Royal, Fabius et les autres : tous les ministres passés au crible

Royal, Fabius et les autres : tous les ministres passés au crible

Politique
DirectLCI
ANALYSE – Le politologue Roland Cayrol commente pour metronews la composition du nouveau gouvernement.

On prend (presque) les mêmes et on recommence. Chaises musicales, promotions, extensions de périmètres... et seulement deux nouvelles têtes. Le gouvernement concocté mercredi par François Hollande et Manuel Valls recèle assez peu de surprises. La promesse d'un "gouvernement de combat" est-elle néanmoins tenue ? "Elle l'est à plusieurs titres", répond le politologue Roland Cayrol, qui a accepté de commenter pour metronews chacune des nominations. Selon le fondateur de l'Institut CSA, "un communicant est désormais à Matignon. Il y a davantage d'homogénéité sur le plan politique, en partie à cause du départ des Verts. Et une plus grande professionnalisation, avec beaucoup de poids lourds". Revue de détail.

Ils font leur entrée

Ségolène Royal (Ecologie, Développement durable, Energie)  : "Elle est sûrement la plus ingérable de cette équipe, avec sa capacité à devancer l'appel pour s'exprimer. En même temps, elle est la plus écolo-compatible des socialistes. Elle a en outre cette capacité à parler un langage qui soit compréhensible par les catégories populaires, qui tendent à déserter l'électorat socialiste."

François Rebsamen (Travail, Emploi, Dialogue Social) : "Il se préparait à l'Intérieur depuis très longtemps, mais Valls n'a pas voulu. Ce vrai politique, qui n'est pas le plus à gauche des 'hollandais', se retrouve avec un ministère clé : le dialogue social va être un enjeu essentiel dans cette deuxième partie du quinquennat, car on va être dans la gestion sociale du pacte de responsabilité."

Ils conservent leur poste :

Laurent Fabius (Affaires étrangères et du Développement international) : "Il a épaté Hollande depuis qu'il est au quai d'Orsay, alors que le courant n'était jamais passé entre eux. Il a même réussi au-delà des frontières de la majorité à montrer une image restaurée de la politique étrangère. C'est normal qu'il reste à son poste."

Christiane Taubira (Justice) : "C'est la surprise : tout le monde pensait qu'elle resterait, car elle est devenue une icône dans certains milieux de la gauche, mais pas à ce poste puisque Valls a bataillé contre sa réforme pénale. En la maintenant, il s'agit de se montrer unis et soudés, au-dessus des batailles passées."

Marisol Touraine (Affaires sociales) : "Son maintien va faire hurler un certain nombre de syndicats médicaux. Mais elle elle s'est tout de même retroussé les manches sur ses dossiers, notamment celui de la santé qu'elle connaît désormais très bien. Cela aurait été compliqué de la changer pour un de novice face à la complexité de ce secteur."

Jean-Yves Le Drian (Défense) : "On lui a proposé l'Intérieur, il a dit non. Cela montre à quel point il tient à son poste, pour lequel lui aussi s'est préparé durant des années. C'est encore un ami de Hollande. Valls, lui, n'a aucun proche dans ce gouvernement. Il y en aura sans doute deux ou trois parmi les secrétaires d'Etat.

Najat Vallaud-Belkacem (Droits des femmes, Ville, Jeunesse et Sports) : "C'est l'une des rares ministres dans les bonnes grâces de l'opinion, et elle a fait passer la plupart des textes qu'elle avait en préparation au Droit des femmes. Elle se retrouve avec deux nouvelles attributions, dont le lien n'a pas de sens absolu, sinon celui de valeurs de société qu'il s'agit de faire accepter."

Marylise Lebranchu (Décentralisation, Réforme de l'Etat et Fonction publique) : "Elle n'a pas brillé jusqu'ici par un éclat particulier à la Fonction publique, encore moins à la décentralisation. Mais elle passe pour être quelqu'un de sérieux et, surtout, c'est une protégée absolue de Martine Aubry."

Aurélie Filippetti (Culture et Communication) : "Elle a essayé de faire avaler au monde de la Culture la réduction des budgets publics, sans trop de dégâts pour le moment. Mais elle doit beaucoup son maintien à la protection du Président, car je ne suis pas sûr que c'était le premier choix de Valls. Elle bénéficie certainement aussi de l'exigence de parité."

Stéphane Le Foll (Agriculture, Agroalimentaire et Forêt, porte-parole du gouvernement) : "Il est celui qui parle naturellement le 'François Hollande'. Il remplace Vallaud-Belkacem au porte-parolat : comme elle, il sait pratiquer la langue de bois en souriant."

Ils sont promus

Benoît Hamon (Education nationale, Enseignement supérieur et Recherche) : "C'est de loin la plus belle promotion. Il représente l'aile gauche du parti et il fallait montrer avec éclat que la nomination de Valls, avec qui il a conclu une alliance personnelle, n'était pas un coup de barre à droite. C'est aussi quelqu'un qui a respecté dans tous les moments de troubles ou de couacs la discipline gouvernementale. Il n'a jamais voulu se servir de sa position dans l'aile gauche, alors même que ses amis à l'extérieur avaient envie de batailler."

Michel Sapin (Finances et Comptes publics) : "Il cumule les avantages, l'entente personnelle forte avec Hollande et la compétence professionnelle : il a déjà été ministre de l'Economie et il est absolument partisan de la politique de réduction des déficits. D'une certaine façon, il s'imposait à ce poste."

Arnaud Montebourg (Economie, Redressement productif et Numérique) : "C'est une promotion moins importante que celle à laquelle on aurait pu s'attendre. Il a bataillé pour avoir l'énergie, mai cela aurait fait hurler les écologistes et Ségolène Royal elle-même. Il étend un peu le champ de ses compétences, mais il est bordé par un ministre des Finances qui aura le dernier mot."

Bernard Cazeneuve (Intérieur) : "Il est considéré comme techniquement bon par tous ses collègues. C'est l'alliance d'une proximité avec Hollande et de cette compétence qui lui vaut d'être nommé à un ministère administrativement compliqué. Il est probable que Manuel Valls, souhaitant garder la main sur les affaires de sécurité, restera en contact permanent avec lui."

Sylvia Pinel (Logement et Egalité des territoires) : "Il fallait absolument un radical de gauche. Il a été question que ce soit leur président, Jean-Michel Baylet, mais il a été mis en examen mardi pour une affaire de frais de bouche. Du coup, elle hérite d'un vrai ministère au lieu d'un secrétariat d'Etat."

George-Pau Langevin (Outre-mer) : "Il fallait un ultra-marin comme cette militante socialiste pour remplacer Victorin Lurel."

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter