"Crétin de première", "stupide et provocateur"... : l'électorat "à vomir" de la 2e circonscription de Paris répond à Henri Guaino

REPORTAGE - La polémique n'en finit plus d'enfler. Largement battu dans la 2e circonscription de Paris, Henri Guaino avait qualifié dimanche sur BFM TV son électorat "à vomir". L'ex-député a récidivé ce lundi sur LCI. Dans la foulée, nous sommes donc partis, sur ses terres, à la rencontre de ceux qu'il appelle les "bobos" et "bourgeois traditionnels de droite" des V, VI et VIIe arrondissement de Paris, pour connaître leur ressenti.

Qu'ont bien pu faire les électeurs de la très-chic  2e circonscription de Paris pour s'attirer - à ce point - les foudres d'Henri Guaino ? Depuis son élimination dimanche, l'ex-député ne retient plus ses coups et tape sur tout ce que le Ve, le VIe et un bout du VIIe arrondissement compte d'électeurs, ces "bobos qui sont dans l'entre-soi, dans l'égoïsme" et cette "bourgeoisie traditionnelle de droite qui va à la messe, envoie ses enfants au catéchisme et qui vote pour un type qui pendant trente ans, s'est arrangé, a triché par tous les moyens." 


Ne croyez pas que la nuit ait calmé son courroux : ce lundi matin sur LCI, il a ressorti la sulfateuse et en a remis une couche sur ces électeurs "bobos" de la circonscription qu'il visait, "ce qu'il déteste le plus dans l'existence". Dans la foulée, pour voir de qui il parlait, nous sommes donc allés à la rencontre de cet électorat qui lui a préféré le candidat de la République en Marche Gilles Le Gendre (41,81% des suffrages exprimés) et la candidate Les Républicains Nathalie Kosciusko-Morizet (18,13%). 

 

Dans les allées ombragées du jardin du Luxembourg, Catherine est tranquillement installée sur l'une des nombreuses chaises longues du parc. Habillée d'une veste orange et d'un large pantalon noir, cette retraitée de 64 ans a l'allure élégante, électrice de gauche, n'a pas manqué une miette des propos polémiques de l'ancien député. Et c'est d'un ton amusé qu'elle nous assure "ne prêter aucun intérêt à M. Guaino", le jugeant "amer et pas très élégant". Et quand on lui demande ce qu'elle pense du classement "bobos" vs "bourgeois traditionnels" établi par l'ancien député, elle assène que ce dernier "n'est pas un sociologue, ni un homme politique" mais un simple "historien à la petite semaine". 

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Henri Guaino se lâche et estime que son électorat est "à vomir"

Son amertume est à la hauteur de sa provocation"Jean, retraité

Et Catherine n'est visiblement pas la seule à le penser. De l'autre côté du parc, Jean, installé face à la fontaine Médicis, feuillète tranquillement les pages politiques du Monde. Cet ancien professeur de sciences politiques, aujourd'hui à la retraite, habite dans le VIe arrondissement depuis plusieurs dizaines d'années. Dimanche, comme Catherine, il s'est rendu aux urnes où il a voté "pour le candidat de la gauche". Ce qui ne l'empêche pas d'avoir un avis très clair sur Henri Guaino qu'il estime "stupide et provocateur". 


Pour ce retraité de 72 ans, habillé d'une chemisette à rayures bleues et blanches, d'un pantalon blanc et de mocassins en cuir marron, "l'amertume" de l'ancien député "est à la hauteur de sa provocation" : "Il n’a aucune implantation dans cet arrondissement si ce n’est d’être député à l’Assemblée nationale - située dans le VIIe arrondissement -. C’est le signe du désespoir d’un homme qui est à côté de la réalité dont il rêve". Pour lui, Henri Guaino savait pertinemment qu’il allait faire "un score catastrophique". "Il est peut-être dans une dérive psychologique liée à l'image qu'il a de lui-même, celle d'un homme politique de premier plan, et la réalité de l’état de la droite dont il se revendique."

On n'a pas de leçon à recevoir d'un homme politique raté"Caroline, mère au foyer

A quelques mètres de là, Caroline, 39 ans, vient d'aller chercher ses trois enfants à l'école. Cette mère au foyer au look BCBG habite dans le Ve arrondissement. Si elle n'a pas voté pour lui, les propos d'Henri Guano lui sont restés en travers de la gorge. "La défaite et l'amertume n'excusent pas d'insulter les électeurs, lâche-t-elle d'un ton amer. Si nous sommes à vomir, on lui retourne le compliment".  Cette mère de famille aux cheveux blonds tirés en queue de cheval, qui a voté François FIllon aux deux tours de l'élection présidentielle, conclu n'avoir aucune "leçon à recevoir d'un homme politique raté".


Quelques allées plus loin, Jean-Baptiste est adossé contre la grille d'une des entrées du jardin du Luxembourg. T-shirt à col rond et veste sous le bras, cet étudiant en médecine de 26 ans habite dans le VIe arrondissement depuis trois ans. Et, bien qu'il ait toujours voté à droite, il a décidé cette fois d'accorder sa voix au candidat de la République en Marche aux législatives.  


Quand on l'interroge sur Henri Guaino, il lâche dans un grand sourire. "C'est minable. Il se permet d'insulter les électeurs d'une circonscription qu'il ne connaît même pas." S'il admet que les résidents des V, VI et VIIe arrondissements de Paris sont plutôt des "gens aisés de droite", il dit ne se reconnaître dans aucune des deux catégories d'électeurs définies par Henri Guaino. "Ça veut dire quoi bobo dans sa bouche ?", s'agace le jeune étudiant. Et de conclure sur la décision de l'ancien député d'arrêter la politique : "Bon débarras, c'est un crétin de première".

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