"Je ne fais de guerre à personne" : la première "plaidoirie" du nouveau Garde des sceaux Eric Dupond-Moretti

"Mon ministère sera celui de l'antiracisme et des droits de l'Homme" : le nouveau ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti a donné le ton, ce midi, au moment de sa passation de pouvoirs avec Nicole Belloubet, insistant à plusieurs reprises sur le fait qu’il n’était pas "un homme politique", mais un homme issu de la "société civile, pénale".
Politique

PRISE DE FONCTION - Ce mardi, Eric Dupond-Moretti a pris ses fonctions de ministre de la Justice lors de la passation de pouvoir avec sa prédécesseure, Nicole Belloubet. Dans son premier discours, le nouveau garde des Sceaux a notamment souhaité une justice "unie" et plus proche des citoyens.

C’était une des passations les plus attendues de ce remaniement. Ce mardi, en fin de matinée, la désormais ex-ministre de la Justice Nicole Belloubet a cédé son poste à l’avocat Eric Dupond-Moretti, dont la nomination soulève de nombreuses interrogations, notamment au sein du système judiciaire. Longuement applaudie par l’ensemble de ses collaborateurs dans la cour de l’hôtel de Bourvallais, siège du ministère de la Justice, Nicole Belloubet a accueilli son successeur avant de s’entretenir avec ce dernier durant près d’une demi-heure.

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VIDEO - Discours de Nicole Belloubet, sur le départ

A la sortie de cet entretien, Nicole Belloubet a souhaité la bienvenue à son successeur, avant de saluer son parcours : "Votre visage est un visage emblématique pour la justice. Et je suis donc heureuse que vous fassiez partie de cette lignée des Gardes des Sceaux. Vous allez désormais incarner la Justice, donner vie, donner corps, donner sens, donner parole à la Justice. Je pense que ce sera un temps très positif pour le ministère de la Justice."

L'ancienne ministre, qui a notamment cité Nelson Mandela durant son discours, a insisté sur la notion d'unité au sein de la communauté judiciaire. "Pour construire ces ambitions, il faut une communauté judiciaire unie. Et je suis certaine que vous saurez en être le fédérateur. La première fois que je vous ai rencontré, c'était au théâtre. J’ai parlé avec vous, pas très longtemps, mais suffisamment pour savoir que vous avez un humour décapant mais aussi une grande acuité et une très grande humanité" a-t-elle déclaré, avant de passer la parole à Eric Dupond-Moretti.

La justice ne se rend pas dans la rue ni sur les réseaux sociaux, ni dans les médias.- Eric Dupond-Moretti, nouveau ministre de la Justice.

"Madame la ministre, chère Nicole, vous venez de me remettre les Sceaux, les clés de ce grand ministère régalien. Ce n’est pas le ministère de la guerre mais celui des libertés. Dans quelques instants, je mettrai en parenthèses mon métier d’avocat, que j’ai tant aimé, et que je continuerai à aimer. La justice, je la connais intimement, charnellement", a déclaré le nouveau ministre de la Justice.

"J’ai connu le meilleur et le pire, le chagrin de victimes dévastées, le désespoir d’hommes injustement condamnés, j’ai rencontré de très grands magistrats, je les respecte. Ils sont humains, indépendants, gourmands du contradictoire. J’ai également touché du doigt les conditions de travail déplorables dans lesquelles se débattent quotidiennement magistrats et greffiers", a-t-il ajouté avant de poursuivre : "Je ne suis pas un homme politique, je viens de la société civile, de la société pénale."

Mon ministère sera aussi celui de l’antiracisme et des droits de l’homme.- Eric Dupond-Moretti, nouveau ministre de la Justice.

Eric Dupond-Moretti a également eu des mots forts pour le président de la République, qu'il a qualifié d'homme "courageux" : "J’aurais pu tranquillement attendre l’heure de la retraite, même s’il nous faut travailler un peu plus. Mais j’ai décidé de m’engager auprès d’un homme courageux, le président de la République, qui veut améliorer la justice de notre pays.

La justice peut être améliorée, je ne fais de guerre à personne. Je veux avec vous, garder le meilleur et changer le pire."

"Je souhaite être le garde des Sceaux qui portera enfin lors d’un congrès, la réforme du parquet, tant attendue. Je souhaite également que nous travaillons ensemble sur la présomption d’innocence et le secret de l’enquête. Bien sûr, des journalistes seront associés à ces réflexions. La justice ne se rend pas dans la rue ni sur les réseaux sociaux, ni dans les médias" a-t-il martelé, avant de souhaiter une justice plus humaine : "J’entends également, et c’est une volonté forte du président de la République, mettre en place une justice plus proche du citoyen."

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Le nouveau ministre de la Justice a également eu une pensée pour les prisonniers, dont les conditions de vie sont "inhumaines" et "dégradantes", à qui il réservera sa première visite en tant que ministre ce mardi.

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"Je veux adresser un message bienveillant à toute la famille judiciaire, magistrats, greffiers, membres des professions réglementées. Je serai le garde des Sceaux du dialogue. Et j’accepterai la contradiction, dont j’ai toujours été l’ardent défenseur. Ce moment est pour moi, vertigineux, j’appréhende cette tâche avec humilité. Je serai un garde des Sceaux de sang mêlé, mon ministère sera aussi celui de l’antiracisme et des droits de l’homme", a-t-il conclu.

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