Un an après le retrait de François Hollande, des soutiens politiques toujours actifs

TOUJOURS LÀ - Alors que le PS peine à renaître de ses décombres, les anciens compagnons de route de François Hollande, Stéphane Le Foll en tête, refont surface en prévision du congrès en mars 2018. Histoire de peser dans le débat sur le bilan de l'ancien président, et pourquoi pas sur l'élection à venir à la tête du parti.

"J'ai décidé de ne pas être candidat à l'élection présidentielle." Il y a un an jour pour jour, François Hollande, acculé, s'adressait aux Français pour leur annoncer qu'il jetait l'éponge. Une première dans l'histoire de la Ve République. Miné par son impopularité, contesté dans son camp, le chef de l'Etat actait son échec et déclenchait l'avalanche qui se soldait cinq mois plus tard par l'implosion de sa famille politique. Malgré son retrait, l'ancien président n'a jamais annoncé, comme Nicolas Sarkozy en 2012, qu'il quittait la vie politique. 

François Hollande, à la tête de sa fondation "La France s'engage", a d'ailleurs multiplié les occasions de commenter l'action de son successeur Emmanuel Macron, au pouvoir depuis six mois. C'est aussi vrai pour ses soutiens, cette "Hollandie" emportée brutalement avec le chef dans la déflagration de la présidentielle et des législatives. 

Stéphane Le Foll, un fidèle en mission

Qu'ils fassent parti du premier cercle, la fameuse promotion Voltaire de l'ENA de François Hollande, ou du second - les deux comptant plusieurs ministres du quinquennat précédent - ses proches tentent, par petites touches, de réhabiliter le bilan tant décrié de l'ancien chef de l'Etat. L'enjeu n'est pas seulement d'en convaincre les Français : il s'agit aussi et surtout d'influer sur la recomposition à venir de la gauche, et tout particulièrement du PS, qui devra désigner son chef au congrès prévu en mars 2018. Et dans cette bataille interne à venir, ils savent l'aile gauche du PS privée de son principal leader, l'ancien candidat à la présidentielle Benoît Hamon ayant démissionné pour créer son "Mouvement du 1er Juillet". 


Ce n'est donc pas un hasard si Stéphane Le Foll, fidèle parmi les fidèles, a entrepris de réunir près de 300 soutiens samedi dernier pour, dit-il, "poser des questions sur ce qui nous est arrivé, sur la manière dont on va apporter des réponses". A cette réunion des vétérans : les ex-ministres George Pau-Langevin, Patrick Kanner, Frédéric Cuvillier et François Rebsamen. Les deux derniers plaident déjà pour que Stéphane Le Foll, "l'homme de la situation", soit candidat au poste de premier secrétaire du PS. "Je ne suis pas dans une démarche de candidature, je suis dans la démarche d'ouvrir un débat et un dialogue avec les militants", a temporisé ce dernier ce week-end.

Exils dorés

Parmi les grands noms de la Hollandie, la retraite est assez active depuis six mois. Abstraction faite de Bruno Le Roux, disparu des écrans radar depuis sa démission du ministère de l'Intérieur en mars 2017, mis en cause dans une affaire d'emplois familiaux à l'Assemblée, les anciens soutiens n'ont pas disparu. 


Certains sont simplement passés à autre chose. L'influent ex-secrétaire général de l'Elysée Jean-Pierre Jouyet, par ailleurs proche d'Emmanuel Macron, officie comme ambassadeur au Royaume-Uni. Il y raconte notamment à la presse britannique sa fierté d'avoir servi quatre présidents (Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron) et de ne "jamais avoir appartenu à un parti", car il est "de droite sur certains sujets, de gauche sur d'autres". Bref, en phase avec l'actuel président. Idem pour Ségolène Royal, l'ancienne ministre de l'Environnement, reconvertie en "ambassadrice chargée de la négociation internationale pour les pôles Arctique et Antarctique". L'ex-candidate socialiste à la présidentielle de 2007 ne s'intéresse plus à la vie politique intérieure, hormis sur les sujets liés au climat, et assure ne plus vouloir se mêler de l'avenir du PS.

L'ancien ministre du Travail François Rebsamen, parti se consacrer à sa mairie ainsi qu'à la métropole de Dijon dès 2015, se concentre désormais sur les enjeux locaux. A l'instar de l'ex-ministre des Transports Frédéric Cuvillier, replié dans sa ville de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). 

Gardiens de la mémoire

D'autres s'emploient, en revanche, clairement à réhabiliter, sinon le quinquennat de François Hollande, du moins leur propre bilan au gouvernement. C'est le cas de l'ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine, passée au Conseil d'Etat en juillet dernier, après son échec aux législatives, et qui s'est félicitée à plusieurs reprises de la continuité entre sa politique et celle de sa successeure Agnès Buzyn - sauf sur l'abandon du tiers payant généralisé qu'elle déplore.


Najat Vallaud-Belkacem, elle aussi pressentie pour être candidate à la direction du PS - "sa décision n'est pas prise", selon son compagnon, le socialiste Boris Vallaud - prend elle aussi le temps de défendre ses réformes à l'Education, régulièrement attaquée par son successeur, Jean-Michel Blanquer. Sans oublier l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve, officiellement retraité pour l'heure de la politique, qui a pris le temps d'écrire un ouvrage - Chaque jour compte - afin de justifier les choix faits sous le précédent quinquennat. Un proche de François Hollande indiquait récemment au Figaro que l'ex-président poussait Bernard Cazeneuve à briguer la tête du PS en mars prochain. 

"Qu'ils se mobilisent, c'est normal"

Si le retour des vétérans de la Hollandie est plutôt mal vue par les ex-frondeurs, ce n'est pas le cas du député Luc Carvounas, jadis proche de Manuel Valls, et candidat pour le poste de premier secrétaire du PS. "Que le premier cercle de François Hollande se mobilise pour défendre coûte que coûte le quinquennat est normal, estime-t-il auprès de LCI. Je fais moi-même partie de ceux qui pensent qu'il y a plus de choses positives que négatives dans ce quinquennat. Cela dit, il doit y avoir un droit d'inventaire sur ce bilan. Sans pour autant allumer les vieilles rancunes et les attaques ad hominem. Pour cela, je pense pouvoir occuper une position assez centrale."


Le rôle des vétérans et de François Hollande lui-même ne semble d'ailleurs pas faire consensus. L'un des intimes de la première heure, l'ex-ministre de l'Economie Michel Sapin, a lancé un avertissement jeudi : "Il n'appartient pas à François Hollande de décider de qui sera à la tête du PS. Il n'appartient pas à François Hollande de décider des équilibres au sein du PS. Je le dis clairement : c'est une autre génération qui est appelée à avoir des responsabilités au sein du parti". Un message peut-être adressé directement à l'ancien président, qui ne semble pas forcément étranger aux tractations en cours à quatre mois du congrès de refondation du PS. 

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