Séminaire du FN : Philippot au bord de la rupture ?

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BILAN – Ce vendredi, le FN organise un séminaire pour se refonder et se rendre plus attractif électoralement. Bien que Florian Philippot refuse tout accommodement sur l’euro, la question de l’abandon de la monnaie unique sera évidemment au cœur des échanges tant cet argument de campagne semble avoir fait perdre de nombreuses voix à Marine Le Pen.

"Si demain mon parti abandonnait la souveraineté monétaire, donc la souveraineté nationale, bien sûr que je n’aurais plus rien à y faire". A la veille du séminaire du Front national pour faire le bilan de la séquence électorale qui vient de s’achever et préparer des lendemains électoraux plus glorieux, Florian Philippot lance un avertissement aux siens dans Le Parisien.

 

Ce pourfendeur de l’euro ne veut pas entendre parler d’une édulcoration du programme économique de son parti qui viserait à laisser un sursis à la monnaie unique. Pour lui, elle est responsable de tous les maux de l’Hexagone. Et jusqu’à présent, beaucoup au FN partageaient son aversion. 


Sauf que les Français semblent hermétiques aux arguments anti-euro. Pragmatiques, plusieurs dirigeants du FN estiment qu’il faut assouplir leur discours anti-euro. Pour l’eurodéputé FN Bruno Gollnisch, "cette monnaie a certes trahi ses promesses, notamment celle d’être un obstacle à la hausse des prix, mais il faut adopter une communication moins anxiogène".

Lui suggère de ne plus directement proposer la sortie de l’euro mais plutôt mettre en avant "un plan B de sortie de crise que l’on pourra dégainer quand cette monnaie mourra de sa belle mort, car comme l’a dit le prix Nobel Maurice Allais, elle n’est pas viable à terme". Un tel compromis sur l’euro pourra-t-il convenir à Florian Philippot ? 


Bruno Gollnisch l’espère. "Il aurait tort de quitter le FN. C’est un garçon intelligent et sincèrement patriote", explique ce proche de Jean-Marie Le Pen. "Mais qu’il n’impose pas tout à une maison plus vieille que lui et dont il est un hôte récent", ajoute-t-il. 


Le secrétaire national aux Fédérations, Jean-Lin Lacapelle, refuse lui de voir dans les déclarations de Florian Philippot une forme de chantage. "Il exprime son avis", juge-t-il sobrement. A l’écouter, tout irait bien au FN et Florian Philippot ne serait dans le viseur de personne. "C’est le petit jeu des journalistes qui rêvent d’une division, mais nous ne tomberons pas dans ce piège", poursuit-il. 

Comme Bruno Gollnisch, il reste d’ailleurs lui aussi très critique vis-à-vis de la monnaie unique. "Le problème, c’est l’euro ou la manière dont on a parlé de l’euro ?", s’interroge-t-il, comme pour mieux suggérer qu’il s’agit avant tout d’un déficit de pédagogie. A ce titre, il attend avec impatience les conclusions de la commission thématique qui a travaillé sur cette question et qui doit permettre au FN de trouver la meilleure manière de transformer son discours sur l’euro sans toutefois se renier complètement.


Pour enterrer l’ambiguïté sur l’euro, un cadre régional du FN suggère tout simplement qu’on laisse cette question au second plan. "La souveraineté monétaire est importante mais ce n’est pas la priorité des Français. Au cours de la campagne, les gens me parlaient de sécurité, d’identité, etc. mais jamais de l’euro. Il suffit de faire un marché pour s’en rendre compte. Mais Florian Philippot était peut-être pas assez sur le terrain et un peu trop sur les plateaux TV", lance l’élu. 


Comme de nombreux dirigeants frontistes, il n’a pas apprécié, au lendemain des législatives, voir le vice-président du FN créer son propre mouvement "Les Patriotes". "Je ne comprends pas son mode de fonctionnement. On dirait qu’il fait tout pour se saborder alors qu’il est brillant pourtant. Au FN, personne ne doit revendiquer de statut particulier, encore moins celui de chouchou", prévient-t-il. Malgré ces reproches, il considère que Florian Philippot "a toute sa place au FN". "À condition qu’il veuille bien y rester", prend-t-il soin de préciser.

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