Remaniement : Bruno Retailleau "doute de la capacité d'Emmanuel Macron à se réinventer"

Remaniement : Bruno Retailleau "doute de la capacité d'Emmanuel Macron à se réinventer"
Politique

INTERVIEW - Invité politique d'Elizabeth Martichoux le mercredi 1er juillet, le président du groupe LR au Sénat a dit ne "rien" attendre du remaniement à venir, tant il doute de la capacité du chef de l'Etat à se réinventer.

Qu'importe le flacon, la politique sera macroniste. C'est en tout cas le sentiment exprimé par Bruno Retailleau sur le plateau de LCI à quelques jours d'un remaniement. Invité d'Elizabeth Martichoux, le président du groupe LR au Sénat n'a pas été tendre avec la politique du chef de l'Etat, l'accusant de manquer d'ambition, de "tenir la barre" de toutes les décisions et de souvent "faire semblant de faire".

Le remaniement n'est qu'un "casting"

Car lors de sa rencontre avec Emmanuel Macron, qui a souvent reçu les chefs des partis tout au long de la crise sanitaire, Bruno Retailleau dit avoir vu "quelqu'un de très sûr de lui". "Il est tel que lui-même, il va ruser, avoir des habiletés", a-t-il estimé. Raison pour laquelle il n'attend "rien du tout" du remaniement. "C'est un casting, mais on sait que tout remontera à l'Elysée". Sur LCI, le chef du parti Les Républicains au Sénat a donc passé un message à ses troupes. Il pense que ce serait une "mauvaise chose" si des élus de sa famille politique venait à céder à la tentation de rejoindre les rangs du gouvernement. "Choisissez vos convictions", a-t-il lancé, arguant que ce qui créé "le grand trouble démocratique", ce sont "les élus qui vont à la soupe". "Et c'est souvent ça malheureusement." Plaidant pour une "clarté des convictions", Bruno Retailleau considère qu'elle est devenue "essentielle" face à l'abstention historique. Et de prendre un exemple récent, celui des élections municipales qui a vu, au second tour, des alliances entre LR et LaREM : "Lorsque ma propre famille s'est alliée à En Marche, nos électeurs les ont abandonnés."

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Philippe a "apporté une forme de stabilité" au gouvernement

Et qu'en est-il du casting actuel, avec un Premier ministre qui vient des rangs LR, auquel il appartenait jusqu'en 2017 ? S'il pense qu'Edouard Philippe a "apporté une forme de stabilité" au gouvernement lors de la crise sanitaire, il estime que cela s'est fait "dans l'image" et non "dans la réalité" puisque "cette crise était d'abord gérée par Emmanuel Macron". Pour lui, ce couple à la tête de l'exécutif était constitué en "miroir", composant un "jeu de rôle". "L'un était théâtrale dans ses interventions, l'autre concret. L'un péremptoire, parfois arrogant, l'autre plutôt humble déclarant qu'il ne savait pas." Une complémentarité "utile pendant la crise", bien que "les grands choix ont été faits à l'Elysée et pas à Matignon".

Et c'est de cette politique, dictée par l'Elysée, à laquelle s'oppose le sénateur. D'autant plus qu'il estime qu'elle n'est pas prête de changer. "Cette histoire de réinvention, c'est un invention", a lancé Bruno Retailleau, en référence à l'expression utilisée par Emmanuel Macron. Un doute qu'il partage aussi face au virage écologique voulu par le président de la République. "Je suis très sceptique", a-t-il confié. Notamment car ce n'est pas la première fois que le chef de l'Etat promet un virage. "Il nous avait aussi promis un acte 2 du quinquennat après les Gilets jaunes. Est-ce-que vous l'avez vu passer ?" Alors qu'Emmanuel Macron avait affirmé vouloir conduire une "gouvernance 2.0, plus participative", il observe que depuis rien n'a changé. "C'est le président un point c'est tout." 

Le chef de fil des LR en veut pour preuve les élections régionales, que l'Elysée voudrait voir repoussées. "Emmanuel Macron nous a carrément dit que si on voulait que l'argent pour la relance passe par les régions et les départements, il fallait changer de calendrier électoral. Il ne doute de rien." Une "forme de relativisme" que l'élu juge "préoccupante".  "Il y a cette tentation de fouler au pied les corps intermédiaires et de s'arroger les plein pouvoirs." Une critique d'autant plus forte qu'il fait peser sur ce comportement le "désabusement vis-à-vis de la participation des Français" aux élections. "Quand on tripatouille le calendrier électoral, on érode la confiance." En plus, Bruno Retailleau ne comprend pas bien pourquoi repousser ce scrutin tout en lançant dans le même temps des référendums. "Vous voyez, tout ça c'est politicien. Et je pense que le lien de confiance qui est cassé entre le président et les Français vient du fait qu'ils ont compris qu'il y a avait quelque-chose du comédien dans sa manière d'incarner la présidentielle."

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Comme tous les élus Les Républicains, Bruno Retailleau a également été interrogé sur l'affaire des emplois fictifs et la condamnation de François Fillon à cinq ans de prison, dont deux ferme. "Je le soutiens, et je l'ai appelé", a confié le chef de fil de droite. S'il est "dévasté", l'ancien Premier ministre reste "solide". "Mais je ne l’avais jamais entendu comme ça. Il a le sentiment de payer pour beaucoup d'autres."

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