Rajeunissement des élus : le rapport qui enflamme la classe politique

Rajeunissement des élus : le rapport qui enflamme la classe politique
Politique

PAVÉ DANS LA MARE – Un rapport sur l'engagement politique des jeunes, remis au gouvernement cette semaine, met en émoi les parlementaires. Pour renouveler la classe politique, il propose de limiter l'âge des candidatures à 70 ans, mais aussi d'instaurer des quotas de jeunes dans les partis et d'élargir le droit de vote. Revue et réactions.

Un rapport qui braque les vieux briscards. Depuis lundi, les élus s'échauffent autour de la remise d'un rapport de France Stratégie , labo d'idées officiel du gouvernement, au ministre Patrick Kanner (Ville, Jeunesse et Sports). Parmi ses 25 propositions, c'est la "mesure 21" qui fait jaser. Elle propose "d'interdire de candidater pour un mandat électif après 70 ans". Une mise à la retraite d'office, comme c'est la règle chez des millions des salariés français.

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Certains parlementaires - âge moyen de 54 ans à l'Assemblée nationale, de 61 ans au Sénat - n'ont pas tardé à dégainer. Pour René Dosière (PS, 73 ans), "ce n'est pas un métier qu'on commence à 20 ans pour le terminer à 65 ans". D'après Bernard Debré (Les Républicains, LR, 70 ans), ce "déni de démocratie" aurait écarté Charles de Gaulle et Winston Churchill – précisons tout de même que la fameuse "mesure 21" prévoit une exception s'il s'agit d'une première candidature. Selon Jérôme Guedj (PS, 44 ans), cette limitation à 70 ans serait même une "attitude de ségrégation à l'encontre des personnes âgées". Jusqu'à cet argument de l'ex-ministre Michèle Delaunay (PS, 68 ans), pour qui "interdire à un citoyen de plus de 70 ans de se présenter, ce serait comme l'avoir interdit aux plus de 50 ans en 1945". D'autres, comme Luc Carvounas (PS, 44 ans) et Alain Juppé (LR, 69 ans) sont favorables, en revanche, au débat. André Chassaigne (Front de gauche, 65 ans), y voit même un "remède contre l'addiction au pouvoir".

Les quotas en question

Mais le rapport, qui pourrait déboucher sur des annonces du ministre Patrick Kanner début juillet, va bien au-delà. Il annonce une véritable discrimination positive en faveur des jeunes. Parmi les propositions : relancer le vieux débat sur l'abaissement du droit de vote aux moins de 16 ans (contre 18 actuellement) et inciter les partis à intégrer des quotas de jeunes candidats. Une mesure radicale qui permettrait, disent les experts, "d'obtenir mécaniquement l'élection d'un plus grand nombre de jeunes parlementaires, en suivant l'exemple de la parité hommes-femmes". Dans la besace également : abaisser l'éligibilité à 18 ans pour l'élection au Sénat (contre 23 ans actuellement). Enfin, le rapport veut supprimer le "privilège de l'âge" en cas d'égalité à un scrutin, en tranchant désormais en faveur du plus jeune candidat.

"Quelle est la prochaine étape ? Interdire le droit de vote aux plus âgés ?" moque Florian Philippot (numéro 2 du FN, 33 ans), sollicité par metronews. "Les quotas de jeunes, nous n'en avons pas besoin. Le FN a le plus jeune sénateur et la plus jeune députée. C'est aux responsables des partis de prendre les décisions." Pour le vice-président du FN, cette logique "de discrimination positive est à l'inverse de la méritocratie républicaine".

Des sortants qui ne sortent jamais

Pas chaud non plus pour les solutions coercitives, le sénateur Roger Karoutchi (LR, 63 ans) nous rappelle que l'ex-RPR avait tenté il y a vingt ans d'interdire les candidatures aux plus de 75 ans. "Une dizaine de candidats avaient été empêchés de se présenter. Ils l'ont quand même fait, et ils ont été élus." La morale, selon le sénateur : "Il faudra bien trouver une règle pour remettre en cause la prime aux sortants, qui sont presque réinvestis à vie. Mais pas des quotas. Arrêtons de forcer les gens et essayons d'abord de former nos jeunes au sein des partis pour en faire de bons candidats."

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