Repas privés de François de Rugy à l'Assemblée : des "dîners informels" peuvent-ils relever d'un "travail de représentation" ?

Politique
ARGENT - Épinglé pour l'organisation de "dîners informels" à l'Hôtel de Lassay lorsqu'il était président de l'Assemblée nationale, François de Rugy se défend en invoquant un "travail de représentation". Des "dîners informels", parfois entre amis, peuvent-ils être inhérents à la fonction de président de l'Assemblée nationale ? LCI a posé la question à l'ancien député et spécialiste de la gestion des dépenses publiques, René Dosière.

Grands crus, champagne, homards, somptueux bouquets de fleurs. Dans un article publié le mercredi 10 juillet, Mediapart raconte le faste des dîners donnés par François de Rugy et son épouse à l’Hôtel de Lassay entre octobre 2017 et juin 2018, lorsque l’actuel ministre de la Transition écologique était président de l’Assemblée nationale. Le journaliste Fabrice Arfi recense une dizaine de repas rassemblant à chaque fois entre dix et trente invités, appartenant pour l’essentiel au cercle relationnel et amical de Séverine de Rugy, journaliste au magazine Gala.


Pour sa défense, François de Rugy a invoqué "un travail de représentation", estimant que sa fonction oblige à un "certain niveau de prestation, propre à la tradition de l'Assemblée nationale et de son personnel". Mais des "dîners informels", parfois entre amis et sans aucun caractère professionnel selon Mediapart, peuvent-ils relever d'un "travail de représentation" ? Où se situe la frontière entre "frais de représentation" et dîners privés ? LCI a interrogé l’ancien député René Dosière, spécialiste de la gestion des dépenses publiques. Selon lui, "c’est au président de l’Assemblée nationale de placer cette frontière, puisqu’aucun texte ne définit ni n’encadre ces dîners. Est-ce que ces dîners informels sont utiles pour sa fonction ? C’est à lui de le définir, selon la qualité des participants", explique le socialiste.

Du "copinage" ?

"Par exemple, il est arrivé au Président Emmanuel Macron de recevoir des intellectuels, mais ça fait partie de son rôle de recevoir tout le monde", continue René Dosière. "Dans le cas de de Rugy, il s’agit de savoir si c’est du copinage. L’article de Mediapart sous-entend que ça en est, mais il faudrait qu’il y ait davantage d’éléments." 


A propos des mets de luxe servis et des bonnes bouteilles sorties de la cave de l'Assemblée, René Dosière déclare à LCI : "S’il n’est pas amené à faire des repas officiels avec des responsables politiques, le président du Perchoir peut tout à fait organiser des repas non officiels. Mais dans ce cas-là, il ne sort pas les meilleurs crus et les meilleurs plats. Il faut réserver ces menus-là aux dîners officiels, aux personnalités étrangères, à qui on veut montrer l’excellence de la gastronomie française. Quand on reçoit des compatriotes pour des repas informels, on fait des repas trois étoiles, pas cinq étoiles".


L’enquête de Mediapart évoque également un dîner de Saint-Valentin entre les époux de Rugy, pris dans le salon de l’Hôtel de Lassay. "Pour le repas de la Saint-Valentin, s’il n’y avait que lui et sa femme, ils pouvaient faire leur soirée dans leurs appartements privés", continue l'ancien député, qui toutefois n'est pas surpris que le personnel de l'Hôtel de Lassay ait été mobilisé pour ces repas informels. "A chaque fois que le Président reçoit, il a son personnel à disposition", explique-t-il. 

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Un problème d'éthique

Selon René Dosière, ces révélations concernant François de Rugy sont donc plus "un problème d’éthique et de déontologie". "Puisque rien n'est défini dans les textes, on est plutôt sur un problème de comportement, dont on peut trouver qu'il n'est pas adapté et qu'il porte atteinte à l’image de l’Assemblée nationale".

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