Retour de Bernard Tapie : "S'il était candidat en 2017, son pouvoir de nuisance serait assez faible"

Politique

INTERVIEW – Stéphane Rozès, président de CAP (Conseil Analyse Prospective), analyse pour metronews l'annonce du retour en politique de Bernard Tapie. Pour le politologue, le lien entre l'homme d'affaires et l'opinion est désormais rompu.

Que vous inspire l'annonce, faite par Bernard Tapie dans le JDD, de son retour en politique ?
C'est une tentative, à la façon Bernard Tapie, de continuer à exister en faisant sans cesse des allers-retours entre la vie politique et les affaires : en général, lorsqu'il est en difficulté dans les affaires, il va en politique, et quand il est en difficulté en politique, il fait le chemin inverse. On se souvient qu'il a eu à la fin des années 80 un rapport très fort à l'opinion, lorsqu'il incarnait par son dynamisme et sa faconde la réussite à laquelle aspiraient et croyaient un certain nombre de Français. Il était ensuite demeuré populaire malgré ses déboires avec les mondes politique, de la finance et du sport, en devenant une sorte de héros balzacien. Mais l'affaire de l'arbitrage du Crédit Lyonnais, où il a d'abord obtenu gain de cause sur des centaines de millions d'euros, a choqué. Son annonce de retour, à l'heure même où il doit de l'argent au pays, se fait donc plutôt dans un climat d'indifférence, voire de critique , parce que le lien entre lui et l'opinion a été rompu.

Il élude dans son interview au JDD la question d'une candidature à la présidentielle. S'il décidait de se présenter en 2017, quel pourrait être son pouvoir de nuisance ?
Il aurait évidemment toujours des médias qui lui tendraient leur micro. Mais son pouvoir de nuisance serait assez faible, parce que l'opinion s'est détournée de lui.

Vous semblez ne pas croire du tout à son retour...
Je crois à sa volonté de retour, à son énergie et à sa capacité de faire événement, mais je pense que cela n'aura pas d'impact sur le pays : cela ne tient qu'au retour de l'assentiment des Français dont, encore une fois, il est dorénavant privé.

Bernard Tapie, qui se dit motivé par la volonté de contrer le FN, promet un plan contre le chômage des jeunes. Peut-il faire figure de messie en la matière ?
Bernard Tapie n'est pas attendu comme le messie parce que pour l'opinion, il ne l'est pas ou ne l'est plus, et parce que sa façon de prendre le problème de la montée du FN est à mon avis décalée avec ce qui fait la dynamique actuelle de ce parti. La dépression française et la montée du Front national ne se résument pas aux questions économiques : la France est le pays le plus déprimé d'Europe, mais notre situation économique et sociale est beaucoup plus avantageuse qu'ailleurs. La dépression française et la montée du FN qui en est un symptôme ont en réalité des causes beaucoup plus profondes que des questions techniques ou que le chômage. Ce sont des raisons liées, notamment, à la question de savoir si la France décide elle-même de son destin, ou si celui-ci est déterminé par des contraintes extérieures, comme le pensent les nouveaux électeurs du FN.

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