Royal, Hulot, EELV... les opposants au glyphosate veulent rebondir sur la condamnation historique de Monsanto

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REACTIONS - "Grande joie", "début d’une guerre". La lourde condamnation du géant agrochimique américain Monsanto aux Etats-Unis pour ne pas avoir informé de la dangerosité de son produit Roundup a réjoui samedi les adversaires des pesticides. Et maintenant ?

Est-ce le début de la contre-attaque ? Les opposants au glyphosate, en tout cas, y croient. A la suite de la sévère condamnation de Monsanto aux États-Unis pour ne pas avoir informé de la dangerosité de son produit Roundup à l’origine du cancer de l'ex-jardinier Dewayne Johnson, les réactions n’ont en effet pas, tardé en France. Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, a ainsi évoqué ce samedi le "début d’une guerre contre les pesticides." 


Cette condamnation doit en effet être un électrochoc. Le ministre de la Transition écologique, invité sur BFMTV samedi 11 aaoût, a mis en avant le modèle français, et la décision "pionnière" d’Emmanuel Macron d’interdire le glyphosate, principe actif du Round up, "dans ses principaux usages", d’ici à 2021, prolongeant l'action de Ségolène Royal, qui avait obtenu la suppression de son utilisation dans les espaces publics dès 2017 et l'interdiction de sa vente aux particuliers en 2019. L'ancien présentateur a appelé à une vraie prise de conscience des pays face aux multinationales : "J'aimerais bien que nos voisins européens, sans oublier nos amis outre-Atlantique, prennent des décisions aussi rapides et déterminées que nous le faisons en France", dit-il. "Est-ce qu’un jour nous comprendrons que Monsanto-Bayer n’a pas d’autre objectif que de mettre en coupe réglée les ressources alimentaires de la planète? D’un côté on empoisonne et de l’autre on soigne : à un moment donné, on doit se révolter."

A un moment donné, on doit se révolterNicolas Hulot, ministre de la Transition écologique

Le ministre reconnaît toutefois que son bilan en la matière est pour l'instant mitigé : "J’ai obtenu beaucoup, mais jamais assez (...) On ne me fera jamais dire que les choses vont bien parce que je pense que c’est un mensonge que les Français ne comprendraient pas", dit-il. Mais, conforté par cette condamnation, Nicolas Hulot  en a profité pour lancer un appel aux sénateurs, qui viennent d'enlever une disposition du projet de loi Agriculture et alimentation qui prévoyait de séparer la vente et le conseil en matière d'insecticides et de pesticides. Il souhaite qu'ils "reviennent à la raison" et n'attendent pas "une liste funeste tragique pour réagir". 

Il y a des discours, il n'y a aucun acteCorinne Lepage, sur LCI

 Et si la secrétaire d'Etat Brune Poirson rappelle que la France est "chef de file dans la mobilisation en Europe contre le glyphosate", le  débat politique français reste pour l'instant frileux. En mai dernier, lors de l’examen en première lecture du projet de loi Agriculture et alimentation, les députés ont ainsi rejeté l'inscription dans la loi de l’interdiction du glyphosate, pourtant jugé cancérogène probable par l'Organisation mondiale de la santé. Les députés se pencheront à nouveau sur le sujet lors de l’examen en deuxième lecture de la loi, en septembre prochain.  Au niveau européen, malgré une pétition Stop au glyphosate rassemblant plus d’un million de signatures, en novembre dernier,  Bruxelles a réautorisé la vente de l’herbicide pour les 5 ans à venir, et rejeté les demandes de fixer des objectifs de réduction. 


EELV affiche clairement son scepticisme sur l’action du gouvernement et ce bel horizon de 2021. Il faut "cesser de tergiverser sur le glyphosate et les pesticides (...) pour les intérêts de quelques-uns" et "aider les agriculteurs à se passer de ces produits dangereux", dit le parti, critiquant en creux les positions du ministre de l'Agriculture Stéphane Travert, vent debout avec la FNSEA sur le sujet. Karima Delli, députée européenne EELV, a exprimé sur LCI sa déception : "J’aurais bien aimé qu'on dise : on l'arrête tout de suite, comme ça on oblige les industriels à travailler sur les alternatives". "Maintenant, pendant ces trois ans, il faut accompagner les agriculteurs pour aller vers de l'agriculture biologique, bonne pour la santé des citoyens, et nos terres. Il faut aussi un choc culturel en France, il faut changer de système de développement. Et le choc culturel ne doit pas se faire que chez les agriculteurs, il doit se faire aussi chez les politiques. Parce que quand on a un débat à l'Assemblée nationale qui interdit d'inscrire dans la loi l'interdiction du glyphosate, on a un problème."

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Glyphosate : "Il faut un choc culturel en France", demande l'EELV Karima Delli

Corine Lepage, présidente de Cap 21 est aussi dubitative sur l’action française, malgré l’"engagement clair" promis par Emmanuel Macron. Car elle le rappelle : "Il n'y a en France aujourd’hui aucune interdiction programmée du glyphosate. Il y a des discours, il n'y a aucun acte", dit-elle à LCI. "Lorsque le gouvernement aura effectivement pris une décision disant le glyphosate est interdit en France on pourra parler d'interdiction. Pour l'instant ce n'est pas le cas." Reste que pour elle, cette décision est "très importante", car elle montre que "face à l'inertie des pouvoirs publics, à des gens capables de ne faire que de la communication et ne pas décider, la société française et les juges peuvent changer le cours des choses."

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Interdiction du glyphosate : "Il y a des discours, il n'y a aucun acte", réagit Corinne Lepage

En attendant le politique, le changement viendra-t-il d’abord donc de la justice et de la société civile ? "Je pense qu’il faut qu’il y ait une prise de conscience des agriculteurs par rapport au glyphosate, se dire : voilà on tourne la page, quels moyens ont met en œuvre, financiers et politique", martèle auprès de LCI Laurent Pinatel, de la Confédération paysanne. Mais l’interdire nécessite des moyens techniques. "Car les pesticides, c'est un outil de compétitivité dans la guerre économique". Plusieurs associations françaises de défense de l'environnement ont également salué la condamnation du groupe américain, propriété de l'allemand Bayer. Pour elles, "la justice agit là où le gouvernement n'est pas présent, il faut que les citoyens continuent de se mobiliser pour que le glyphosate soit enfin interdit en France et en Europe", indique ainsi Greenpeace France.


Le jugement donne en tout cas de nouveaux espoirs aux plaignants en France. Tel Paul François, un céréalier devenu figure du combat contre Monsanto. Il dit avoir ressenti "beaucoup de joie" pour tous ceux qui se battent. "J'ai pensé à eux en me disant que cette décision allait les aider et leur donner beaucoup d'espoir", a  déclaré celui qui est aussi président de l'association Phyto-victimes et auteur du livre "Un paysan contre Monsanto". 

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La condamnation de Monsanto redonne espoir aux plaignants français

En 2004, l’agriculteur de Nouvelle-Aquitaine, gravement intoxiqué par un herbicide, atteint de vertiges, d'amnésie, de nausées, avait pris la décision de s’attaquer à Monsanto. Il a gagné deux procès, mais le groupe a fait appel. Aujourd'hui, la procédure est toujours en cours, et son dossier sera à nouveau débattu le 6 février 2019. Mais la condamnation de l'entreprise aux Etats-Unis lui redonne espoir. La décision américaine ne peut pas faire jurisprudence en France, mais se avocats pourront s’en servir dans leur argumentation. "L’argumentation de Monsanto jusqu'ici était de dire il n'y a aucune preuve que ce produit représente un danger. Hors cette décision prouve le contraire." Si, outre-atlantique des milliers de procédures sont en cours, en France, les plaintes aboutissent rarement à des poursuites. 


Avec plus de 9000 tonnes de glyphosate vaporisées dans les champs chaque année, la France est le premier utilisateur de pesticides en Europe.

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Monsanto lourdement condamné

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