Réforme des retraites : faut-il craindre, comme le dit Agnès Buzyn, qu'il n'y ait bientôt plus assez d'actifs pour financer le système ?

Politique
ECONOMIE - Invitée du Grand Jury dimanche 17 mars, la ministre des Solidarités et de la Santé a déclaré être à titre personnel plutôt favorable à un recul de l'âge de la retraite. Elle justifie sa position par le faible nombre d'actifs par rapport au nombre de retraités. Le régime va-t-il vraiment dans l'impasse ?

"Je pense, qu'un jour, nous serons obligés de travailler plus longtemps sinon le système par répartition ne pourra pas tenir. Je rappelle que le ratio, c’est-à-dire le nombre d’actifs qui payent les retraites par rapport au nombre de retraités, ne cesse de diminuer. Donc quand il y aura un actif pour deux retraités, les cotisations ne suffiront plus." Ainsi s'exprimait, au Grand jury, dimanche 17 mars, la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn.

Combien est-ce qu'il y a d'actifs par rapport au nombre de retraités ?

La ministre fait part de son inquiétude concernant le nombre d'actifs par rapport au nombre de personnes à la retraite. Elle craint la situation où il y aurait bientôt un salarié qui cotiserait pour deux retraités. 


Aujourd'hui, ce ratio entre salariés et retraités est de 1,7. Ce qui signifie que pour une personne à la retraite, il y a 1,7 personne qui cotise par son travail. Dans le scénario catastrophe craint par Agnès Buzyn, ce ratio serait en passer d'atteindre un niveau alarmant de 0,5. Autrement dit 'un demi salarié' pour un retraité, ou un salarié pour deux retraités. Une situation qui aujourd'hui n'existe pas. 

Le système de retraite manque-t-il d'actifs qui cotisent ?

Aujourd'hui, et demain non plus, ni après-demain. Si on se réfère aux projections du Conseil d'orientation des retraites, le ratio des salariés qui cotisent par rapport au nombre de retraités ne descendra pas en-dessous de la barre des 1,3 avant 2070. Un chiffre bien loin du ratio alarmant prédit par Agnès Buzyn. La situation de deux retraités pour un seul actif n'est donc pas envisagée par le Conseil d'orientation des retraités, groupe d'experts comprenant des parlementaires, les partenaires sociaux et des représentants de l’État. 


Toutefois, même si ces prévisions sont moins pessimiste que celle de la ministre, il ne s'agit d'une bonne nouvelle pour notre système de retraite qui repose sur la solidarité des actifs. Alors existe-t-il un ratio idéal ? D'après le Conseil national de l'assurance-vieillesse, "il est difficile de viser un chiffre optimal car ce ratio dépend aussi de la démographie", un élément difficile à maîtriser à court et moyen terme.    

Comme on le voit sur cette projection établie par le Conseil d'orientation des retraites, c'est à partir du début des années 2000 que le ratio de salariés décroît fortement. Ceci s'explique par l'arrivée des baby-boomers à l'âge de la retraite. 


La France compte aujourd'hui 14 millions de personnes retraitées, 2,3 millions de plus qu'il y a 10 ans. 

La population active est-elle suffisante ?

Même si les prédictions d'Agnès Buzyn sont plus catastrophiques que la réalité, elle met en garde sur la pérennité du régime. En France, le système de retraite repose sur de moins en moins d'actifs. En 2018, notre pays compte 13,1 millions de personnes de 65 ans ou plus, soit un habitant sur cinq. D'ici à 2070, d'après l'Insee, les seniors devraient représenter à cette date 29% de la population, une hausse expliquée par les gains d'espérance de vie. 


Cette population vieillissante et inactive pèsera sur le nombre des actifs. On appelle cela le taux de dépendance économique des personnes âgées - 65 ans et plus - par rapport à la population en âge de travailler - 20 à 64 ans. 


L'OCDE a calculé son évolution jusqu'en 2050. En France, il y 33 personnes de 65 ans et plus pour 100 personnes en âge de travailler, mais ce chiffre passerait à 53 en 2050 ! Une projection moins inquiétante que chez nos voisins. En Espagne en 2050, il y aurait près de 80 seniors pour 100 actifs, pareil pour le Portugal ou l'Italie. En Allemagne, les prévisions sont de 60 personnes âgées pour 100 actifs.  

Le débat sur l'âge de départ à la retraite relancé ?

Agnès Buzyn n'a sans doute pas prononcé cette petite phrase par hasard. Le gouvernement est en pleine discussion pour la future réforme des retraites qui sera soumis au Parlement en juin prochain. Si la volonté de l’exécutif n'est pas, a priori, de toucher à l'âge légal de départ, la piste la plus probable serait d'instaurer un système universel par point. Le haut-commissaire en charge de la réforme Jean-Paul Delevoye, qui avait déjà eu à répondre aux questions l'interrogeant sur un recul de l'âge de la retraite, n'a d'ailleurs pas franchement apprécié la sortie ministérielle. Dans un article du Monde, il a assuré que "ce débat n'était pas le [sien]. Mais si nous devions faire évoluer notre réflexion, au-delà de cette question, ce sera en toute transparence et non pas au travers d’une déclaration ou d’une émission."


Sauf que dans les faits, les règles de l'âge de départ à la retraite ont déjà changé. Depuis le 1er janvier 2019, les 18 millions de salariés du secteur privé subissent un malus de 10% sur leur pension, et ce pendant 3 ans, s'ils partent à 62 ans. En revanche, ils bénéficient d'un bonus allant de 10% à 30% pendant la première année de pension s'ils décident de prendre leur retraite plus tard. Un système que le gouvernement pourrait généraliser à l'issue des réflexions sur la réforme des régimes de retraite.


Vous souhaitez réagir à cet article, nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse alaloupe@tf1.fr 

Tout savoir sur

Tout savoir sur

À la loupe

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter