"Respecter" la mobilisation : le gouvernement et sa majorité changent de ton face aux grévistes

"Respecter" la mobilisation : le gouvernement et sa majorité changent de ton face aux grévistes
Politique

TURBULENCES - Tout en se disant "déterminé", l'exécutif semble avoir sensiblement changé de discours après la forte mobilisation du 5 décembre contre la réforme des retraites. "On a été mauvais sur la méthode", a même reconnu un député LaREM sur LCI.

Une journée de très forte mobilisation a-t-elle eu raison de la détermination du gouvernement ? Pas du tout, à en croire les réactions de l'exécutif depuis que des centaines de milliers de personnes ont défilé contre sa réforme des retraites. "Ça ne changera rien pour nous, on ne renoncera pas", faisait savoir l'entourage d'Edouard Philippe dans la soirée, jeudi 5 décembre, répondant aux syndicats qui souhaitent l'abandon pur et simple du projet de retraite par points. Un exécutif qui semble avoir acté le fait "qu'on ne fait pas une telle réforme sans un mouvement d'ampleur". 

Pour autant, au sein du gouvernement, une source a admis auprès de LCI qu'il y avait "plus de monde que prévu" lors de cette mobilisation du 5 décembre, et qu'il fallait s'attendre à "des secousses" et à un mouvement qui allait "durer". 

Sur le fond, les ministres ne cessent de se relayer pour expliquer qu'il existe toujours "des marges" de négociation avec les partenaires sociaux, alors même que le haut commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, devait terminer le cycle de concertation ce vendredi afin de rendre ses conclusions en début de semaine prochaine. Sur la forme, la communication de l'exécutif et de sa majorité semble avoir sensiblement évolué. 

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"Ne pas sous-estimer la mobilisation"

Un mot d'Emmanuel Macron durant le conseil des ministres, relayé le jour de la manifestation par un membre du gouvernement, semble attester de la prudence avec laquelle l'exécutif aborde cette nouvelle phase d'une mobilisation sociale qui pourrait durer. Le chef de l'Etat aurait ainsi demandé à ses ministres de "ne pas sous-estimer la mobilisation", de la "respecter" tout en restant "déterminé". 

L'Elysée a indiqué que le chef de l'Etat était lui-même "calme et déterminé", tout en précisant qu'il souhaitait que cette réforme soit menée "dans l'écoute et la consultation". "On veut trouver des solutions mais dans une logique de dialogue social", a également tenté de déminer l'entourage d'Edouard Philippe, aux manettes dans cette négociation. Un Premier ministre qui rendait ce jeudi un "hommage" appuyé aux syndicats, pour la bonne organisation des manifestations du 5 décembre sur l'ensemble du territoire. Les ministres, à l'instar de la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, ne cessent de leur côté de répéter qu'il y a toujours "des marges de négociation", alors qu'une nouvelle semaine d'action s'annonce. 

"On connaît la colère des Français, elle a pu s'exprimer", a même reconnu vendredi 6 décembre Agnès Buzyn sur Europe 1, qui avait, le 21 novembre, décrit la grève du 5 décembre motivée par des syndicats qui "ne veulent pas la disparition d'un régime extrêmement avantageux". "Tout cela est encore sur la table jusqu'à la semaine prochaine", a assuré la ministre de la Santé, qui doit recevoir les syndicats lundi, évoquant des pistes de discussion sur l'âge d'application de la réforme, la durée de transition des régimes spéciaux ou encore la prise en compte de la pénibilité. 

"On a été mauvais"

Les doutes semblent s'exprimer plus clairement au sein de la majorité. Sur LCI, le député LaRem Jacques Maire (Hauts-de-Seine) a critiqué ouvertement la "méthode" employée pour défendre la réforme des retraites. "Franchement, on a été mauvais", a-t-il estimé. "Ce n'est pas la première fois, ce n'est pas la dernière d'ailleurs. Il y a une espèce de consensus sur le diagnostic, une proposition qui est acceptée, approuvée par un syndicalisme qui représente une majorité de salariés, et puis à la fin on se retrouve dans une situation un peu cacophonique, c'est dommage." Le député a également regretté une "tradition" française consistant à "faire passer les réformes par le biais de la peur". 

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Réforme des retraites : sur la méthode, "on a été mauvais" estime un député LaREM

"Il faut que l’exécutif sorte de l’ambiguïté", a également critiqué son collègue Benoit Simian (LaREM, Gironde), estimant sur Twitter qu'il n'est "pas durablement tenable d’affirmer qu’aucune catégorie professionnelle ne sera lésée sans en faire la démonstration". 

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La réforme des retraites d'Emmanuel Macron

Des députés de la majorité ont d'ailleurs décidé de prendre des initiatives en rappelant à l'exécutif, dans une tribune publiée vendredi, que la réforme des retraites devait être "sociétale et non budgétaire". "Si cette réforme considère bien la question de la pénibilité et ne cherche pas telle ou telle économie mesquine, ce sera une vraie réforme de justice sociale", préviennent les députés dans ce texte cosigné notamment par Jean-François Cesarini (LaRem, Vaucluse), appelant à "dépasser le débat suranné de l'âge pivot" de départ à la retraite. 

L'exécutif a probablement évolué aussi sur le message adressé aux grévistes. Après avoir largement justifié sa réforme par le caractère "injuste" des régimes spéciaux, il semble avoir mis cet argument entre parenthèses, notamment depuis que la CFDT a marqué ses divergences avec la méthode employée. "On ne dresse pas les gens les uns contre les autres, on est dans la démarche de tendre la main et de faire en sorte que des alliés ne claquent pas la porte", confiait un membre du gouvernement en début de semaine. 

Pour autant, la réforme des retraites ne semble pas faire l'objet de fronde au sein de la majorité parlementaire, à la différence du débat de la rentrée sur l'immigration. Quant au gouvernement, il offre un front uni et devrait dessiner les contours de la réforme d'ici à la fin de la semaine prochaine quoiqu'il arrive. Que le ton ait changé ou non, tout ne sera pas indéfiniment "sur la table". 

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