Seine-Saint-Denis : le plan du gouvernement pour répondre à la colère des élus

Seine-Saint-Denis : le plan du gouvernement pour répondre à la colère des élus
Politique

"MESURES CONCRÈTES" - Le Premier ministre est à Bobigny, la préfecture du département, ce jeudi pour annoncer 23 mesures pour renforcer l'engagement de l'Etat en Seine-Saint-Denis. C'est le département le plus pauvre de France.

Edouard Philippe se déplace jeudi matin en Seine-Saint-Denis pour tenter de répondre à la grogne des élus, qui se sentent "discriminés". Le Premier ministre doit annoncer les 23 mesures retenues pour venir en aide à la Seine-Saint-Denis, parmi lesquelles une prime de 10.000 euros pour fidéliser les fonctionnaires, le recrutement de 150 policiers ou encore le renforcement des contrôles des logements insalubres, a annoncé Matignon mercredi.

Ce jeudi, le Premier ministre sera précédé sur le terrain par les ministres de l'Intérieur Christophe Castaner et Laurent Nunez et du Logement Julien Denormandie, en visite à La Courneuve, quand la garde des Sceaux Nicole Belloubet se rendra au tribunal de Bobigny, la ministre de la Santé Agnès Buzyn dans une association qui accueille les femmes malades du Sida à Saint-Denis et le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer à Bobigny auprès d'aspirants professeurs.

Un déploiement qui montre une certaine volonté d'agir après un rapport accablant remis par deux députés en mai 2018 et intitulé "La République en échec", une consultation des maires et parlementaires répartis en groupes de travail, puis une synthèse du préfet en juillet 2019.

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Cette batterie de décisions doit être publiquement dévoilée ce jeudi matin par Edouard Philippe, accompagné de plusieurs ministres, lors d'une visite à la préfecture de la Seine-Saint-Denis. Ce département est le plus pauvre de France et plus qu'aucun autre "présente de manière massive et systémique des difficultés", souligne-t-on à Matignon.

En s'appuyant sur un rapport parlementaire "assez sévère", remis en 2018 --intitulé "La République en échec", dirigés par deux députés extérieurs au département--  des concertations d'élus et un second rapport de synthèse du préfet de Seine-Saint-Denis, le gouvernement a mis l'accent sur cinq axes : l'attractivité des postes pour les fonctionnaires, la sécurité, la justice, l'éducation et la santé.

Prime aux fonctionnaires

Ainsi, constatant l'important roulement des agents sur le territoire (en moyenne les agents du ministère de l'Intérieur restent 2,7 années en Seine-Saint-Denis, contre 7 ans en Essonne), une prime de 10.000 euros sera octroyée aux fonctionnaires demeurant au moins cinq ans en poste dans le département. La mesure, qui s'adresse principalement aux enseignants et policiers, pourrait concerner jusqu'à 39.000 agents tous corps confondus, même si Matignon réfléchit à établir d'éventuelles "distinctions" d'ici à la mise en place de ce bonus "dans le courant du premier semestre 2020".

Hausse du nombre de policiers

L'accent est aussi mis dans ce plan sur le régalien. 50 policiers supplémentaires se répartiront dans deux quartiers, à Saint-Ouen et la Courneuve, dans le cadre de la police de sécurité du quotidien. Et d'ici à 2021, 100 postes d'officiers de police judiciaire seront déployés. Le rapport de 2018 soulignait qu'en matière de sécurité, des communes comme Bondy et Stains avaient moins d'un policier pour 400 habitants, avec un taux de délinquance (nombre de faits constatés pour 1.000 habitants) supérieur à 100% alors que le XVIIIe arrondissement de Paris, moins criminogène, bénéficie d'un policier pour 315 habitants, selon le rapport.

Effectifs judiciaires renforcés

Par ailleurs, pour accélérer une chaîne judiciaire embolisée, 35 postes de greffiers et 12 de magistrats seront créés. Le but est notamment de réduire les délais d'audiencement au tribunal. Les commissariats d'Aulnay-sous-Bois et d'Epinay-sur-Seine seront par ailleurs rénovés d'ici 2023 avec une enveloppe de 30 millions d'euros, tandis que le tribunal de Bobigny verra son extension réalisée à l'horizon 2026.

Recrutements dans l'éducation et la santé

Sur le volet éducation, 20 millions d'euros seront fléchés par la région pour financer des investissements immobiliers, dans un département qui est particulièrement concerné par la mesure de dédoublement des classes de CP et CE1 réservé aux zones d'éducation prioritaire. Il avait été calculé qu'un élève de Seine-Saint-Denis perd en moyenne un an sur l'ensemble de sa scolarisation en raison de la difficulté à remplacer les professeurs absents et 49,5% des enseignants du secondaire restent moins de deux ans dans leur établissement.

Ainsi Édouard Philippe doit annoncer un dispositif de "pré-recrutement" de 500 enseignants. Il s'agit de financer les études d'étudiants boursiers de Seine-Saint-Denis qui s'engagent en retour à travailler dans le département. 

Sur le plan sanitaire, cinq inspecteurs en charge du contrôle des logements indignes seront recrutés. Seulement deux sont officiellement en poste actuellement, alors que "potentiellement, 10% de l'habitat est insalubre".  Une enveloppe de 10 millions d'euros est également allouée "pour financer des actions visant à mieux accueillir les publics fragiles", précise Matignon.

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