Rumeurs, coups bas et intox : comment Macron, Le Pen et les autres assurent la riposte 2.0

INCEPTION - Les équipes de campagne se mobilisent pour contrer les attaques subies par leurs candidats en s'appropriant le lexique journalistique de la lutte contre les fausses informations. Tour d'horizon des différentes pratiques.

Depuis le début de l’année, chaque intervention de Marine Le Pen dans les médias est décortiquée en direct par un quatuor de "fact-checkers" un peu particulier. Membres de l’équipe de campagne de la candidate, ils ont pour mission de vérifier en direct "les propos tenus par les contradicteurs de Marine". Ces contradicteurs sont pour la plupart des journalistes en interview, plus rarement des adversaires politiques au moment des débats. 


L’objectif affiché de la page "Attention fausses infos" sur le site Marine2017 est de "confronter les arguments avancés par les interlocuteurs de Marine à la vérité". Cette vérification en direct s’inspire ouvertement de la tendance journalistique du fact-checking, confirme à LCI Thomas Laval, membre de ces décodeurs tendance Front national. "Le système médiatique ne nous est pas favorable, explique-t-il, nous cherchons donc à rétablir la vérité, déconstruire les faux discours et donner des éléments aux militants". 

"Être soi-même son propre média"

Les sujets qui reviennent le plus souvent sont de nature économique. "Sur la question de l’euro, les journalistes aiment bien diaboliser, alimenter les peurs", justifie Thomas Laval. "Nous démontrons chiffres à l’appui, que l’euro est responsable de l’effondrement de notre économie, de notre industrie".  Cette initiative est propre à la présidentielle 2017, mais le Front national avait déjà lancé en 2014 une offensive contre les fausses informations dont le parti serait victime avec le "Décodeur Bleu Marine", des pastilles vidéo présentées par Joffrey Bollée, directeur de cabinet de Florian Philippot.  


Court-circuiter les médias pour donner la vérité du candidat, le procédé n’est pas nouveau, montre Nicolas Kaciaf, maître de conférences en science politique à Sciences Po Lille. "C'est une vieille recette de la communication politique. Le but du jeu, c’est de singer les publications journalistiques pour être soi-même son propre média et ne pas subir le questionnement des médias traditionnels". Ce qui change, c’est la temporalité imposée par les réseaux sociaux et les chaînes d’info en continu. La reprise du lexique de la vérification et des fausses infos est aussi un phénomène nouveau. "C’est la même chose quand Trump déclare que le Washington Post ou CNN font des fake news". 

L’équipe de Marine Le Pen n’est pas la seule à s’être lancée dans le fact-checking. Au lendemain du premier tour de la primaire de la droite et du centre, à la surprise générale, François Fillon est largement en tête. Le candidat devient aussitôt une cible, nous explique Gautier Guignard, en charge du digital de sa campagne. "Les attaques venaient de partout, on caricaturait son programme". L’équipe de campagne décide de se défendre avec l’initiative #stopintox. 


Comme chez Marine Le Pen, l’objectif est de "rétablir la vérité", mais ici, la rubrique est moins fournie : "Il faut que ce soit un sujet majeur de la campagne". Quand des "contre-vérités" ou des "exagérations" circulent , explique Gautier Guignard, "cela permet aux sympathisants qui tapent cela dans leur moteur de recherche d’être dirigés vers la version conforme au programme de François Fillon, pour ensuite devenir eux-mêmes vecteurs et diffuser cet argumentaire". Si la règle est plutôt de se concentrer sur des points du programme, la page #stopintox a aussi publié quelques posts relatifs aux révélations du Canard enchaîné

Chez En marche!, ce sont moins les idées d’Emmanuel Macron que sa personne qui occupent la cellule de riposte. "On pensait le faire en mode programme, mais on s’est rendu compte que notre candidat suscitait beaucoup de rumeurs et de fantasmes", nous raconte Pierre Le Texier, membre de l’équipe de riposte sur le web. Il distingue trois niveaux d’attaque : l’intimité du candidat, son argent, son patrimoine, et finalement le programme de En marche!. Le but premier est de rassurer les adhérents : "Il y a des questions qu’on peut se poser légitimement, des questions auxquelles sont confrontés les militants au quotidien." 

Le rôle clé des réseaux sociaux

Ce sont les militants qui font eux-mêmes remonter les informations dont peut se saisir la cellule de riposte. Un compte twitter doublé d’un profil Facebook est même apparu en novembre dernier pour lutter contre les intox dont le candidat de En Marche! ferait l’objet. Intitulé "Macron Désintox", il n’est pas lié aux comptes officiels de la campagne qui le relaient néanmoins régulièrement. Dans le Morbihan, les Jeunes avec Macron ont lancé une série de vidéos avec le même objectif. 


Les candidats peuvent faire confiance à leurs sympathisants pour organiser la contre-offensive sur le web. "Aujourd'hui les militants sont moins nombreux qu'autrefois mais ils ont une capacité d'action massive sur les réseaux sociaux", explique Nicolas Kaciaf.  A gauche, un site a été créé par des "citoyens insoumis". Intitulé "Mélenchon oui mais", il traque lui aussi les contre-vérités autour du candidat de la France insoumise et de son programme. Verité contre vérité, ce jeu de vérification  sur mesure pourrait rapidement ressembler à une bataille de versions sans fin entre médias et candidats. 

Tout savoir sur

Tout savoir sur

La chasse aux intox

Plus d'articles

Sur le même sujet

Lire et commenter