RN, Covid, abstention et remaniement : les 7 enseignements du 1er tour selon l’IFOP

Elections régionales : les enseignements du premier tour

ANALYSE - Abstention record, RN plus faible qu’annoncé, majorité présidentielle effacée… Pour TF1 et LCI, notre partenaire IFOP-Fiducial a dégagé sept leçons à retenir du premier tour. 40% des inscrits réclament désormais un remaniement.

1 – Une abstention record malgré une crainte du coronavirus nettement moindre qu’en mars 2020

Moins d’un quart des inscrits sur les listes électorales déclarent que la campagne les a intéressés (24%, un niveau historiquement bas et en recul de 17 points par rapport à 2015). Conséquence logique : 67,8% des inscrits ne se sont pas déplacés pour voter ce 20 juin, un record (et une progression de 18 points par rapport à 2015). Pourquoi ce rejet du scrutin ? Pour une large part des abstentionnistes, la raison déterminante dans leur choix de ne pas voter est leur sentiment que ces élections ne changeront rien à leur vie personnelle (40%) ou à la situation de leur région (35%). Un tiers évoquent également la volonté de manifester leur mécontentement (34%), le sentiment que leurs idées ne sont représentées par aucune liste (32%) et leur désintérêt pour ces élections (31%).

En revanche, l’impact de l’épidémie sur la participation a été bien moindre que lors du premier tour des élections municipales de 2020, qui s’est déroulé la veille de l’annonce du premier confinement. Seuls 8% des abstentionnistes déclarent cette fois-ci ne pas être allés voter uniquement en raison de la crainte du coronavirus (36% en mars 2020) et 22% évoquent cette inquiétude comme un motif parmi d’autres (36% en 2020). 70% déclarent ne pas être allés voter pour des motifs sans lien avec l’épidémie : la source de cette forte abstention doit donc être cherchée au-delà du contexte sanitaire.

Toute l'info sur

Les élections régionales et départementales 2021

2 – Le retour du couple gauche-droite, la contre-performance du RN et l’effacement de la majorité présidentielle

Au regard des sondages d’intention de vote qui ont émaillé cette campagne des élections régionales, le RN apparaît comme le principal perdant de cette participation en berne, à rebours du principe selon lequel une abstention massive bénéficierait aux extrêmes. Ainsi, le parti de Marine Le Pen réunit 18,9% des suffrages au global, 4,4 points en-dessous de son score aux élections européennes de 2019 et surtout presque dix points de moins qu’aux élections régionales de 2015.

Au vu du succès de la droite (28,7%) et de la gauche (34,4%, de La France Insoumise à Europe Ecologie Les Verts), la "prime au sortant" semble avoir joué à plein, les présidents de région sortants bénéficiant de scores très élevés à l’issue de ce premier tour. En contraste, la majorité présidentielle apparaît largement en retrait, avec des listes qui totalisent 11,5% des suffrages (leur absence de certaines régions expliquant également ce faible niveau), ce qui montre la faiblesse de l’ancrage local du parti présidentiel et pousse encore plus avant l’avantage aux "barons" locaux observé aux dernières élections municipales, là encore dans un contexte de très forte abstention. À titre de comparaison, les listes du Parti socialiste ont rassemblé 23,5% des voix aux élections régionales de 2015, sous le mandat de François Hollande ; les listes de l’UMP 25,5% en 2010, sous Nicolas Sarkozy.

Lire aussi

3 – Une nationalisation du vote beaucoup plus faible qu’au dernier scrutin

Élections locales, critères locaux ? Au-delà des résultats favorables aux sortants, et alors que les élections régionales sont généralement une occasion "d’envoyer un message" à l’exécutif qui l’interprète ainsi comme un "test" de son action à l’échelle nationale, force est de constater que le scrutin du 20 juin a été fortement localisé : à peine 25% des votants déclarent avoir déterminé leur vote en fonction d’enjeux nationaux, soit une proportion de plus de dix points plus faible que celle que l’Ifop observait au précédent scrutin régional (37% en 2015). À l’inverse, ils annoncent très massivement qu’ils détermineront leur vote en fonction d’enjeux régionaux ou locaux : à 75%, contre 63% en décembre 2015.

Malgré l’ampleur des critiques sur la gestion de la crise du Covid par les autorités publiques et sanitaires, cet enjeu de politique nationale ne semble pas avoir beaucoup affecté le rapport de forces électoral aux dépens du gouvernement : 64% des votants déclarent que leur vote ne tient pas compte du bilan de la gestion de la crise sanitaire par Emmanuel Macron et son gouvernement, et ceux pour qui ce bilan a joué négativement (26%) sont toutefois bien plus nombreux que ceux qui affirment que ce bilan a joué en faveur du président (10%). 

4 - Une logique de vote sanction limitée

Alors qu’en 2015, le déficit de popularité de François Hollande avait fortement pénalisé les sortants régionaux se situant dans la gauche de gouvernement, l’absence de présidents sortants se réclamant de la majorité gouvernementale réduit, cette année, fortement l’ampleur du "vote sanction" : à peine trois votants sur dix (30%) déclarent qu’ils ont voté pour sanctionner la politique du président de la République et du gouvernement, soit une proportion presque deux fois plus faible que celle que l’IFOP observait aux dernières élections régionales (39% en 2015) et européennes (38% en 2019).  

5 – Santé, emploi, sécurité… des critères de choix pas toujours sur des compétences régionales

Malgré cette volonté de localiser son vote, ce sont des thématiques régaliennes qui figurent parmi les éléments les plus déterminants dans la décision qu’ont prise les électeurs. En tête, portée par la crise sanitaire et les difficultés des soignants, la santé est citée par 67% des votants comme un élément déterminant dans cette décision, au même niveau que la sécurité (67%) et devant l’emploi (61%). Partagé pour partie avec l’Etat, l’enseignement secondaire dans les lycées arrive quant à lui en neuvième position (51%), derrière la gestion des finances et de la dette de la région (57%).

6 – Les programmes et les bilans des présidents de région sortants décisifs

Contrairement aux élections régionales de 2015, les électeurs se sont davantage tournés vers des critères disponibles au plus proche d’eux pour se déterminer sur leur vote. Dans ce choix, le programme et les projets des listes a joué pour six votants sur dix (60%), soit une progression de cinq points par rapport à 2015. Toujours en lien avec l’aspect local du vote, la personnalité des candidats est devenue un enjeu déterminant pour 45% des votants (contre 37% en 2015) et le bilan des sortants pour 45% également des votants (contre 34% en 2015).

7 – Deux inscrits sur cinq réclament un remaniement avec changement de Premier ministre

40% des Français inscrits sur les listes électorales souhaitent un remaniement du gouvernement impliquant le remplacement de Jean Castex (47% souhaitaient la même chose après le premier tour des élections municipales 2020, alors qu’Edouard Philippe était encore Premier ministre). 29% souhaitent également un remaniement sans changement de Premier ministre (comme en mars 2020).

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

Soldat tué au Mali : le caporal-chef Maxime Blasco, un militaire de 34 ans au parcours "admirable"

REVIVEZ - "Danse avec les stars" : la chanteuse Lola Dubini est éliminée dès son premier prime

Pneus hiver ou chaînes obligatoires : voici la carte des départements concernés

Éruption du volcan aux Canaries : comment expliquer l'arrivée en France du nuage de dioxyde de soufre

Origine du Covid : l'espoir d'une "avancée majeure" après une découverte de l'Institut Pasteur

Lire et commenter
LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies.