Recaser les frères Bogdanov, confier une émission à David Hallyday... Quand le président Sarkozy se mêlait de tout à la télé

Recaser les frères Bogdanov, confier une émission à David Hallyday... Quand le président Sarkozy se mêlait de tout à la télé

PASSION TV - "Le fait du prince", ouvrage de la journaliste Béatrice Houchard paru mercredi 19 octobre, évoque le goût bien connu de Nicolas Sarkozy, alors Président, pour les programmes de France Télévisions et ses nominations. Mais plus qu'une passion, c'était "une obsession", raconte le livre.

On pensait à peu près tout savoir des relations compliquées entre l'ex-Président Nicolas Sarkozy et les chaînes publiques de télévision et de radio. A commencer par cette décision prise, début 2008, de supprimer la pub après 20h sans en avoir averti sa ministre de la Culture, Christine Albanel, le président de France Télévisions d'alors, Patrice Duhamel, et encore moins son Premier ministre François Fillon. 


On savait aussi que Nicolas Sarkozy avait, durant son quinquennat, une véritable passion pour les programmes de télévision. Mais Le Fait du prince (Calmann-Lévy), ouvrage de la journaliste de L'Opinion Béatrice Houchard sorti ce mercredi, nous en dit encore un peu plus sur ce qui, au-delà d'une passion, est devenu une véritable "obsession" pour l'ancien locataire de l'Elysée. 

Coups de fils à répétition

On y apprend notamment que Nicolas Sarkozy a pris l'habitude, dès le début de son quinquennat, de harceler de coups de téléphone l'ancien président de France Télévisions Patrice Duhamel. "Il téléphonait deux fois par semaine", raconte ce dernier à la journaliste. "Il voulait voir les audiences et surtout nous dire : 'Il faut que tu voies Truc, ou Machin'". 


Des coups de fils qui ne consistaient pas seulement à demander la tête du chiraquien Patrick Sébastien ou du journaliste politique Franz-Olivier Giesbert. Mais aussi à réclamer la nomination d'autres personnalités qu'il appréciait personnellement. Le Fait du prince raconte notamment que Nicolas Sarkozy est intervenu pour "caser les frères Bogdanov, qui avaient travaillé avec son fils Pierre, et Patrick Sabatier, qui a fini par remplacer un temps Nagui". Ils reviendront d'ailleurs en 2008 sur France 2, les premiers pour l'émission "Science X", le second pour "N'oubliez pas les paroles". 

"Johnny ne le prend plus au téléphone"

L'un des souhaits présidentiels n'aura pourtant pas été exaucé. Nicolas Sarkozy voulait, raconte Béatrice Houchard, "que le service public offrit une émission à David Hallyday", le Président étant proche de la famille du chanteur, qui était à ses côtés le soir de son élection, le 5 mai 2007. Le chef de l'Etat se met alors à appeler l'ex-président de France Télévisions plusieurs fois par semaine, durant "deux ou trois mois". Lors d'une visite des dirigeants de la télévision publique, l'ancien secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, sortant du bureau présidentiel, n'en peut plus. "Faites quelque chose", les supplie-t-il. "Il ne me parle que de ça, car Johnny [Hallyday] ne le prend plus au téléphone." 


Patrice Duhamel fera bien souvent les frais des appels incongrus du chef de l'Etat. Un jour, pour "se faire livrer, séance tenante", les DVD d'émissions qu'il avait ratées et qu'il souhaitait visionner le soir même avec Carla Bruni. Un autre jour, pour suggérer au patron de France Télévisions de décaler l'horaire d'une émission de l'après-midi, pour mieux la mettre en valeur. 

Début 2008, c'était devenu infernal. Il voulait tout savoir, être au courant de tout ce qu'on préparaitPatrice Duhamel

Hollande moins interventionniste, mais...

Son successeur, François Hollande, aura au contraire été "le moins interventionniste" de tous les présidents depuis Charles de Gaulle. Pas un coup de fil en cinq ans pour demander la tête de tel ou tel journaliste. 


En revanche, note Béatrice Houchard, le président socialiste avait une autre façon de faire. "Il appelait directement les journalistes, pas pour faire pression, mais pour papoter, échanger et, bien sûr, donner la tonalité de ce que pensait le Président." Le rédacteur en chef du JT de France 2, Olivier Siou, l'assure dans l'ouvrage : "Le summum de l'interventionnisme hollandais, c'était une demi-journée de bouderie".


Une autre façon de faire, mais avec le résultat que l'on connaît. 

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