Sarkozy, Hollande... et Macron : la "dose de proportionnelle", cette tarte à la crème présidentielle

Politique
SCRUTIN - Cela changera-t-il parce qu'Emmanuel Macron s'y est engagé ce lundi devant le Congrès ? Que Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministère de l'Intérieur, a annoncé une dose de "20 à 25%" ? Toujours est-il que l'introduction dans le scrutin législatif d'une part de proportionnelle fait partie de ces promesses éreintées par nos précédents chefs d'Etat.

 "Je proposerai que le Parlement soit élu avec une dose de proportionnelle pour que toutes les sensibilités y soient justement représentées". Lundi 3 juillet, Emmanuel Macron a répété ce que tout lecteur de son programme savait déjà depuis quelques mois. 

Une "annonce" relative, donc, mais qui intervient après que les élections législatives ont démobilisé comme jamais sous la Ve République. Ce qui pose la question de la représentativité de l'Assemblée nationale, "un combat inachevé" selon le Président. Difficile de lui donner tort quand, avec 32% des voix au premier tour, la majorité présidentielle a obtenu plus de 53% des sièges de députés et qu'avec 11% des voix, la France insoumise en a moins de 3%. Mardi 4 juillet, la ministre auprès du ministère de l'Intérieur Jacqueline Gourault a d'ailleurs esquissé une piste, à hauteur de "20-25%", pour l'introduction d'une dose de proportionnelle.

Le "combat" en question n'a pas été véritablement remis sur la table depuis 31 ans. A l'époque, les élections législatives s'annoncent très mauvaises pour le Parti socialiste, au pouvoir depuis cinq ans. Face à ce qui s'annonce comme un désastre électoral, le PS ressort une mesure du programme de François Mitterrand, augmente le nombre de députés et fait passer le scrutin à la proportionnelle intégrale, via des listes par départements. Aux élections législatives de 1986, qui se déroulent sur un tour, le PS arrive près de 10 points derrière la droite, mais conserve plus de 200 députés. Jacques Chirac, de son côté, devient Premier ministre, mais n'a qu'une courte majorité absolue. La faute au Front national qui entre massivement à l'Assemblée nationale avec 35 députés.

Sarkozy, la peur de "la république des partis"

Aussitôt abrogée par la droite, la proportionnelle intégrale a été mise en veilleuse, réservée aux élections sénatoriales et européennes et, dans une autre mesure, aux régionales et aux municipales. C'est Nicolas Sarkozy qui, en 2006, ressortira le premier l'idée, alors qu'il est encore président de l'UMP : "Notre démocratie gagnerait à permettre à nos compatriotes qui votent en faveur des partis protestataires d'être représentés au Parlement", rappelle Le Monde, tout en jugeant que ce système "donne le pouvoir aux partis" et "rend difficile la constitution de majorités stables". Le quinquennat passe, et rien, de ce côté, n'est mis en œuvre. Un comité présidé par Edouard Balladur proposera bien une dose de proportionnelle à 5% mais l'idée sera enterrée. La faute à une droite qui, dans son ensemble, voit bien le risque d'être attaquée sur sa droite par le Front national.


Il faudra attendre 2012 pour que le même Nicolas Sarkozy appelle, en pleine campagne présidentielle, à "corriger à la marge" le scrutin uninominal à deux tours. Il s'agirait donc, comme en 2007, d'introduire une "dose" de proportionnelle. Comment ? En augmentant le nombre de députés et en faisant élire ce surplus d'élus à la proportionnelle, c'est-à-dire en attribuant aux partis un nombre d'élus correspondant au pourcentage de voix obtenues. La proposition ne suffira pas à faire réélire le Président mais la promesse, reste, elle d'actualité.

Hollande, la peur du Front national

A l'instar de François Mitterrand, François Hollande porte "la part de proportionnelle" dans son programme présidentiel. et dans son célèbre "Moi Président". C'est même une des raisons qui ont poussé François Bayrou à lui accorder son vote durant l'entre-deux-tours présidentiel. Là encore, rien ne se produira dans les cinq ans du mandat de François Hollande. A peine le Président imitera-t-il son prédécesseur, en ressortant du placard Lionel Jospin qui, à la tête d'une commission, lui remettra un rapport où il propose, cette fois, une dose de 10% de députés élus à la proportionnelle. 


Un rapport dont François Hollande ne fera rien, si ce n'est en repousser l'échéance au fur et à mesure de son mandat, avant de l'enterrer définitivement fin 2015. A cette époque, le Front national sort d'élections régionales assez fastes, où il a forcé le PS à se retirer en faveur de la droite dans deux régions. Conclusion présidentielle glanée par Europe 1 : s'il introduisait la proportionnelle, "ce ne serait pas les 35 députés Front national des législatives de 1986 que vous auriez, mais bien une centaine d'élus frontistes".

C'est donc au tour d'Emmanuel Macron, grand bénéficiaire de l'absence de proportionnelle aux législatives, de s'activer sur ce front. Comme François Hollande, il a obtenu l'appui de François Bayrou en lui promettant l'introduction de cette fameuse dose. Comme d'autres avant lui, son Premier ministre Edouard Philippe y est favorable, sans savoir s'il s'agira "d'une petite dose ou d'une dose totale". Et comme d'autres, Emmanuel Macron devra procéder à un redécoupage électoral pour y parvenir. Sauf que cette fois, cette loi électorale sera assortie d'une baisse du nombre de parlementaires. Et surtout, cette fois, Emmanuel Macron a engagé le sujet devant le Congrès. Il a désormais un peu moins de cinq ans pour mettre sa promesse en application.

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