Remaniement : le casse-tête du casting gouvernemental

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BOUTIQUES - Après la démission du gouvernement réclamée par Manuel Valls, le Premier ministre a jusqu'à mardi pour former son nouvel exécutif. Deux conditions : que les remplaçants adhèrent à la ligne économique du tandem Valls-Hollande tout en garantissant à l'exécutif une majorité solide à l'Assemblée nationale. Un casse-tête.

Oubliés, les couacs et les critiques internes. Manuel Valls l'avait promis lors de sa prise de fonction il y a cinq mois et s'y tient aujourd'hui. Après les sorties remarquées des ministres Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, le Premier ministre entame le grand ménage. Après avoir remis ce lundi matin la démission de son gouvernement à François Hollande, le voilà chargé d'en former un nouveau, "en cohérence avec les orientations" du Président, selon les termes de l'Elysée. En clair : trouver des ministres en accord avec la ligne économique du tandem Hollande-Valls. Problème : s'il veut pouvoir se reposer sur une majorité solide à l'Assemblée nationale, le Premier ministre devra aussi former un gouvernement qui ne soit pas réduit à une fraction du Parti socialiste. Un casse-tête qu'il doit résoudre en vingt-quatre heures, la nouvelle équipe gouvernementale devant être présentée mardi.

Qui va partir ?
Arnaud Montebourg l'a confirmé lundi après-midi de Bercy : il ne restera pas à son poste. Dans son sillage, d'autres ministres devraient quitter le gouvernement. Aurélie Filippetti, la ministre de la Culture, a d’ores et déjà annoncé dans l'après-midi qu'elle ne souhaitait pas prendre part à la nouvelle équipe. Quant à Benoît Hamon, son sort fait peu de doute, après qu'il a soutenu Arnaud Montebourg lors de la Fête de la rose ce week-end. Le ministre de l'Education réserve son annonce au JT de France 2 lundi soir. Mais, en lui adressant ses "remerciements" dans son discours de départ, Arnaud Montebourg a laissé entendre que son collègue lui emboîterait le pas. Enfin, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, proche de la ligne Montebourg-Hamon, pourrait aussi être débarquée. Problème : ces personnalités représentent toutes un pan de la majorité présidentielle… qui se réduit comme peau de chagrin à chaque départ.

Quelle majorité sans la gauche du PS ?
En mettant à la porte les ministres les plus à gauche, l'exécutif prend le risque de scinder une bonne fois pour toutes le PS à l’Assemblée nationale. La majorité est déjà fragilisée sur son aile gauche par ceux que l'on appelle les députés frondeurs. Ces derniers ont refusé de voter des textes emblématiques, comme le budget de la Sécu le 8 juillet dernier (35 se sont abstenus), ou le pacte de responsabilité le 29 avril (41 ne l'ont pas voté). Après le débarquement d'Arnaud Montebourg, ces députés pourraient trouver en lui un leader, et de nouveaux élus pourraient être tentés de les rejoindre. Le groupe pourrait donc bien se renforcer et, à terme, mettre l'exécutif en réelle difficulté à l'Assemblée. Voire carrément se désolidariser de la majorité présidentielle.

Le retour des Verts au gouvernement ?
Après un mariage houleux, les Verts ont officiellement divorcé d'avec l'exécutif lors du départ de leurs deux ministres, Cécile Duflot et Pascal Canfin. La première tire depuis à boulets rouges sur Manuel Valls, un "Sarkozy de gauche". Pour autant, l'idée d'entrer au gouvernement ne déplairait pas à certains, comme le sénateur Jean-Vincent Placé ou l'ex-président du groupe à l'Assemblée, François de Rugy. D'autres noms, comme ceux des députés Denis Baupin et Barbara Pompili (déjà pressentis pour entrer au gouvernement en avril dernier), sont aussi cités.

Une ouverture vers le centre ?
Le gouvernement accueillera-t-il des centristes ? L'ancienne ministre de Chirac et cofondatrice du MoDem, Corinne Lepage, l'appelle de ses vœux. La présidente du parti écologiste Cap 21 cite en exemple le pacte de responsabilité, "un dispositif qui devrait faire le bonheur du centre droit". Et si elle affirme ne pas attendre de coup de téléphone, elle ne se prive pas d'un appel du pied au chef du gouvernement, affirmant être "proche de la ligne de Manuel Valls". Une alliance PS-centre ? Le positionnement de Manuel Valls, plutôt à la droite du PS, rend l'hypothèse plus crédible que jamais. Sans aller jusqu'à recruter des centristes, le Premier ministre pourrait aussi être tenté de faire entrer au gouvernement des personnalités telles que le socialiste Gérard Collomb , qui a déjà prouvé sa capacité de discussion avec les centristes dans sa ville de Lyon.

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