Réformes des retraites : "C’était censé être la mère des batailles, mais aujourd’hui c’est plutôt la grand-mère des batailles", affirme Woerth

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INTERVIEW - Le député LR de l'Oise et président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale était l’invité politique d’Elizabeth Martichoux ce jeudi 24 octobre. Il a notamment taclé la gestion de la réforme des retraites à venir par le gouvernement.

Elizabeth Martichoux recevait ce jeudi matin sur LCI, dans le cadre de son Interview politique, Éric Woerth, ancien ministre du Budget puis du Travail, de 2007 à 2010, sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui député LR de la 4e circonscription de l'Oise et président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale, il a balayé l’actualité politique sur notre antenne. Passage en revue, par thèmes, de ses réponses.

Sur le choix d'Emmanuel Macron de proposer André Breton à la Commission européenne

"Je pense que c’est un bon choix. C’est un ancien ministre de l’Économie, il a été chef de grandes entreprises, qu’il a plutôt redressées. C’est important parce qu’il aura la charge des dossiers industriels. Après, on verra s’il passe l’étape du Parlement européen… J’espère que ce choix honorera la France, personne ne veut qu’elle s’affaiblisse en Europe, et le Commissaire est un point important. D’ailleurs, le Parlement français pourrait lui aussi valider un tel choix en posant de vraies questions, plutôt que d’être une formalité comme c’est le cas aujourd’hui. (...) Sylvie Goulard ? Elle avait un bon profil, mais il présentait des risques, qui se sont avérés."

Sur le prochain budget et les baisses d’impôts annoncées par le gouvernement

"Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les contribuables, si on regarde au-delà du prochain budget. Il faudrait aussi baisser les impôts des entreprises, parce que sans elles il n’y a pas de pouvoir d’achat durable. Surtout, il faut que toutes ces baisses d’impôts soient financées. Là, c’est encore la dette qui va financer… Ça revient à les faire payer aux Français. Et puis, en enlevant la taxe d’habitation, le gouvernement a rompu le circuit court de l’impôt, qui est fondamental. De toute façon, ce sera de la TVA qui va compenser, donc le consommateur paiera. Je ne serais pas étonné si elle augmente prochainement. Ça revient à boucher un trou en en creusant un autre."

Sur la prochaine réforme des retraites

"Elle est repoussée sans arrêt. C’était censé être la mère des batailles, mais aujourd’hui c’est plutôt la grand-mère des batailles. On prend un temps fou, alors qu’il est pourtant logique de réformer. Mais encore faut-il poser le bon diagnostic. Non, notre système n’est pas injuste. Ce qui est injuste, c’est que le système n’est pas financé. Moi, je suis favorable à un régime universel, mais un régime universel de base, pour toutes les professions, avec en plus des régimes complémentaires. Le gouvernement veut, lui, tout écraser dans la même case, comme on fait toujours en France. Reculer comme il le fait, ce n’est pas apaiser, parce que plus vous laissez un sujet sur la table, plus il est massacré médiatiquement. Là, personne ne sait ce que veut faire le gouvernement. Je crois qu’on doit augmenter l’âge de départ à la retraite et supprimer les régimes spéciaux. Emmanuel Macron ne peut pas faire autrement, c’est une injustice flagrante, il faut non seulement le faire mais aussi le dire, l’expliquer. C’est important."

Sur l’augmentation des taxes pour la filière automobile voulue par plusieurs députés

"Cette fiscalité verte est en fait assez ancienne, et totalement punitive. On doit l’envisager autrement. On a plein de malus et quasiment pas de bonus aujourd’hui. En plus, on ne sait même pas ce que ça finance… Surtout, ça touche tous les véhicules sans distinction, alors qu’il faudrait au contraire regarder les émissions de tel ou tel moteur au cas par cas."

Sur la situation actuelle de LR et l'élection de Christian Jacob à la tête du parti

"C’est un nouveau départ. Il ne faut pas se louper. Maintenant, est-on capable aujourd’hui de définir notre identité idéologique ? C’est le défi. LR doit être une opposition utile, qui propose des choses, pas de celles qui se contentent de mordre les mollets de la majorité."

Sur le port du voile pour les accompagnantes scolaires

"LR proposera une loi et je suis favorable à une interdiction, au nom de la laïcité qui doit être partout, dans les services publics, notamment dans l’école, mais aussi dans tout ce qui la prolonge. Ça doit s’imposer. Quand on accompagne des enfants, on n’est pas obligé de mettre un voile. C’est un mauvais signal dans une société extrêmement sensible sur ce point. Il faut un peu de fermeté, sinon notre société ira à vau-l'eau. On doit défendre notre modèle de civilisation. La majorité est trop hésitante sur ces sujets-là, et le Président très absent, sur des sujets extrêmement présents. C’est une contradiction qu’il faudra résoudre. Je suis pour un projet plus cohérent."

Sur les perquisitions au domicile et dans le bureau de Rachida Dati

"Bien sûr qu’elle peut encore être la candidate LR à la mairie de Paris ! Heureusement qu’on n’est pas jugé avant un jugement ! Heureusement ! Il faut arrêter avec tout cela, dans une société de délation où tout le monde dénonce tout le monde sur les réseaux sociaux, sinon il n’y aura bientôt plus de candidat à rien. La malveillance ne doit pas gagner dans notre société."

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