Remaniement : Édouard Philippe, le nouveau départ ?

Remaniement : Édouard Philippe, le nouveau départ ?
Politique

MATIGNON - Après trois ans à la tête du gouvernement, Édouard Philippe va retrouver son fauteuil de maire du Havre. Le désormais ancien Premier ministre, fort de sa popularité, pourrait aussi jouer un rôle à droite.

Trois ans à Matignon et puis s'en va. Lors d'un entretien en tête-à-tête, jeudi 2 juillet à l'Élysée, Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont convenu de mettre fin aux fonctions du Premier ministre. "M. Édouard Philippe a remis ce jour la démission du gouvernement au président de la République, qui l'a acceptée. Il assure, avec les membres du gouvernement, le traitement des affaires courantes jusqu'à la nomination du nouveau gouvernement", a annoncé la Présidence dans un communiqué ce vendredi 3 juillet. Jean Castex, qui était chargé de la stratégie du déconfinement, va reprendre le flambeau. 

Après 1145 jours à la tête de l'exécutif, Édouard Philippe quitte donc la folie de Matignon, où il aura dû affronter deux crises majeures en trois années d'exercice, la première sociale avec le mouvement des "Gilets jaunes" puis celui contre les retraites, la seconde sanitaire avec l'épidémie de Covid-19. Libéré de ses fonctions, le désormais ancien numéro 1 du gouvernement va retrouver très prochainement son fauteuil de maire de Havre, siège dont il s'était éloigné pour rejoindre Emmanuel Macron en mai 2017. 

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"J'entends bien redevenir maire dès lors que je ne serai plus Premier ministre", avait-il expliqué le 16 juin dernier dans un entretien au quotidien régional Paris-Normandie. "Je vous le dis : si les électeurs me font confiance, je serai de retour au Havre. Au plus tard en mai 2022, mais peut-être beaucoup plus tôt." Largement réélu le 28 juin dernier, avec plus de 58% des suffrages exprimés, cet arrière-petit-fils de docker et fils d'enseignants va rentrer plus tôt que prévu dans son port d'attache. Hasard ou non, le conseil municipal de son fief doit justement se réunir ce dimanche 5 juillet pour installer son maire. 

Un départ au sommet de sa popularité

Au moment de rendre les clés de Matignon, cet amateur de boxe, à qui les observateurs prêtent des ambitions nationales pour 2027 voire 2022, s'en va plus populaire que jamais. Selon un sondage Elabe publié jeudi 2 juillet à la veille de sa démission, sa cote de confiance continuait de grimper (43%, + 4 points), alors que celle du président Macron stagnait (35%, + 2 points) dans l'opinion. Une popularité boostée par son approche sobre et jugée efficace pendant la crise et sa mise en oeuvre du déconfinement. 

Un sondage Harris Interactive, réalisé pour TF1 et LCI juste après le second tour du scrutin, révélait par ailleurs que 55% des Français souhaitaient qu'Édouard Philippe soit confirmé dans ses fonctions. À titre de comparaison, à l'issue du second tour des élections municipales de 2014, seuls 22% des sondés désiraient que Jean-Marc Ayrault reste Premier ministre. 

Un virage écolo trop éloigné de lui

Mais, après la débâcle de LaREM lors de ce scrutin local, Emmanuel Macron a jugé que la situation imposait le sacrifice de son Premier ministre, qu'il a toujours reconduit depuis le début de son mandat, pour donner un nouveau souffle à son quinquennat. Au cours de leur entretien, "le président de la République et le Premier ministre ont établi un constat partagé quant à la nécessité d'un nouveau gouvernement pour incarner une nouvelle étape du quinquennat, un nouveau chemin", a écrit l'Élysée. Un "nouveau chemin" résolument plus vert, assure le pouvoir, en réponse à la poussée écologique aux municipales, que le chef de l'État acté dès le lendemain du second tour, en recevant dans les jardins présidentiels la Convention citoyenne sur le climat

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En avril, au plus fort de l'épidémie, le président de la République disait sa volonté de "se réinventer". Ce tournant écologique que veut incarner la présidence doit aller de paire avec la promesse mi-juin d'une politique plus sociale. Le nouveau gouvernement, dont la composition devrait être connue avant mercredi, date prévue du prochain Conseil des ministres, devra "mettre en oeuvre la nouvelle étape du quinquennat, le projet de reconstruction sociale, économique, environnementale et locale", a fait savoir la Présidence. Or, cette nouvelle orientation écartait de fait Édouard Philippe du projet présidentiel. Lui, l'homme fort de la droite dans la majorité présidentielle... remplacé par un autre homme de droite, sarkozyste, celui-là.

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