Scission FN-Les Patriotes : le Front national, une longue histoire de divorces

RUPTURES - Florian Philippot a annoncé vendredi matin sur LCI la transformation de son association Les Patriotes en parti politique. Il officialise ainsi une scission avec le FN, qui est loin d'être la première dans l'histoire de l'extrême droite française.

Il n'aura attendu que quelques jours pour franchir le pas. Tout juste parti du Front national, l'ex-bras droit de Marine Le Pen a annoncé, vendredi matin sur LCI, la transformation de son association Les Patriotes en un véritable mouvement politique. "Pas un parti traditionnel", assure Florian Philippot, qui veut "fédérer les bonnes volontés" et compare son initiative aux "Marcheurs" d'Emmanuel Macron et aux "Insoumis" de Jean-Luc Mélenchon. Pour autant, il s'agit bien d'une scission, l'ex-numéro 2 du FN ayant entraîné avec lui une vingtaine d'élus. 


Or, en matière de scissions, le FN s'y connaît. On se rappelle bien sûr de celle de Bruno Mégret il y a 18 ans. Pourtant, il y en a eu bien d'autres... Rappel en quelques dates. 

1973 : la première rupture

Créé fin 1972 en fédérant plusieurs mouvances nationalistes, le Front national verrouillé par Jean-Marie Le Pen fait face, dès 1973, à une scission d'anciens activistes anti-extrême gauche, issus notamment d'Ordre nouveau, groupuscule dissous peu après par les autorités en raison de sa participation à une manifestation violente contre l'immigration. Ces militants créent le Parti des forces nouvelles, un mouvement revendiquant des alliances avec la droite classique, qui survivra dans l'ombre du FN jusqu'à sa dissolution en 1998.

1981 : le Parti nationaliste français

Ce mouvement est issu du journal Militant, dont les membres ont été exclus du FN par Jean-Pierre Stirbois, alors secrétaire général du FN. D'inspiration fasciste, il compte parmi ses fondateurs Pierre Bousquet et Jean Castrillo, issus de la Division Charlemagne, des Français engagés durant la Seconde Guerre mondiale sous les couleurs de la Waffen-SS. 


Le PNF a été refondé lors d'un congrès en 2015. Son programme revendique aujourd'hui "le caractère naturellement blanc et chrétien de la société française". 

1998 : le "félon" Bruno Mégret

La plus importante scission est provoquée par la tentative de Bruno Mégret, numéro 2 du FN, de prendre le contrôle du parti fin 1998 pour en faire un parti de gouvernement et nouer des alliances avec la droite parlementaire. Le "putsch", selon les termes de Jean-Marie Le Pen, qui le traite de "félon", échoue rapidement et se traduit par l'éviction de Bruno Mégret en décembre 1998.


Ce dernier entraîne avec lui la moitié du bureau politique du FN et de nombreux élus, et fonde le Mouvement national républicain (MNR), qui subira une série d'échecs cuisants aux élections, dont les européennes. 

2005 : la scission régionaliste

En 2005, en rupture avec la gestion du FN par la famille Le Pen, l'un des membres fondateurs du parti, Jacques Bompard, maire d'Orange, est évincé du bureau politique et démissionne. 


Après un passage au Mouvement pour la France de Philippe de Villiers, il fonde en 2010 la Ligue du Sud, implantée dans le Vaucluse et associée localement au MNR et au Bloc identitaire. L'ex-député revendique une ligne plus identitaire que le FN, dont il récuse notamment le programme économique et sociétal. 

2009 : la scission de la vieille garde

Un nouvel épisode de rupture intervient à la fin des années 2000, lorsqu'un cadre du FN, Carl Lang, conduit une liste dissidente face à Marine Le Pen, qu'il juge "parachutée", aux élections européennes. 


Suspendu du FN, il crée en 2009 le Parti de la France, accompagné de quelques cadres historiques du FN comme Martial Bild et Martine Lehideux, qui contestent l'évolution de la ligne du parti. 

2014-2017 : l'exclusion de Jean-Marie Le Pen

Le fondateur du FN, qui a passé la main à sa fille en 2011, est récusé par sa fille après ses propos sur la "fournée" tenus en 2014. Le FN, en quête de dédiabolisation, l'exclut en 2015. Jean-Marie Le Pen reste cependant président d'honneur, un titre qui lui a valu une première décision favorable en justice et qui sera jugé en appel fin 2017.


Jean-Marie Le Pen, qui conteste la ligne Philippot, a parallèlement fondé les comités Jeanne, qui ont présenté des candidats aux législatives de 2017 avec le soutien du Parti de la France. Pour autant, il appelé à voter pour sa fille lors de la présidentielle et l'appelle, ce 28 septembre, à "revenir aux fondamentaux" et à "amnistier les exclus", sous peine de disparaître. 

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