Refus d'un "plan" pour les banlieues, "mâles blancs"... Le discours et la "méthode" Macron sous le feu des critiques

DÉÇUS - Malgré le soutien de sa majorité, le discours d'Emmanuel Macron sur la mobilisation en faveurs des quartiers populaires a suscité des réactions très mitigées, tant sur sa forme que sur le fond, certains y voyant l'enterrement du rapport de Jean-Louis Borloo.

L'Elysée avait prévenu : il n'était pas question, ce mardi, d'annoncer un énième "plan banlieue" mais une nouvelle "méthode" pour permettre aux habitants des quartiers défavorisés de sortir de leur "assignation à résidence". Des éléments de langage confirmés par Emmanuel Macron, dont le discours très attendu sur les quartiers populaires a suscité des réactions particulièrement contrastées, avec de vives critiques dans l'opposition, mais également des marques de déception chez des compagnons de route de la majorité présidentielle qui avaient défendu le rapport ambitieux de Jean-Louis Borloo, qui préconisait plusieurs dizaines de milliards d'investissements. 


Sur la forme, le discours d'Emmanuel Macron n'est pas passé inaperçu. "Je ne vais pas vous annoncer un nouveau plan", a martelé le chef de l'Etat, avant d'ajouter : "Cette stratégie est aussi âgée que moi". Puis ces propos relativisant froidement le travail conduit par Jean-Louis Borloo, qui ont enflammé les réseaux sociaux : "Ça n’aurait aucun sens que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers s’échangent un rapport... Ça ne marche plus comme ça. Il y a des gens qui y vivent, parfois depuis des décennies, ce sont des acteurs de ce sujet, ils ont envie de faire. Ils ont une bonne partie des solutions. Ils ont besoin qu’on les facilite".

"Extrêmement choquant"

"Je trouve extrêmement choquant que Macron évoque un argument racial digne des 'Indigènes de la République', en délégitimant toute solution pour les banlieues qui émanerait de 'mâles blancs'", a fustigé la présidente du FN Marine Le Pen, y voyant "une consécration du communautarisme au sommet de l'Etat". Réaction similaire chez Les Républicains, le sénateur Bruno Retailleau et le député Daniel Fasquelle ayant dénoncé des propos "anti-républicains". 


Principal visé par le trait d'esprit sur les mâles blancs, Jean-Louis Borloo n'en a manifestement pas pris ombrage pour l'heure, s'affichant dans un tweet... à côté d'Emmanuel Macron, avec la mention "Au travail !"

"Il ne s'est rien passé"

Pourtant, c'est bien sur le sort réservé au projet de Jean-Louis Borloo que se s'est concentré le principal des critiques. Si, au sein de majorité, les soutiens d'Emmanuel Macron comme le député LaREM Matthieu Orphelin assurent qu'il y a bien une "convergence" entre la vision du chef de l'Etat et celle de l'ancien ministre de la Ville, beaucoup ont vu dans ces annonces un enterrement en bonne et due forme du rapport et des moyens préconisés pour désenclaver les quartiers populaires. 


"Le plan Borloo dégringole au rang de 'nouvelle méthode'. Zéro ambition", a dénoncé l'ancien candidat à la présidentielle Benoît Hamon. "Macron transforme une ambition en exercice de communication. Pour les riches, il trouve de l'argent facilement, pour tous les autres, c'est plus compliqué", a également réagi le député LFI Adrien Quattenens. Un "manque d'ambition" également souligné par des responsables moins hostiles aux réformes d'Emmanuel Macron, comme l'ancienne ministre radicale Sylvia Pinel, "déçue" par son "manque de vision globale", ou le patron de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde, qui a regretté "l'abandon des derniers de cordée". 


Le bilan le plus sévère est venu du rappeur Rost, qui a participé à l'une des commissions du rapport Borloo. 

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Rost : "Je suis archi déçu"

"Je suis archi déçu", a déploré l'artiste, membre du Conseil économique, social et environnemental à la sortie de l'Elysée. "Je ne sais pas ce qu'on est venu faire là. Il n'y a rien, il ne s'est rien passé. On dirait que le rapport Borloo n'a pas existé." 


Une inquiétude partagée, de façon plus diplomatique, par les élus locaux. "Il ne peut pas y avoir d'ambition sans moyens", a averti l'Association des maires de France, qui soutenait les propositions de l'ancien ministre de Jacques Chirac. Certains, comme le maire LR de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, veulent malgré tout voir des signaux positifs dans le discours présidentiel. "Il a reconnu que rien ne pourrait se faire sans les maires", a-t-il fait valoir. C'est un début. 

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