Retrait d'une crèche de Noël en Vendée : laïcité respectée ou culture bafouée ?

Retrait d'une crèche de Noël en Vendée : laïcité respectée ou culture bafouée ?
Politique

RELIGION - La droite et l’extrême droite protestent contre le retrait administratif d'une crèche au conseil général de Vendée, estimant qu'il s'agit d'un "fait culturel". Le tribunal s'est au contraire exprimé au nom de la "laïcité". Que faut-il en penser ? Explications.

Peut-on interdire une crèche de Noël dans un lieu public ? La question, devenue ces dernières années un marronnier hivernal, a été relancée cette semaine par le retrait d'une crèche installée dans le hall du conseil général de la Vendée, sur décision du tribunal administratif de Nantes.

EN SAVOIR +
>> Une crèche de Noël censurée au nom de la laïcité

Protestant contre "l'abandon de toutes nos traditions et la coupure avec nos racines culturelles", le conseil général a annoncé qu'il ferait appel, et posé cette question : "Faudrait-il interdire les étoiles dans les guirlandes de Noël qui décorent nos rues en ce moment, sous prétexte qu'il s'agit d'un symbole religieux indigne d'un espace public ?" Président du conseil et sénateur UMP de la Vendée, Bruno Rétailleau a développé cette position dans une tribune au Figaro , dénonçant un "principe d'absurdité" face à "une réalité culturelle".

"Un élément de la culture, pour ne pas dire du folklore"


Un argument repris sur Twitter par l'eurodéputée UMP Nadine Morano - "La laïcité ne doit pas tuer notre culture, nos racines et nos traditions " - et par la fondatrice du Parti chrétien-démocrate Christine Boutin - " Noël fait partie de notre culture ! Nous n'accepterons pas l'effacement". Au Front national, même combat. Si "nul ne peut nier le caractère religieux de la crèche", celle-ci est devenue "un élément de la culture, pour ne pas dire du folklore, des pays européens", plaide Bertrand Dutheil de la Rochère, du Rassemblement bleu marine de Marine Le Pen.

Une analyse que ne partage pas Jean Regourd, président de la fédération de la Libre pensée de Vendée, qui avait saisi le tribunal administratif de Nantes, après avoir envoyé plusieurs courriers restés sans réponse au conseil général pour demander le retrait de la crèche. "Il s'agit d'une crèche de la nativité, donc c'est un emblème religieux, d'une religion particulière", insiste-t-il aujourd'hui.

"Dans une crèche, il y a des symboles chrétiens clairs"


Alors, que dit exactement le droit ? "Il n'y a pas de jurisprudence en la matière, puisque le Conseil d'Etat n'a jamais été saisi d'une affaire de ce type, explique à metronews Nicolas Cadène, rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité . Le tribunal administratif a donc simplement étudié la conformité de cette crèche avec l’article 28 de la loi de 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat". Voici exactement ce que dit cet article : "Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions."

Selon l'Observatoire de la laïcité, la décision du tribunal est donc parfaitement légitime. "La laïcité, rappelle Nicolas Cadène, consiste à ne pas donner aux citoyens l'impression que l'administration a une appartenance religieuse spécifique, et qu'ils pourraient être discriminés si ce n'est pas la leur". Et contrairement à une guirlande ou à un sapin, relève-t-il, "dans une crèche, il y a des symboles chrétiens clairs : Jésus, Marie, Joseph..." Quant à l'argument culturel, il estime qu'il n'est "pas valide" : "On ne peut pas, dans un pays laïc, considérer une religion comme une culture. Même s'il peut y avoir des exceptions, comme par exemple une exposition temporaire à caractère plus culturel que cultuel". C'est au juge d'en décider, au cas par cas.

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