels propos, une enquête a été ouverte. L'émission Quotidien s'est procuré la vidéo avant qu'elle ne soit supprimée du réseau social...

Guy Lefrand est-t-il impliqué de près ou de loin dans le blocage de la préfecture de l'Eure ? C'est ce que devra déterminer l'"enquête de flagrance pour des faits de complicité par instigation d'organisation d'une manifestation non autorisée". Si le maire d'Evreux se défend d'avoir incité les Gilets jaunes à un quelconque blocage, peu sont prêts à le croire. Et pour cause : une vidéo - postée sur Facebook et que Quotidien s'est procuré avant qu'elle ne soit supprimée  - montre clairement l'élu Les Républicains "conseiller" les Gilets jaunes locaux. 

"Qu’est ce que vous attendez, vous, comme soutien ?" leur demande-t-il en préambule. "Parce que vous soutenir officiellement, je veux bien mais ça va faire récupération et tout ça". Un des manifestants lui demande alors des conseils pour avoir plus de visibilité et là clairement, le maire lâche : "Le meilleur moyen c’est de bloquer la préfecture".

Guy Lefrand répond même à une manifestante qui préférerait bloquer le centre des impôts : "C’est très symbolique, ça ne changera pas grand-chose [...] mais le symbole n’est pas mauvais." Se rappelant ensuite à son rôle d'élu, il ajoute, au bout d'un moment  : "Moi, je ne vous conseille pas de bloquer les choses, mais si vous le faites, faites-le plutôt sur des services de l’Etat".

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La vidéo a rapidement fait "le buzz" sur les réseaux sociaux, conduisant le ministre de l'Economie Bruno Le Maire - dont Guy Lefrand était le suppléant aux législatives de 2007 dans la première circonscription de l'Eure - a "condamné sans réserve" ces propos.

Les Gilets jaunes, eux, semblent plutôt les avoir écoutés à la lettre. Le lendemain, la préfecture était bloquée par des manifestants contre la vie chère. "Quand ce type de propos problématiques est suivi le lendemain par une manifestation devant la préfecture, on fait le lien", a indiqué Dominique Puechmaille, procureure de la République d'Evreux, à l'AFP. C'est donc tout naturellement qu'elle a décidé d'ouvrir une enquête.

Complot médiatique ? Pour Guy Lefrand, on n'en est pas loin. Selon lui, la presse aurait déformé ses propos. Dans un communiqué publié sur Twitter, il explique s'être rendu "sans délai" au commissariat pour pouvoir s'expliquer après avoir reçu une convocation. Il y assure avoir écouté les Gilets jaunes en sa "qualité d'élu de la République et de maire".

Et ses conseils alors ? Il n'en fait pas part, indiquant simplement qu'il a demandé aux manifestants "de ne pas se tromper de cible et que bloquer le centre-ville, pénaliser son activité ses commerces et tous ceux qui y travaillent n'était pas une solution à leur combat." Il affirme regretter "les malentendus qu'ont pu susciter (ses) propos".

Ce mea-culpa à demi-mot sera-t-il suffisant aux yeux de la justice ? La procureure d'Evreux attendait ce vendredi soir la transmission des procès verbaux pour décider de la suite à donner. La sanction éventuelle peut aller du simple rappel à la loi à six mois de prison et 7.500 euros d'amende.

Peu importe l'issue de l'affaire, Guy Lefrand aura une nouvelle fois réussi à faire la Une, sans qu'il soit question d'un de ses projets politiques. Il semble un habitué du fait, puisqu'il y a un an déjà, il s'était fait remarquer pour avoir organisé lui-même la grève de ses services municipaux, en réponse à la suppression de la taxe d'habitation.

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