Raccourcir ou non les vacances scolaires : pourquoi Jean-Michel Blanquer relance (prudemment) le débat

ÉDUCATION - Le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer a confirmé lundi matin à LCI qu'il était ouvert à un débat sur le temps scolaire, sans pour autant remettre en cause pour l'heure la durée des vacances. Pourquoi ce sujet revient-il sur le tapis ?

C'est l'un des grands débats récurrents de l'Education nationale. Avec huit semaines de vacances scolaires en été, la France met-elle ses enfants trop longtemps au vert ? Si Emmanuel Macron n'avait pris aucun engagement sur la question durant sa campagne, la remise en cause des rythmes scolaires - avec le retour possible pour les communes à la semaine de quatre jours - pouvait laisser penser que la question reviendrait tôt ou tard sur le tapis. Début juin d'ailleurs, le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer avait déjà indiqué son souhait de remettre le calendrier scolaire en chantier. 


Et ce week-end, dans le JDD, l'intéressé a estimé "qu'à chaque fois qu'on parle du rythme de l'enfant au XXIe siècle, on doit se poser la question des vacances, qu'il s'agisse de l'été ou des vacances intermédiaires. C'est un sujet plus important que celui du rythme hebdomadaire". Interrogé à nouveau par LCI, lundi matin lors d'un déplacement à Versailles, le ministre s'est toutefois montré très prudent : 

Je n'ai pas parlé de raccourcir les vacances. J'ai parlé d'avoir une vision du temps, non seulement journalière, hebdomadaire, mais aussi annuelle. Pour en parler simplement...Jean-Michel Blanquer

Le précédent Peillon

Si le ministre se montre prudent sur la question, c'est parce qu'il sait que la question des congés scolaires est particulèrement sensible. Alors qu'il lançait sa réforme des rythmes scolaires en 2013, l'ancien ministre socialiste Vincent Peillon avait émis l'idée de réformer l'ensemble du calendrier annuel. Il souhaitait ainsi passer de 35 à 36 semaines par an travaillées à 37 ou 38, estimant que la très forte concentration d'enseignements dans une courte période était nuisible à l'apprentissage des élèves. Il se basait notamment sur certains exemples européens, comme l'Allemagne ou le Royaume-Uni, où l'apprentissage est plus étalé sur l'année, et les vacances d'été par conséquent plus courtes. 


Alors que la réforme des rythmes scolaires passait difficilement, Matignon avait alors rapidement renvoyé ce chantier à plus tard, avant que la ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem ne l'enterre à son tour. La dernière refonte en date, l'an dernier, avait consisté notamment à faire débuter les vacances de la Toussaint en milieu de semaine, ce qui avait par ailleurs suscité des critiques des professionnels du tourisme. 

Quels sont les arguments pour ?

En 2013, Vincent Peillon (qui avait rallongé à deux semaines les vacances de la Toussaint) jugeait que le fait de passer à 37 ou 38 semaines travaillées par an en rognant sur les grandes vacances, avec deux zones, serait moins fatiguant pour les enfants et donc plus propice à l'apprentissage. 


Certaines organisations de parents d'élèves y voient aussi un enjeu social, estimant que les huit semaines de coupure en été sont particulièrement nuisibles aux enfants de milieux défavorisés, qui risquent de "décrocher" entre deux années d'apprentissage : 

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Faut-il raccourcir les vacances scolaires ?

Début juin, la FCPE, par la voix de sa présidente Liliana Moyano, avait rappelé au ministre son attachement au principe d'un raccourcissement des congés d'été, estimant que "nous sommes dans un pays où les temps sont les plus déséquilibrés, nous avons une semaine extrêmement dense avec des vacances beaucoup trop longues". En 2015, la FCPE avait plaidé pour une rentrée des classes dès le 17 août. 

Quels sont les arguments contre ?

En octobre dernier, le syndicat enseignant SNUipp-FSU faisait valoir que la France se situait en réalité dans la moyenne basse des vacances d'été en Europe, loin derrière les dix à treize semaines respectées notamment en Italie ou en Espagne. Il s'est toutefois positionné par le passé pour une remise à plat du calendrier scolaire sur l'ensemble de l'année. Certains enseignants indiquent en outre que la préparation des cours de la rentrée occupe d'ores et déjà une partie de leurs vacances d'été, ce qui relativise l'idée qu'ils prennent deux mois de congés pleins. 


L'industrie du tourisme, qui serait potentiellement impactée, s'est à plusieurs reprises exprimée avec inquiétude sur un éventuel raccourcissement, réclamant notamment l'instauration d'un zonage comme pour les autres vacances. 

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Vacances : un calendrier scolaire pas vraiment du goût des parents

Du côté des parents, les arguments régulièrement invoqués contre le raccourcissement sont le problème du partage de la garde durant les grandes vacances pour les enfants de familles séparées et recomposées, entre parents qui organisent équitablement les congés payés (un mois en juillet pour l'un, un mois en août pour l'autre), la complexité qu'induirait un passage à six semaines pour l'organisation du travail dans les entreprises, ou encore le temps de déconnexion nécessaire aux enfants entre deux années scolaires. 

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