"Race blanche" : Morano piégée par une course après le FN emmenée par Sarkozy?

"Race blanche" : Morano piégée par une course après le FN emmenée par Sarkozy?

Politique
DirectLCI
LES REPUBLICAINS – Seule contre tous dans son propre parti, Nadine Morano aurait franchi une ligne rouge en affirmant que la France est "un pays de race blanche". Mais n'y a-t-elle pas été poussée par une dérive droitière chez "Les Républicains" ? Les avis divergent.

"Je condamne aussi toute la bande qui était avec elle et qui l'a amenée à tenir ses propos". En dénonçant ce jeudi matin, sur RTL, les propos de Nadine Morano sur la France "de race blanche", le président socialiste de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, a pointé une "dérive" non isolée chez "Les Républicains" (LR). "A force de courir après le Front national, c'est la plus stupide (sic) qui s'est fait prendre", a-t-il asséné. Alors, l'eurodéputée n'a-t-elle fait que courir plus vite que ses camarades LR, au premier rang desquels celui qui fut son mentor, Nicolas Sarkozy ?

Le début du raisonnement de Nadine Morano trouve effectivement un écho certain dans le discours de l'ancien chef de l'Etat. En juillet 2015, l'élue de l'Est disait déjà sur BFMTV : "Il faut préserver nos racines judéo-chrétiennes (…), la religion musulmane doit rester une religion minoritaire". Bouchon qu'elle a poussé plus loin samedi dernier sur France 2 : "Nous sommes un pays judéo-chrétien, le Général De Gaulle le disait, de race blanche (…), je n'ai pas envie que la France devienne musulmane". Or Nicolas Sarkozy avait ouvert son mandat en louant dans son fameux discours de Latran (2007) "les racines chrétiennes de la France" et l'avait terminé en s'exclamant dans une interview au Figaro en 2012 : "Mais enfin, la France a des racines chrétiennes, et même judéo-chrétiennes, c’est une réalité historique qu’il serait absurde de nier !"

"Que les bien-pensants ne nous parlent plus de racisme" 

A l'époque, Nicolas Sarkozy avait fini par être critiqué jusque dans son propre camp pour la campagne très à droite qu'il avait menée pour sa réélection en 2012 - la fameuse ligne Buisson. Mais depuis son "retour" en politique, le président de LR ne s'est pas montré prêt à déposer les armes sur ce terrain. Lors d'une journée-débat consacrée à l'immigration mi-septembre, il avait ainsi lancé : "Quand j'ai voulu organiser cette journée, j'ai été accusé de me droitiser, de suivre je ne sais qui… La question n'est pas où nous nous trouvons dans la géographie politique !"

EN SAVOIR + >> Immigration : Sarkozy repasse à l'offensive

Nadine Morano imagine-t-elle simplement marcher dans les pas de son mentor contre ce qu'il appelle la "nouvelle pensée unique" ? Là encore, sa défense permet de le penser. "Que les bien-pensants ne nous parlent plus de racisme, puisque selon eux les races n’existent pas", a-t-elle ergoté sur Facebook . Soit exactement l'argumentaire développé par Nicolas Sarkozy quand François Hollande avait proposé en 2012 de supprimer le mot de la Constitution  : "Le jour où on aura supprimé le mot racisme, est-ce qu'on aura supprimé l'idée ? Enfin c'est absurde !"

Nadine Morano "savait où elle allait"

Reste qu'en glissant de racines judéo-chrétiennes à "pays de race blanche", Morano fait un pas que Sarkozy n'a pas fait. Et qu'elle a pour l'heure refusé de s'en excuser, malgré l'injonction du président du parti. "Si l'on écoute l'ensemble des propos tenus par Nadine Morano, on y trouve une articulation qui montre qu'elle savait où elle allait, tranche pour metronews Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l'extrême droite. Le mot 'race' ne sort pas comme un lapsus, elle décide sciemment d'aller sur ce terrain, plus loin que le reste de sa famille politique".

Une course assumée derrière le FN, estime le chercheur : "Elle sent que sur le terrain, la concurrence est forte. Dans sa région, elle voit ses électeurs se tourner vers Florian Philippot (le vice-président du FN, ndlr). Or elle fait partie de ces élus de la droite qui pensent que pour récupérer les électeurs partis au FN, il faut tenir le même discours. Même si c'est une erreur que prouvent les résultats électoraux car, comme le disait Jean-Marie Le Pen: 'Les électeurs préféreront toujours l'original à la copie'".

Ce faisant, Nadine Morano a-t-elle franchi une frontière interdite entre LR et le FN ? "Nous aurons la réponse mercredi, lors de la commission nationale qui doit décider de lui retirer ou non son investiture pour les régionales, analyse Jean-Yves Camus. Si elle lui est retirée, ce sera cohérent avec la réaction de Nicolas Sarkozy jusqu’à présent. Sinon, cela montrera qu'il suffit de s'excuser pour rester dans le jeu".

A LIRE AUSSI

>>
Après ses propos, Nadine Morano n'est pas non plus la bienvenue au FN
>>
"Je le dézinguerai" : entre Morano et Sarkozy, une longue histoire qui finit mal
>> L'Histoire pour les nuls : quand nos politiques disent n'importe quoi sur les migrants

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter