"Sarkozy cherche à détourner l'attention"

"Sarkozy cherche à détourner l'attention"

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INTERVIEW – A trois jours du premier tour des municipales, Nicolas Sarkozy a jeté un pavé dans la mare avec sa tribune au vitriol, publiée par Le Figaro, pour contre-attaquer dans l'affaire de trafic d'influence dont il est soupçonné. Le politologue Stéphane Rozès, président de CAP (Conseils, analyses et perspectives), revient pour metronews sur cette sortie fracassante.

Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il selon vous riposté de façon aussi violente ?
D'abord en raison de son tempérament, qui oscille toujours entre les postures du sauveur, de la victime et du dénonciateur. Sur le plan tactique, il cherche à détourner l'attention du fond des dossiers où il est, à tort ou à raison, mis en cause, et à politiser ces dossiers. Quand il traite la justice et la police de "Stasi" , il envoie un message aux Français : quoi que dise la justice sur les affaires qui m'impliquent, il ne faudra pas la croire.

Nicolas Sarkozy ne s'était pas exprimé aussi longuement depuis l'été 2012. Peut-on y voir une entrée en guerre officielle pour 2017 ?
Non, c'est une défense. Et la forme et le fond de cette tribune rendent son retour beaucoup plus compliqué. L'ancien président de la République compare les institutions françaises que sont la police et la justice à la Stasi, qui était la police d'un régime totalitaire. Si c'est vraiment le cas, cela veut dire qu'il faut appeler à un renversement de ce régime. Les mots ont un sens ! Nicolas Sarkozy devait revenir dans la vie politique en montrant un nouveau visage, celui d'un homme ayant tiré les leçons du passé. Là, l'homme qui revient, c'est l'ancien Nicolas Sarkozy puissance dix dans sa capacité à cliver le pays.

"Je ne pense pas que cela ait un impact réel sur le score de l'UMP"

Dans son texte, Nicolas Sarkozy dit vouloir vivre comme un "citoyen normal", et il dépeint en creux François Hollande comme un chef de clan. Cherche-t-il à inverser les rôles de la présidentielle de 2012 ?
Je crois qu'il cherche à se sauver, et qu'il a trouvé une mauvaise façon de le faire. Des deux derniers présidents de la République que la France ait connus, on peut dire que l'un est dans l'excès de volontarisme et l'autre dans l'excès de normalité. Vouloir inverser les rôles n'est vraiment pas très crédible.

Cet affrontement politico-judiciaire aura-t-il un impact sur les municipales de dimanche ?
Sur l'abstention croissante, sans doute : la détérioration du climat moral dans le pays pourrait peser plus que de coutume sur la participation. Sur le score de l'UMP, non.

Les sondages donnent l'UMP en tête de ces municipales. Nicolas Sarkozy, au centre des joutes politiques ces derniers jours, pourra-t-il s'attribuer une partie des lauriers en cas de victoire ?
Si les municipales devaient montrer que l'UMP tire partie de ces élections municipales, et non le FN, son entourage pourra s'en prévaloir. Mais encore une fois, je ne pense pas que cela ait un impact réel sur le score de l'UMP. Les motivations de vote sont très majoritairement locales dans ce scrutin, la meilleure preuve étant que les candidats UMP, comme socialistes, ont plutôt caché leur étiquette nationale durant la campagne. 

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