RN : un congrès sous tension pour Marine Le Pen, à neuf mois de la présidentielle

RN : un week-end pour se relancer avant 2022

AUTOCRITIQUE - Le RN organise samedi et dimanche son 17e congrès à Perpignan, ville emblématique remportée par Louis Aliot il y a un an. L'échec aux élections régionales pèse sur Marine Le Pen, qui doit remobiliser ses troupes avant de laisser la présidence du parti pour se consacrer à la présidentielle.

Elle avait rêvé de faire des régionales un tremplin pour sa candidature, elle doit composer avec un échec électoral et des troupes en plein doute. Une semaine après le second tour des élections régionales, Marine Le Pen s'apprête à mettre sa présidence entre parenthèses afin de se consacrer à l'élection présidentielle, à l'occasion d'un congrès du Rassemblement national organisé samedi et dimanche à Perpignan, seule ville de plus de 100.000 habitants détenue par son parti. 

Lors de ce 17e congrès du mouvement, le conseil national du RN doit en effet valider des changements statutaires qui permettront à Marine Le Pen d'être réélue à la présidence, mais de confier l'intérim à un vice-président, le temps de la campagne électorale à venir. Deux postulants sont en lice : l'eurodéputé Jordan Bardella, figure montante du parti, mais affaibli par un mauvais score en Ile-de-France dimanche dernier, et Louis Aliot, cadre historique du FN, qui a conquis la mairie de Perpignan il y a un an. En outre, le conseil national doit être renouvelé à cette occasion. Le résultat du vote par correspondance organisé avant le 30 juin doit être proclamé dimanche et le nouveau bureau national sera constitué à son issue. 

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Le temps des remises en question

Si Marine Le Pen est assurée d'être reconduite, ce 17e congrès ne sera probablement pas le plus serein pour celle qui dirige le mouvement depuis une décennie. Après les scores décevants des dernières élections, à l'occasion desquels le RN a perdu 30% de ses élus, plusieurs cadres ont d'ores et déjà appelé à faire un examen de conscience. 

"Il faut s’interroger pour savoir pourquoi nos électeurs ne se sont pas déplacés", a ainsi estimé Louis Aliot, vendredi sur Sud Radio. "Il y a sûrement un contexte général qui fait que. Mais quand même, on a notre part de responsabilité. Il faut bien analyser les choses et y répondre d’une manière efficace. Cet enjeu ne les a pas intéressés et nous n'avons pas été capables de les intéresser à cet enjeu." "Le congrès sera l'occasion d'avoir un débat de fond, sur la stratégie et les raisons de la démobilisation", a également espéré l'eurodéputé Nicolas Bay, candidat malheureux en Normandie. 

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"Stratégie absurde d'ouverture"

L'eurodéputé Gilbert Collard, compagnon de route du RN, a évoqué une "crise de confiance momentanée" à l'égard de Marine Le Pen, qui devrait se résoudre lors de la présidentielle, tandis que l'historique du parti Bruno Gollnisch a réclamé de la "clarté" face à "l'érosion du sentiment affectif" chez les militants. Lundi dernier, la vie interne du mouvement a été marquée par la démission de Bruno Lerognon, délégué du RN dans l'Hérault, qui dénonçait une organisation fédérale "pourrie par le clanisme" et affaiblie par "une stratégie absurde d'ouverture". 

S'ajoute à cela la récente sortie de Jean-Marie Le Pen, qui a remis en cause la stratégie de dédiabolisation de sa fille et expliqué que Marine Le Pen devrait "retrouver les accents des combats précédents", sans quoi "elle va progressivement s'effacer". Inversement, le maire de Béziers, Robert Ménard, a suggéré à Marine Le Pen de "prendre ses distances" avec son propre mouvement afin de "rassurer" les Français et ainsi élargir sa base électorale. 

"Si c'est pour s'asseoir et applaudir à toute rompre et faire des concours de tweets dithyrambiques, autant rester chez soi", a résumé à l'AFP le maire RN de Moissac, Romain Lopez. Si son entourage réfute toute remise en cause de la ligne du mouvement, Marine Le Pen a indiqué que "tout doit être débattu" à l'occasion du congrès. 

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Le spectre d'une candidature Zemmour

Autre particularité de ce congrès, le spectre d'une candidature du polémiste Eric Zemmour à la droite du RN, qui agite de plus en plus les troupes. Si une fraction de militants, critiques à l'égard de Marine Le Pen, semble ouvrir les bras à cette hypothèse, les cadres du RN se montrent de plus en plus agacés par cette possibilité. 

"Eric Zemmour a son rôle dans le débat à la télévision", mais il y a "une différence majeure entre le combat intellectuel et le combat politique", répétait Louis Aliot vendredi. La veille pourtant, l'eurodéputé Jean-Lin Lacapelle ne cachait pas son irritation, dénonçant dans sur Twitter "les méthodes de voyous utilisées par le petit fan club de Zemmour", avec à l'appui des captures d'écran de SMS d'anonymes appelant à perturber le congrès de Perpignan afin de déstabiliser Marine Le Pen. 

Symptôme de ces tensions, certains responsables y voient même un piège tendu par "le système" pour empêcher Marine Le Pen de parvenir au second tour. 

Si Eric Zemmour n'a jamais confirmé officiellement son intérêt pour la présidentielle, il n'a eu de cesse de critiquer la présidente du RN. Dénonçant "des rentiers qui réclament leurs dividendes" lors des dernières élections, le polémiste expliquait récemment, sur CNews, qu'il n'y a "plus de différence aujourd'hui entre le discours de Marine Le Pen et celui d'Emmanuel Macron ou de Xavier Bertrand", et que les électeurs "refusent cette carte forcée" d'un duel de second tour entre la patronne du RN et Emmanuel Macron. 

Face à ces tensions contradictoires, Marine Le Pen devra trouver, au lendemain de ce congrès, les ressources pour lancer sa candidature. Selon le dernier baromètre Harris Interactive pour Challenges, Emmanuel Macron devancerait Marine Le Pen avec 55% contre 45% des voix au second tour de l'élection présidentielle. Un autre sondage Elabe pour BFMTV creusait l'écart entre les deux potentiels finalistes, par 60% pour l'actuel président contre 40% pour Marine Le Pen. 

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