Scandale des primes en liquide : Claude Guéant devant la justice

Politique

AFFAIRE - L'ex-ministre de l'Intérieur et bras droit de Nicolas Sarkozy comparaît à partir de ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris. Il est accusé de s'être enrichi au préjudice des services de police.

L'ancien bras droit de Nicolas Sarkozy devant ses juges. Claude Guéant est jugé à partir de ce lundi pour "complicité de détournement de fonds publics et recel" dans l'affaire des primes en liquide de l'Intérieur. Le tribunal devra répondre à cette question : l'ancien ministre s'est-il enrichi au préjudice des services de police ?

A l'époque des faits, entre 2002 et 2004, Claude Guéant était le directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, qu'il accompagnera ensuite à l’Élysée comme secrétaire général, avant d'être nommé à son tour ministre de l'Intérieur. L'affaire porte sur des primes en espèces que se versaient chaque mois des membres du cabinet de Nicolas Sarkozy et qui étaient prélevées sur une enveloppe destinée aux frais d'enquête et de surveillance (FES) des policiers.

10.000 euros par mois

La procédure vise un montant global de 210.000 euros (10.000 euros par mois) remis par Michel Gaudin, alors patron de la police nationale, à Claude Guéant qui en a perçu le plus gros montant et en a versé le solde à trois collaborateurs. Michel Gaudin, également proche de Nicolas Sarkozy, est jugé pour "détournement de fonds publics", tandis que les trois membres du cabinet du ministre, Daniel Canepa, Michel Camux et Gérard Moisselin sont cités à comparaître pour "recel".

La facture serait bien plus élevée, selon la Cour des comptes, qui a chiffré à 34 millions d'euros les frais d'enquête perçus par le cabinet du directeur général de la police nationale entre 2002 et 2012, où se sont succédé Michel Gaudin et Frédéric Péchenard. La Cour constate que l'emploi de cette somme fut "totalement discrétionnaire" et qu'aucune pièce justificative n'en a été conservée jusqu'en 2011. Créés par un décret de 1926, les FES sont censés couvrir des dépenses que "le fonctionnaire peut être appelé à engager pour l'exécution de la mission qui lui est confiée". Cela couvre notamment le recueil de renseignements, la rémunération d'informateurs ou l'acquisition de matériels et moyens d'investigation.

"Je suis un homme honnête"

Pour Claude Guéant, l'affaire a débuté par une perquisition à son domicile en février 2013 dans le cadre d'une enquête sur des soupçons du financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Ce jour-là, les policiers tombent sur des factures pour des achats payés en liquide. L'ancien ministre s'est justifié en évoquant des primes qui "n'étaient pas déclarées, de toute éternité" et qui auraient concerné des "milliers" de fonctionnaires, dont les membres de cabinet de l'Intérieur. Une version mise à mal, car la pratique des fonds secrets au profit des ministères avait été réformée, et l'argent en cause provenait en fait des FES. 

Interrogé par l'AFP, son avocat, Me Philippe Gouchez El Ghozi, assure que "le décret de 1926 n'interdisait pas que les FES servent de complément de rémunération".  "Je suis un homme honnête", s'est défendu Claude Guéant en évoquant "une instrumentalisation de la justice" pour le détruire et atteindre à travers lui Nicolas Sarkozy. "Je n'ai perçu que ce à quoi j'avais droit, ni plus ni moins que mes prédécesseurs ou mes successeurs", a-t-il assuré. "Et je trouverais injuste d'être le seul à payer les pots cassés".

Depuis la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant a été placé plusieurs fois en garde à vue, notamment dans les affaires des primes, des sondages de l’Élysée, de l'arbitrage Tapie et du financement libyen, dans le cadre duquel il a été mis en examen pour "blanchiment de fraude fiscale et faux" pour la vente de toiles flamandes.

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