Revendications des "gilets jaunes" : trouve-t-on vraiment "tout et n'importe quoi" ?

Politique
POUVOIR D'ACHAT - Au début du mouvement des gilets jaunes, qui se poursuit cette semaine, Emmanuel Macron s'était dit "méfiant" à l'égard de ces "appels à tout bloquer". Or, si les revendications sont éclectiques et parfois chaotiques, l'ensemble des messages adressés par les porte-paroles semblent loin d'être incohérents. Passage en revue des réclamations.

Un mouvement sans porte-parole et sans syndicat est-il forcément incohérent ? Le 6 novembre, tout en disant "comprendre" la colère des gilets jaunes, Emmanuel Macron s'était montré circonspect sur le sens de leurs revendications. "Je suis toujours méfiant sur ces grands appels à la mobilisation pour tout bloquer. On trouve généralement derrière un peu tout et n'importe quoi", avait déclaré le président de la République sur Europe 1.


Deux semaines plus tard, et après une mobilisation conséquente sur les axes routiers ce week-end, qu'en est-il réellement des revendications portées par les nombreux "porte-paroles" improvisés du mouvement ? Derrière la grande variété des messages diffusés ces dernières heures - et les propos tenus individuellement par certains manifestants -, force est de constater que les gilets jaunes portent certaines demandes qui n'ont rien de contradictoire. 

Des appels spontanés à renverser le gouvernement

Les propos de certains porte-paroles, notamment durant la mobilisation du 17 novembre, ont pu contribuer à brouiller les pistes, alors que le mouvement était parti d'une revendication spécifique liée au prix du carburant. L'image des manifestants des Champs-Elysées, prêts à se rendre devant l'Assemblée nationale puis appelant à "marcher sur l'Elysée", ont marqué les esprits ce week-end. Pour certains leaders locaux, interrogés sur les lieux de blocage, la revendication du moment n'était ni plus ni moins que de faire tomber l'actuel gouvernement et de destituer le chef de l'Etat.


C'est la position, notamment, de Christophe Chalençon, l'un des médiatiques porte-paroles du Vaucluse. "Notre revendication est simple", martelait l'artisan : "Nous demandons la dissolution de l'Assemblée nationale." 

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Dans le Vaucluse, le porte parole des gilets jaunes restera "jusqu'à la dissolution de l'Assemblée

Le même, échaudé par la réponse du chef du gouvernement, a même laissé éclater sa colère dimanche soir, évoquant une situation insurrectionnelle. "Je suis dans le dégoût, je vomis cette classe politique [...] Je vous garantis qu'avant Noël, il va se passer en France quelque chose d'exceptionnel et qui va retentir au niveau européen et de la planète." L'idée, pour ce dernier, était de porter au Parlement "des candidats vraiment issus de nos territoires, pas portés par la politique et la finance mais par le peuple."


Dans la même veine, Laeticia Dewalle, porte-parole du mouvement dans le Val-d'Oise, a pu suggérer "une seule revendication, mettre en place un référendum afin que monsieur Macron puisse légitimer sa position de président de la République", et demander aux Français s'ils veulent "changer complètement de sens politique". 


Eric Drouet, le chauffeur routier de Seine-et-Marne dont la vidéo virale appelait à "se réunir devant l'Elysée", puis "à monter sur l'Elysée" - appel réitéré pour samedi prochain -, est également porteur de cette vision radicale du mouvement. 

Des propositions listées

On a pu également voir s'amonceler ces derniers jours des messages qui brouillent les pistes : suppression du nouveau contrôle technique automobile, prix des péages, limitation à 80 km/h, gel des pensions de retraite, indemnités kilométriques pour les infirmières libérales, embauche de fonctionnaires dans les collectivités, désengorgement des urgences hospitalières, jusqu'à... l'annulation de la vaccination obligatoire pour les enfants. Mais au-delà de ces appels en vrac, nombre de "gilets jaunes" ont pris soin de rester dans les clous du mouvement initial, voire de lister une série de revendications touchant à la problématique du pouvoir d'achat et des transports. 


C'est particulièrement le cas de Priscilla Ludovky, habitante de région parisienne et figure des "gilets jaunes", dont la pétition a recueilli à ce jour près de 915.000 signatures. Le texte en question n'a rien à envier au programme d'un candidat à la présidentielle. Contestant la dimension écologique de la hausse des taxes sur les carburants, il énumère une série de demandes à forte teinte écologique : "suppression progressive de la vente de vente de véhicules diesel, et à terme des véhicules essence pour laisser place aux véhicules hybrides et électriques", proposition "d'offres de reprise" plus importantes pour les véhicules anciens, "régulation des prix" des véhicules électriques, développement du télétravail, subvention aux entreprises souhaitant s'installer en banlieue ou en province ou encore cofinancement de projets visant à concevoir des biocarburants. 

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17 novmebre :pas question d'abandonner pour Priscilla Ludosky

"Moratoire sur la fiscalité", mais pas seulement

La revendication principale des gilets jaunes porte sur le pouvoir d'achat, avec l'expression marquée d'un ras-le-bol fiscal. Un sentiment formulé dès le début du mouvement par Jacline Mouraud (Morbihan), qui proposait pèle-mêle le retour de l'exonération des heures supplémentaires, et le rétablissement de l'impôt sur la fortune (ISF). Chantal Lapuerta, coordinatrice du mouvement à Béziers, mettait elle aussi en parallèle, dans Le Figaro, les "cadeaux aux milliardaires" et la hausse de la CSG, du prix du gaz ou encore de l'électricité. Certains, plus marginaux, ont mis en avant le thème de la "préférence nationale" cher au Rassemblement national, dans les dépenses de l'Etat. 


De façon plus structurée, d'autres porte-paroles comme Benjamin Cauchy, cadre commercial à Toulouse (et ancien élu municipal sur une liste UMP à Laon) suggèrent de ne plus faire peser les taxes sur "ceux qui gagnent le moins", mais de lutter contre "l'évasion fiscale". Lundi, sur RMC, il a détaillé plusieurs revendications, comme la suspension du supplément de taxe sur les carburants et la revalorisation du Smic "par la ré-allocation du CICE" (exonérations de charges sur les entreprises). La réflexion est plus large : sur le plan écologique, il a également dénoncé la suppression, "en Occitanie, de 9.000 km de voies ferrées au prétexte que l'Etat se désengage", jugeant cette politique contradictoire avec l'ambition environnementale. 


Le mouvement des gilets jaunes : un mélange complexe d'exigences démocratiques, institutionnelles, sociales et économiques... Illustration faite avec cette vidéo, où les manifestants d'Agen ont posé "douze revendications" lors d'un rassemblement au péage. 

Un vaste programme allant de la consultation du peuple par référendum à l'augmentation du Smic et des allocations étudiantes, en passant par l'exonération des heures supplémentaires ou la réforme des droits de succession... Et, pourquoi pas, "une treizième revendication, la démission du président Macron". 

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