Se faire vacciner ou non : le monde politique entretient-il le flou ?

Se faire vacciner ou non : le monde politique entretient-il le flou ?

CONFIANCE - À l'instar de ses partenaires européens, la France va démarrer la campagne de vaccination contre le Covid-19 en janvier. À l'approche de l'échéance, les responsables politiques sont sommés de se positionner, y compris sur leur propre comportement à l'égard du vaccin. Or dans cet exercice, l'ambiguïté est de mise.

"Vous même, comptez-vous vous faire vacciner contre le Covid-19 ?" Depuis plusieurs jours, cette question, posée en boucle par les journalistes aux responsables politiques, prend la forme d'une injonction à se positionner sur le sujet. Sommés de clarifier leurs intentions personnelles à l'égard du vaccin, ils peinent souvent à délivrer un message clair, se faisant l'écho des doutes qui assaillent une opinion déjà très divisée, où le rejet semble gagner du terrain si l'on en croit les sondages. 

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Covid-19 : le défi de la vaccination

Dans d'autres pays, comme au Royaume-Uni et aux États-Unis, les dirigeants assument cette mission d'exemplarité, quitte à annoncer, comme le président américain élu Joe Biden ou certains ministres britanniques, qu'ils se feront vacciner publiquement. En France, hormis quelques voix, comme les députés Hervé Saulignac (PS) ou Patrick Vignal (LaREM), qui prônent cette mise en avant du monde politique pour montrer la voie à l'opinion, la prudence est de mise. Quitte à entretenir l'ambiguïté ?

Pas de passe-droit, pour l'exécutif

Malgré la pression, l'exécutif a choisi jusqu'ici de rester sur sa ligne initiale : pas de "passe-droit" pour les responsables publics, puisque ce sont d'abord les populations les plus vulnérables qui seront vaccinées, à commencer par les résidents des Ehpad. "Moi, je ne vais pas faire l'inverse de ce que je recommande pour la population", expliquait ainsi Emmanuel Macron la semaine dernière lors de son entretien chez Brut, invoquant une différence de "stratégie" entre la France et les pays anglo-saxons. Le chef de l'État qui, en parallèle, plaidait la "transparence", reconnaissant "qu'on ne sait pas tout sur le vaccin, comme sur le virus"

"Je me serais volontiers fait vacciner dès le début de la campagne, au titre de l’exemplarité. Mais je ne voudrais pas que ce soit interprété comme un passe-droit par rapport aux priorités établies par la Haute autorité de santé", a également déclaré Jean Castex ce week-end dans un entretien à L'Indépendant. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, tenait le même argumentaire quelques jours plus tôt lors de "La Grande Confrontation", sur LCI

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L'ambiguïté gagne aussi l'opposition

La question-piège a également poussé plusieurs personnalités de l'opposition dans leurs retranchements, quitte à rendre, là encore, le message encore plus flou pour les Français. "Ce vaccin ne me rassure pas", a reconnu Jean-Luc Mélenchon, dimanche sur BFMTV à propos de celui qui est développé par Pfizer-BioNTech, actuellement déployé aux États-Unis et au Royaume-Uni. Le député LFI a comparé ce vaccin à des "surgelés", s'inquiétant notamment du respect la chaîne du froid... Sans pour autant exclure de se faire lui-même vacciner si son médecin le lui recommandait. 

Marine Le Pen a également assuré qu'elle se ferait vacciner... Mais sans se presser. "Il est hors de question en l’état que je me fasse vacciner", a ainsi lâché la présidente du RN dimanche dernier sur LCI, s'en remettant elle aussi aux conseils de son médecin, dès lors que ce dernier aurait eu accès aux études relatives au vaccin. 

À droite, si la président de la région Ile-de-France Valérie Pécresse a assuré dimanche sur LCI qu'elle se ferait vacciner "s'il faut rétablir la confiance", à l'instar d'Edouard Philippe, pourtant "pas grand fan des piqûres", Rachida Dati (LR) a estimé que "le gouvernement lui-même doute de l'efficacité des vaccins mis sur le marché". Interrogé lundi sur Public Sénat, l'eurodéputé LR François-Xavier Bellamy a expliqué qu'il ne serait "de toute façon pas concerné" par la première phase de la vaccination, ajoutant que les autorités avaient "très peu de recul" sur ces vaccins.

Quant à l'eurodéputé EELV Yannick Jadot, partisan d'une campagne de vaccination obligatoire "en dernier recours" - scénario écarté par le gouvernement -, il s'interrogeait dimanche, au Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro, sur "la transparence des contrats" passés entre l'Union européenne et les laboratoires. "Évidemment que je me ferai vacciner... Après, je ne suis pas la première population cible donc j'attendrai mon tour", a-t-il expliqué. Avant d'ajouter : "Si on considère que Jadot doit se faire vacciner à la télé pour que ça génère l'adhésion de tous, pas de souci. Mais je ne suis pas certain que ce soit ce que les Français attendent."

Qui sème le doute...

"On ne peut pas exiger de la puissance publique qu'elle nous protège, et aller se planquer quand la recherche française réclame des volontaires", prévenait, dès novembre, le socialiste Hervé Saulignac, volontaire pour tester le vaccin en premier. 

Pour certains élus, c'est bien le risque de faire passer ce message - "faites ce que je dis, pas ce que je fais" - qui pèse sur la campagne à venir. "Comment dire aux Français 'allez vous faire vacciner' si nous-mêmes ne montrons pas l’exemple ?" questionnait Patrick Vignal samedi, estimant que la classe politique devait être "en première ligne" dans ce combat. 

"Il faut être transparent et clair", juge Patrick Vignal, sollicité lundi par LCI. "On ne peut pas toujours dire qu'on croit en rien. Une fois qu'on aura la certification concernant les vaccins, il faudra clarifier les choses, avoir un discours simple. Il faudra lancer un grand plan" en faisant notamment appel à des artistes, des sportifs, estime le député LaREM, mais également, quand la campagne démarrera, en la confiant "à la vitalité des territoires", dont les élus locaux et les médecins généralistes. 

Le gouvernement portera le débat sur le vaccin à l'Assemblée nationale et au Sénat les 16 et 17 décembre. L'occasion d'un débat parlementaire qui pourrait - ou non - clarifier enfin les positions respectives sur cette étape cruciale de la crise sanitaire. 

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