Salon de l'agriculture : ce qu'il faut retenir de la visite record (et mouvementée) d'Emmanuel Macron

COMMUNICATION MAÎTRISÉE - Passage obligé pour un Président, Emmanuel Macron a effectué sa première visite au Salon de l'agriculture depuis son élection. Un passage marqué par de nombreux face-à-face, parfois tendus. Retour sur une (longue) journée mouvementée.

Le Salon de l’Agriculture 2018 a ouvert ses portes ce samedi à Paris. Un rendez-vous incontournable pour un président de la République, et Emmanuel Macron était attendu de pied ferme par le monde rural. Et cette première visite depuis son élection n'a pas commencé sous les meilleurs auspices. 


En effet, dès son arrivée, à 7h45, il a été sifflé pendant plusieurs minutes par de jeunes agriculteurs qui ont brandi des T-shirts portant l'inscription "Attention agriculteurs en colère". Plus tôt, le Président avait déjà été accueilli par des agriculteurs déguisés, mais aussi par des applaudissements. Une illustration des tensions actuelles au sein d'un monde paysan en pleine réorganisation. 

Le loup et le glyphosate

Alpagué par un agriculteur qui protestait à propos de l'interdiction d'ici trois ans du glyphosate, Emmanuel Macron a confirmé sa volonté de lutter contre l'utilisation de cet herbicide dont le caractère cancérogène fait débat, alors qu'à l'issue d'un vote des pays européens, le glyphosate a été renouvelé pour 5 ans dans l'UE, en novembre dernier. "Les ouvriers agricoles, les consommateurs, qui demain diront 'vous aviez le glyphosate, vous le saviez et vous n'avez rien fait', ils me regarderont les yeux dans les yeux, ils n'iront pas vous chercher vous", a-t-il répondu séchement à son interlocuteur. 

Sur le plan loup, annoncé lundi, qui n'avait convaincu ni les agriculteurs ni les défenseurs de l'environnement, le président a été interpellé par différents éleveurs. Emmanuel Macron leur a alors répondu : "Si vous voulez me faire dire qu'on supprimera les loups, je ne le dirai pas. Si vous voulez l'engagement qu'on renforcera les moyens de protection ou qu'on sortira les loups de ces bassins, je m'y engage".

Le PAC et le Mercosur

Autre point épineux : l'Europe et le devenir de la PAC, une fois que la Grande-Bretagne, contributeur essentiel, aura largué les amarres. Là encore, le Président s'est voulu rassurant : "Pour la prochaine Politique agricole commune (PAC), je veux un mécanisme de garantie de prix minimum pour les éleveurs européens. Si on ne fait pas attention, on ne pourra plus choisir, ce sera le marché du prix qui aura décidé pour nous", a-t-il répondu  à un agriculteur déguisé en vache. "Il ne faut pas que la PAC diminue plus que la part britannique", a-t-il affirmé. 


En Europe, c'est aussi un accord entre l'Union européenne et le Mercosur que redoutent les exploitants. Un accord qui selon eux, mettrait en péril des milliers de fermes françaises à cause des importations massives de denrées sud-américaines. Une concurrence qui serait tout bonnement déloyale, leurs homologues n'étant pas soumis aux mêmes normes. Pour répondre à leurs craintes, Emmanuel Macron a assuré que "des lignes rouges" avaient été mises en place, notamment sur la viande, dans l'éthanol, dans le sucre. Le social et l'environnemental, que je vous demande de respecter en France, je demanderai qu'ils soient respectés pour les non-Européens, a-t-il déclaré. 

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VIDEO - Salon de l'agricutlure : "Il ne faut pas raconter des craques aux gens" : Emmanuel Macron s'explique avec un cheminot

L'altercation avec un cheminot

Plus étonnant, Emmanuel Macron a profité du salon de l'agriculture pour comparer  les retraites des agriculteurs à celle des cheminots, face à l'un de ces derniers qui l'avait interpellé. "Je ne peux pas avoir d'un côté des agriculteurs qui n'ont pas de retraite, et de l'autre avoir un statut cheminot et ne pas le changer", a répondu le chef de l'État face aux inquiétudes de ce salarié de la SNCF. "Je suis petit-fils de cheminot, allez voir les agriculteurs, ils n'ont pas de statut... faut pas raconter des craques aux gens. Vous avez quel âge? Vous n'avez pas le même rythme que mon grand-père qui était cheminot", a-t-il encore déclaré, tout en assurant ne pas vouloir "tout casser".


Lundi, le gouvernement doit annoncer le calendrier de la réforme de la SNCF qu'il va entreprendre à la suite de la présentation, la semaine dernière, du rapport Spinetta sur la question.

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VIDÉO - On vous présente Agathe, la poule qu'a adoptée Macron, au salon de l'agriculture

Record de présence

Petite anecdote à retenir de ce salon, le Président a adopté une poule, prénommée Agathe. L'animal lui a été offert par le directeur général des poulets de Loué dans la Sarthe, Yves de la Fouchardière. Sans un brin d'humour, le chef de l'État s'inquiétait déjà de la cohabitation avec le labrador présidentiel, Némo, adopté fin août à la SPA : "Je la prends, mais il faut qu'on trouve un système pour la protéger du chien". 


Reparti aux alentours de 20 heures, Emmanuel Macron aura arpenté pendant près de 12h30 les allées du Salon de l'agriculture ce samedi, battant le record de présence détenu par son prédécesseur François Hollande. Pour cette première visite en tant que président de la République, Emmanuel Macron aura dégusté... dans tous les sens du terme, tout en gardant une communication très maîtrisée.

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Le scandale du glyphosate

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