Réforme du Code du travail : comment Mélenchon et les Insoumis espèrent s'ériger en premiers opposants

OPPOSITION - Alors que l’examen de la loi d’habilitation pour la réforme du Code du travail a débuté à l’Assemblée, la France insoumise espère faire de cette séquence politique une démonstration de sa capacité à s’imposer comme l'opposante n°1 au gouvernement.

"Nous représentons l'alternative au monde que vous représentez". Ils ne sont que 17 mais les députés de la France insoumise ont la ferme intention d’incarner l’opposition la plus radicale au pouvoir macroniste. Bien moins nombreux que la centaine des députés LR ou la trentaine de socialistes, eux peuvent toutefois se vanter d’avoir unanimement dit non lors du vote de confiance au gouvernement. Ce que Jean-Luc Mélenchon n’a d’ailleurs pas manqué de souligner la semaine dernière :"Qu'est-ce que c'est qu'une opposition qui s'abstient au moment où on vote la confiance ?"

"Trouvez-vous l'annuaire trop épais ?"

Déterminés à se faire entendre, les députés de la France insoumise ont déposé plus de la moitié des amendements en commission au projet de loi d'habilitation visant à réformer par ordonnances le Code du travail. Mais malgré leurs efforts, leurs espoirs d'édulcorer le texte du gouvernement sont pour ainsi dire nuls compte tenu du poids politique de la majorité parlementaire et de la nature de la loi, qui autorise peu de retouches sur le fond, comme s'en est excusé la présidente de la commission des affaires sociales Brigitte Bourguignon (LREM). Qu’à cela ne tienne, ils veulent montrer leur détermination à défendre "mètre après mètre" ce "gros livre rouge", dixit Jean-Luc Mélenchon. 


Le quatrième home de la présidentielle peut, pour cela, compter sur des camarades assidus en séance. Parmi eux, le jeune député du Nord Adrien Quatennens, qui, après avoir défendu mordicus les positions du groupe en commission, a défendu ce mardi un amendement de rejet, une demi-heure durant, en n'épargnant pas la ministre du Travail Muriel Pénicaud, le texte et la majorité. "Trouvez-vous l'annuaire trop épais ?" apostrophe-t-il ses collègues, des "des apprentis sorciers", en les renvoyant à leur critique sur "l'épaisseur" du code du travail. "On sait que ça ne se passe pas comme ça", explique-t-il en évoquant la vision du dialogue social dans l'entreprise défendue par la majorité.

En vidéo

Réforme du travail : les grandes lignes de ce qui pourrait changer

Trop faibles dans l’hémicycle, les Insoumis veulent installer le combat politique hors du Palais Bourbon. Ce mercredi, alors que l'examen du texte se poursuivre en séance, ils vont organiser plusieurs rassemblements dans toute la France pour sensibiliser l’opinion à un texte "qui ramène les salariés au XIXe siècle", selon le député Eric Coquerel. "On va jouer notre rôle à la fois dans l’hémicycle et dans les mobilisations, de façon à montrer que ce gouvernement n’a pas de majorité dans le peuple pour faire passer sa loi", explique à LCI le parlementaire de Seine-Saint-Denis.

La lutte sera aussi dans la rue

L’été étant une période peu propice à l’émergence d’un mouvement social, les forces politiques et syndicales opposées à la réforme du Code du travail attendent surtout la rentrée pour engager un véritable bras de fer avec le gouvernement. La CGT et FO ont d'ores et déjà appelé à des manifestations en septembre, auxquelles s'associeront La France insoumise ainsi que le Parti communiste et le NPA.


Cette opposition mélenchonienne ne semble pas déplaire au nouvel exécutif. "Le gouvernement va privilégier La France insoumise comme principale opposition", croit savoir un parlementaire socialiste interrogé par l’AFP, évoquant "une espèce de deal tacite" qui peut les arranger. En effet, derrière cet affrontement politique, la majorité et la France insoumise ont un intérêt commun, celui de marginaliser le FN. 


Le parti de Marine Le Pen, qui espérait compter des députés par dizaine après les législatives, peine à retrouver sa voix depuis le début du quinquennat. "Non seulement le Front n'a pas de groupe (ce qui limite son temps de parole, ndlr), (...) mais il traverse une période compliquée en interne", souligne auprès de l’AFP Jean-Yves Camus, directeur de l'Observatoire des radicalités politiques, en référence au douloureux débat de refondation que traverse le FN. A défaut d’avoir fait reculer le gouvernement, Jean-Luc Mélenchon pourra se consoler avec cette victoire politique sur sa rivale frontiste.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Réforme du code du travail

Plus d'articles

Sur le même sujet

Lire et commenter