La "lepénisation" continue, "indiscutablement" : l'interview de Robert Badinter sur LCI

Le 20 Heures de Darius Rochebin : le grand entretien avec Robert Badinter

INTERVIEW - Invité de Darius Rochebin lundi soir sur LCI, Robert Badinter - l'ancien ministre de la Justice - a refusé d'entrer dans la "querelle de mots" sur "l'ensauvagement" de la société. Il a par ailleurs estimé qu"indiscutablement", la "lépenisation" continuait en France ces derniers mois, tout en pointant un problème réel de violence quotidienne, résultant d'un recul de l'éducation et du contrôle familial.

C'est l'un des débats de l'été : peut-on parler d'un "ensauvagement" de la société française ? Fin juillet dans un entretien au Figaro, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin déclarait qu'il fallait "stopper l'ensauvagement d'une certaine partie de la société". Le terme clivant, emprunté à l'extrême droite, qui dénonce - contre les chiffres - une recrudescence de la violence, a été répété à plusieurs reprises par le locataire de la place Beauvau, semant la discorde au sein du gouvernement. Le Garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti a récusé la sémantique de son collègue ministre pour décrire la délinquance en France. 

"On ne va pas retomber dans ces polémiques", a évacué l'ancien ministre de l'Intérieur Robert Badinter (1981-1986), invité de l'émission "Le 20 Heures de Darius Rochebin" ce lundi 7 septembre sur LCI. "Je me rappelle que Jean-Pierre Chevènement (en 1999, alors ministre de Jacques Chirac, ndlr) (...) parlait de 'sauvageons'. Laissons les querelles de mots, voyons les efforts faits."

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La première des éducations, c'est l'éducation reçue chez soi- Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux

Questionné sur Jean-Marie Le Pen et le rôle, désormais, de sa fille Marine Le Pen, l'ancien garde des Sceaux a répondu par l'ironie.  "Je dirais courtoisement, qu’elle n’a pas le talent de son père. Elle a encore beaucoup de travail à faire", a réagi Robert Badinter pour qui "indiscutablement", la "lepénisation" de la société française continue.

"L'exemple des parents, c'est la première des leçons d'éducation", a raisonné le juriste. "Je comprends (...) que rien n'est plus insupportable que la mauvaise éducation, la brutalité ou la grossièreté. Je ne parle pas de faits exceptionnels qui appellent de juste sanction, comme ce qu'il s'est passé à propos de ce chauffeur de bus (tué à Bayonne). Je ne parle pas de ces violences criminelles ignominieuses pour leurs auteurs et qui posent la question : comment les a-t-on élevés ? Je laisse ça de côté. Mais, en effet, c'est l'éducation qui est la réponse. Et la première des éducations, c'est aussi l'éducation reçue chez soi, de ses parents."

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Pour Robert Badinter, le rôle des parents est central pour l'équilibre des enfants. Ce sont eux qui ont l'impact le plus direct et le plus durable sur leur apprentissage. "La question qui se pose, la vraie, la grande c'est : comment ont-ils (les auteurs de ces violences) été élevés ? Qui les a élevés et de quelle manière ? Que les parents s'interrogent, qu'ils voient le temps qu'ils consacrent à l'éducation de leurs enfants, qu'ils songent aux exemples que parfois ils donnent à leurs enfants", a développé l'ancien sénateur des Hauts-de-Seine. 

"Dans cette société, où nous sommes, avant l'école, avant la vie sociale des adultes, il y a cette phase d'enfance et d'adolescence dans lesquelles les devoirs des parents sont primordiaux. Ce n'est pas facile, vous savez, pas facile et on ne réussit pas tous les jours. Mais la question se pose et il ne suffit pas de l'évacuer en disant que c'est à l'État de le faire. L'État, dans ce domaine, fournit des maîtres compétents et des cadres éducatifs mais (l'éducation) c'est au jour le jour."

Le communautarisme, c'est la mort de la République- Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux

Outre le recul de l'éducation, l'ancien Garde des Sceaux a invoqué un déclin du contrôle social ou familial tel qu'il pouvait exister naguère. "Dans la période où on voit la délinquance (...) se réduire, c'est la période de l'immédiat après-guerre. Prospérité, emploi et puis quand même une forme de contrôle paternel et maternel, familial, très fort."

Dans son propos, il a pointé le danger du communautarisme. Cette propension que beaucoup ont de mettre leur religion, leur couleur de peau ou leur genre avant le fait d'être Français. "Le communautarisme, c'est la mort de la République", a-t-il lancé. "Chez nous, la République est une et indivisible. Ça a demandé un long temps et de grands efforts aux républicains pour faire en sorte que cette République soit une et indivisible. Le communautarisme, (...) ça veut dire une mosaïque de communautés qui forme un ensemble mais ça n'est pas l'esprit de la République française. Si nous devions avoir des communautés qui négocient leur adhésion ou leur participation, ce serait fini. Ce serait un autre type de République, je ne le souhaite pas."

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