Refus de lever l'immunité de Serge Dassault : faut-il supprimer le Sénat ?

Refus de lever l'immunité de Serge Dassault : faut-il supprimer le Sénat ?

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POLEMIQUE - Les critiques se multiplient contre le Sénat au lendemain du rejet de la demande de l'immunité parlementaire de Serge Dassault. La présidente du FN, Marine Le Pen, va jusqu'à demander la suppression de l'institution souvent controversée.

Trop vieux, trop opulent, pas assez moderne ni représentatif... Le Sénat croule depuis longtemps sous les critiques. Celles-ci redoublent après son refus surprise mercredi de lever l'immunité parlementaire de l'UMP Serge Dassault (la requête des juges concernant l'avionneur de 88 ans, soupçonné d'achat de votes dans sa circonscription de l'Essonne, a été rejetée par le bureau du Sénat par 13 voix contre 12, et une abstention). Au point que certains avancent une solution radicale : la suppression pure et simple de la chambre haute du Parlement. Un député socialiste, l'élu des Hauts-de-Seine Alexis Bachelay, s'est prononcé pour sur son compte twitter . Plus attendue sur ce terrain, Marine Le Pen a elle aussi sauté sur l'occasion jeudi matin pour appeler, comme elle l'avait déjà fait dans le passé, à la disparition du Sénat.

"Dans des temps extrêmement difficiles, où il y a une inflation d'élus, je ne vois pas plus bien à quoi il sert aujourd'hui", a estimé la patronne du FN sur LCI et Radio Classique. Elle a ensuite argumenté : "Il y a des pays qui ont opéré la suppression de leur deuxième chambre, par exemple la Suède, car ils considéraient que cette double chambre n'était pas un plus sur le plan démocratique, mais un moins".

Marine Le Pen aurait pu s'appuyer sur un exemple plus récent (celui de la Suède date de 1968) si les Irlandais, invités en novembre dernier à se prononcer par référendum sur l'abolition du "Seanad Éirean", avaient choisi de le sacrifier pour faire des économies. Mais craignant une centralisation du pouvoir, ils ont dit non à la proposition de leur gouvernement.

Haro sur le vote à bulletin secret

Lors du référendum de 1969 sur la régionalisation, le général de Gaulle avait en vain tenté de faire disparaître la Haute Assemblée, que Lionel Jospin qualifiera 30 ans plus tard "d'anomalie démocratique". Mais si son fonctionnement ou son mode de scrutin font souvent débat, ni la droite ni la gauche ne remettent aujourd'hui en cause les vertus du bicamérisme. Les sénateurs craignent toutefois les retombées du rejet de la levée de l'immunité de Serge Dassault. Cette décision donne une "image déplorable de la politique et du Sénat", a regretté jeudi Jean-Vincent Placé. Le patron des Verts au palais du Luxembourg a réclamé que l'on revienne, comme avant 1995, au vote public lors de ce type de procédures.

Le président du Sénat en personne, Jean-Pierre Bel, s'y est montré disposé. "Quand je vois les retombées de cette décision et le débat qu'elle suscite, les suspicions sur le vote des uns et des autres, je m'interroge, en tant que président du Sénat, sur la pertinence du vote à bulletin secret lorsque le Bureau se prononce sur une demande de levée de l'immunité parlementaire", a-t-il estimé dans un communiqué. Un vote à main levée pour éviter d'être mis à l'index.

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