Référendum sur le climat : l’opposition dénonce une "manœuvre" et un "coup" politique, à raison ?

Confronté par la convention citoyenne, Macron annonce un référendum sur le climat

CONSTITUTION - Pour l'opposition, l'annonce d'un référendum sur le climat est un "coup politique" qui masque l'échec d'Emmanuel Macron en matière d'écologie. Elle sait aussi que le Président les oblige à prendre position, et à plébisciter cette mesure consensuelle.

Emmanuel Macron en a fait l'annonce en conclusion de 3h30 d'échanges tendus avec les membres de la Convention citoyenne pour le Climat (CCC). Ce lundi soir, alors que ces derniers n'y croyaient plus, le président de la République a ouvert la voie à la tenue d'un référendum sur l'introduction de la défense de l'environnement dans la Constitution. Depuis, l'opposition crie à la "manœuvre" politique et sent le piège qui se présente à elle. Pourquoi ?

Car cette réforme constitutionnelle "doit d'abord passer par l'Assemblée nationale puis le Sénat et être votée en des termes identiques" par les deux chambres, a précisé le chef de l'État. Alors "ce jour-là, elle sera soumise à référendum", a-t-il ajouté. Or, le Sénat est contrôlé par la droite, et n'aura peut-être pas envie de laisser Emmanuel Macron remporter cette victoire, à moins de deux ans de la présidentielle. 

Les Républicains vont donc devoir prendre position sur un sujet auquel les Français sont de plus en plus sensibles. En 2020, peut-on être contre la préservation de l'environnement et la lutte contre le réchauffement climatique ? Surtout que le parti s'est récemment doté d'une "task force" pour réfléchir à ces sujets, qu'il ne veut pas laisser à la gauche.  

"Fracturer la société française sur un sujet qui fait consensus"

Dans l'embarras, le vice-président du parti Guillaume Peltier a dénoncé lundi soir dans un tweet "l'art du cynisme creux" d'Emmanuel Macron et a ironisé sur son "courage". "Il est vrai que tant de nos compatriotes sont 'contre' le climat. Pffff. Par référendum, les urgences sont ailleurs : la laïcité face à l’islam politique et notre souveraineté sur l’immigration. Vivement 2022." "Avec ce référendum, on risque de fracturer la société française sur un sujet qui fait consensus. Si on veut changer les choses, il faut une démarche partagée qui soit traduite en actions concrètes. C’est un sujet trop sérieux pour être une manœuvre politicienne", a déclaré ce mardi le chef des députés LR Damien Abad. 

Le président du groupe LR au Sénat Bruno Retailleau a prévenu ce mardi matin sur France 2 : "J’attends de voir la formulation. Si c’est un coup politique, nous n’y prêterons pas la main. Si c’est utile, nous l’étudierons." Le sénateur craint de la part du chef de l'État "un coup politique pour s’exonérer de ses échecs en matière d’environnement" et ne veut pas en être complice. Il met également en avant l'existence de la Charte de l'environnement, adoptée en 2004 et citée dans le premier alinéa du préambule de la Constitution.

 

De l'autre côté de l'échiquier politique, Emmanuel Macron oblige également les écologistes et la gauche à se ranger derrière lui. Impossible pour eux de critiquer cette avancée, souhaitée par la Convention citoyenne pour le Climat. L'annonce de ce référendum "est une victoire culturelle majeure pour les écologistes, depuis le temps qu'on disait qu'il fallait changer le système, pas le climat, et donc évidemment changer la Constitution et placer la liberté d'entreprendre en deçà de la protection des biens communs", a d'ailleurs souligné le secrétaire national d'EELV Julien Bayou sur franceinfo.

"Le président de la République fait de la communication"

Sur BFMTV, le député européen Yannick Jadot a confirmé qu'il ferait "campagne pour le oui, je ne vais pas me déjuger parce que le président de la République fait de la communication". Car il a dans le même temps dénoncé le "cynisme et l'opportunisme d'un président qui n'a jamais fait de l'écologie qu'un slogan, des promesses trahies, et maintenant un coup politique".

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Le Parti socialiste, par la voix de son Premier secrétaire Olivier Faure, a regretté une "diversion". Selon lui, après avoir "détricoté" les propositions de la CCC, le président de la République "propose un référendum sur un sujet a priori consensuel et sans risque". Selon lui, "difficile d’imaginer des forces politiques se prononcer contre la préservation de la biodiversité et pour le réchauffement climatique... En conséquence la réunion des deux assemblées en congrès suffirait à l'adoption de cette évolution. Nul besoin de référendum." "Et si d’aventure les Français choisissaient de dire non (pas au projet, mais à celui qui pose la question) quelle conclusion faudrait-il en tirer ?", interroge-t-il.

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