De la "grosse bêtise" à la démission, le sort de Jean-Paul Delevoye s'est joué en quelques heures

De la "grosse bêtise" à la démission, le sort de Jean-Paul Delevoye s'est joué en quelques heures
Politique

DEPART ANTICIPÉ - Le haut-commissaire aux retraites, mis en cause pour une série de mandats qu'il avait omis de déclarer, a annoncé sa démission lundi. Quelques heures plus tôt, pourtant, le gouvernement assurait qu'il pouvait poursuivre sa mission. Cette semaine cruciale pour la réforme des retraites a accéléré son départ.

Il était le chef d'orchestre de la concertation avec les syndicats. La démission de Jean-Paul Delevoye du haut-commissariat aux retraites apparaissait lundi comme un coup dur pour le gouvernement, qui aborde une semaine critique pour l'avenir de sa réforme des retraites. 

Si, comme l'indiquait sur LCI le syndicaliste Laurent Escure (Unsa), "les arbitrages et le dialogue se font avec l'Elysée et Matignon" depuis les annonces d'Edouard Philippe le 5 décembre, Jean-Paul Delevoye était resté un interlocuteur privilégié des partenaires sociaux et se distinguait par sa haute connaissance d'un sujet particulièrement complexe, y compris pour les membres du gouvernement. On mesure ainsi l'importance de son départ pour l'exécutif, alors qu'une nouvelle journée d'action est prévue ce mardi. 

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Cela explique peut-être pourquoi, jusqu'au bout, les membres du gouvernement ont assuré que la mise en cause du haut-commissaire pour ses 11 mandats non déclarés à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) ne remettait pas en question sa présence au sein de l'exécutif. Parmi les éléments de langage partagés par les ministres, l'insistance sur le caractère bénévole de la plupart de ces mandats que Jean-Paul Delevoye avait omis de signaler. 

"C'est quelqu'un qui a une très bonne connaissance du dossier. Cela fait deux ans qu'il dialogue avec les organisations syndicales", expliquait ainsi la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, dimanche soir sur LCI. "C'est aussi quelqu'un qui n'a pas essayé de tricher avec le système. Si on sait aujourd'hui qu'il a perçu des rémunérations qu'il n'aurait pas du percevoir, c'est parce qu'il les a déclarées", assurait-elle aussi. "Il est aujourd'hui l'homme de la situation, je ne vois pas de raison pour laquelle il ne pourrait pas continuer à se battre pour cette réforme."

Lors du Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro, le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, jugeait "dommage que la réforme soit polluée par l'erreur qu'il a commise", assurant qu'il allait "la réparer en remboursant". "Je ne voudrais pas que sur cette erreur, on abuse sur la façon de l'attaquer", ajoutait-il. 

Lundi matin, juste avant l'annonce de la démission, le mot d'ordre restait le même. Sur LCI, la secrétaire d'Etat Agnès Pannier-Runacher concédait que Jean-Paul Delevoye avait "fait une grosse bêtise en cumulant deux salaires", mais rappelait instantanément qu'il avait aussi "des mandats bénévoles".  "Lorsqu'il est avec les diabétiques, je ne suis pas sûre que cela soit un conflit d'intérêts", expliquait la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie. "Je pose la question : faut-il ou pas déclarer sa participation au soutien des diabétiques ?"

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"Il a décidé seul"

Malgré ce soutien persistant, la situation ne semblait plus tenable pour le haut commissaire aux retraites. "Il n'est plus crédible", avait lancé dimanche le patron de la CGT Philippe Martinez, grand opposant à la réforme des retraites, tandis que celui de la CFDT - un syndicat avec lequel le gouvernement espère trouver un accord - se disait "abasourdi", lundi sur France Info, par les révélations en série. Surtout, Jean-Paul Delevoye était devenu ces dernières heures la cible de l'opposition politique, qui avait repéré le talon d'Achille d'une réforme déjà très contestée. 

Le sommet de l'exécutif a-t-il tranché au cours des dernières heures ? "Jean-Paul Delevoye a décidé seul", assurait lundi après-midi l'entourage du Premier ministre à LCI. "C'est une décision responsable, c'est la décision d'un homme. Le Premier ministre ne lui a pas demandé de partir", insistait-on, reconnaissant toutefois que le mis en cause était "sous pression". 

"C'était son choix à lui", a confirmé à LCI l'entourage de Jean-Paul Delevoye. "Il a mûri toute la semaine. Il disait qu'il ne pouvait pas mener les deux combats en même temps." 

L'Elysée estimait de son côté que Jean-Paul Delevoye avait "répondu à un principe de responsabilité pour ne pas gêner l'action du gouvernement". Pour l'entourage d'Emmanuel Macron, "les attaques auraient concentré l'attention sur lui", rendant "la situation difficilement tenable". "Dans cette semaine décisive, il y aurait eu un problème." Reste à savoir qui, en l'absence de Jean-Paul Delevoye, sera capable de piloter la réforme dans la tempête. 

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