Relations troubles avec le Qatar : les politiques gravement mis en cause dans un livre se défendent

Relations troubles avec le Qatar : les politiques gravement mis en cause dans un livre se défendent

SOUPÇONS DE LARGESSES - Dans leur livre "Nos très chers émirs", les journalistes Georges Malbrunot et Christian Chesnot dénoncent les dérives de la relation entre certaines personnalités politiques et le Qatar. Rachida Dati, Alexis Bachelay et Jean-Marie Le Guen contestent et portent plainte.

Des responsables politiques à la soupe chez l'ambassadeur du Qatar... Dans un livre d'enquête, les journalistes Georges Malbrunot et Christian Chesnot accusent des personnalités de tous bords, et en particulier des parlementaires, de bénéficier des largesses du très riche petit Etat du Moyen-Orient. Pire, de solliciter activement ces largesses... Au grand dam de l'ambassade, qui en aurait assez...

Nos très chers émirs (Michel Lafon), dont Le Point a publié jeudi les bonnes feuilles, cite plusieurs personnalités, dont la députée européenne Rachida Dati, le secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, et le député des Hauts-de-Seine Alexis Bachelay, qui contestent et ont décidé de porter plainte. 

Montres Rolex et machine à cash

L'ouvrage cible tout particulièrement les membres du groupe d'amitié France-Qatar à l'Assemblée nationale, qui se seraient vus par exemple offrir à Noël des montres Rolex et des bons d'achat dans les grands magasins par l'ancien ambassadeur du Qatar à Paris, Mohammed al-Kuwari. 

Pour certains hommes politiques, pour certains élus, pas tous, l'ambassade du Qatar, c'était tout à la fois un distributeur de billets de 500 euros, une agence de voyages, et la boutique du Père Noël- Christian Chesnot sur France Inter

Les auteurs affirment aussi que, depuis plusieurs années, le Qatar reçoit "des demandes de subventions pour financer une mosquée, une école, une association. Et puis il y a des hommes politiques qui sont vraiment à l'offensive, qui vraiment demandent de l'argent".

Jean-Marie Le Guen proposait "d'imposer une agence de communication pour gérer les déclarations d'hommes politiques, pour contrôler les déclarations au Parlement qui seraient critiques vis-à-vis du Qatar", accuse Christian Chesnot. Rachida Dati aurait, expliquent les auteurs, demandé à l'ambassade du Qatar "pas moins de 400.000 euros pour son association, un club des ambassadeurs" dans le VIIe arrondissement de Paris.  Nicolas Bays, député du Nord-Pas-de-Calais, aurait essuyé un refus en demandant à se "faire inviter dans un hôtel de Doha" et se faire "payer un billet d'avion sur Qatar Airways". L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, "vieil ami de la famille régnante", exigerait un billet en première classe pour s'y rendre, selon un diplomate cité par les auteurs. La sénatrice centriste de l'Orne Nathalie Goulet aurait exprimé son regret de ne pas avoir reçu de cadeau de Noël comme chaque année. Quant à Alexis Bachelay, député PS des Hauts-de-Seine, il est carrément suspecté d'avoir sollicité des fonds pour sa campagne des législatives...

"Allégations délirantes"

Face à ces allégations gravissimes pour des parlementaires, tenus notamment de remplir une déclaration d'intérêts auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), les responsables cités démentent catégoriquement. A commencer par le secrétaire d'Etat Jean-Marie Le Guen :

J'ai appris avec stupéfaction et consternation les allégations délirantes contenues dans ce livre. Evidemment, je porte plainte pour diffamation- Jean-Marie Le Guen

Sur LCP, Alexis Bachelay a formellement démenti les accusations concernant sa campagne électorale. "Les auteurs du livre ne m’ont jamais contacté pour vérifier leurs informations. Je vais porter plainte en diffamation et ils devront s’expliquer auprès de la justice française", a-t-il indiqué. Même chose pour Rachida Dati, qui dénonce des "mensonges" et des "calomnies" et promet que "toutes les actions seront entreprises pour faire cesser les atteintes répétées à la probité". Plainte en vue, également, du côté de la sénatrice Nathalie Goulet. 

De son côté, le député PS Nicolas Bays menace de poursuite, affirmant n'avoir "jamais perçu la moindre somme d'argent ni d'avantage en nature de la part du Qatar, directement ou indirectement". Et quand il a reçu en 2013 un "cadeau d'usage", il en a informé immédiatement "le déontologue de l'Assemblée nationale". 

Parmi les rares faits reconnus, le député et candidat à la primaire de droite Bruno Le Maire a confirmé avoir reçu de l'émir du Qatar une montre Patek Philippe à 85.000 euros lorsqu'il était ministre. "Je l'ai mise dans le coffre du ministère, je pense qu'elle doit y être encore", a-t-il assuré. 

Premier effet de l'ouvrage : des réactions politiques, notamment au FN, où l'on dénonce un "scandale", et la démission du député-maire PS de Sarcelles, François Pupponi, du groupe d'amitié France-Qatar, bien qu'il n'ait pas été mis en cause dans l'ouvrage. "Je n'ai jamais reçu de cadeau et [si cela est vrai] je tombe des nues", a affirmé ce dernier. 

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Proche-Orient : les États-Unis appellent à la fin des tirs de roquettes vers Israël

Remontées mécaniques, parcs d'attractions, clubs libertins : les absurdités des réouvertures à venir

"Pass sanitaire" et sortie de l'état d'urgence : les députés votent finalement le texte

Covid-19 : pourra-t-on se faire vacciner durant le week-end de l'Ascension ?

Roselyne Bachelot confie souffrir d'un "Covid long"

Lire et commenter

LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies. > En savoir plus.