"Séparatisme islamiste" : que sont ces "Elco" qu'Emmanuel Macron veut voir disparaître ?

"Séparatisme islamiste" : que sont ces "Elco" qu'Emmanuel Macron veut voir disparaître ?

POLITIQUE - Emmanuel Macron annonce que les "Elco" (Enseignements de la langue et de la culture d’origine) seront supprimés à la rentrée 2020. De quoi s'agit-il exactement ?

"A partir de la rentrée de septembre 2020, les enseignements en langues et culture d'origine étrangère (Elco) seront partout supprimés sur le sol de la République", a lancé Emmanuel Macron mardi, à l'issue d'un déplacement à Mulhouse consacré à la lutte contre le "séparatisme islamiste", annonçant que ces "Elco" seraient remplacés par des Enseignements internationaux en langue étrangère (EILE). 

Une déclaration qui a provoqué des réactions ironiques, comme celle de cette mère de famille, notre consœur Nassira El Moaddem, démontrant avec une photo que ledit changement est déjà effectif.

Ou celle de Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Education nationale en 2016, quand le gouvernement de l'époque avait, déjà, entrepris de transformer progressivement ces "Elco" en sections internationales.

De quoi s'agit-il exactement ?

Ce dispositif a été mis en place lors des accords signés par la France avec neuf autres pays, entre 1973 et 1986 : l'Algérie, la Croatie, l'Espagne, l'Italie, le Maroc, le Portugal, la Serbie, la Tunisie et la Turquie. Son but : aider à la scolarisation des enfants des travailleurs migrants, en structurant l'apprentissage de la langue parlée dans le milieu familial pour mieux appréhender leur culture d’origine, l'idée étant aussi de préparer l’enfant à un éventuel retour dans son pays d’origine. Ces cours sont cependant ouverts à tous, y compris à ceux désirant apprendre une autre langue que leur langue maternelle.

Ils débutent à partir du CE1 et se terminent au lycée. Ils se déroulent généralement le mercredi, surtout à l'âge de l'école élémentaire, durent d'une à trois heures par semaine, et se tiennent dans les établissements où plusieurs parents en ont fait la demande, accueillant si besoin des élèves d'autres écoles/collèges/lycées. Les demandes s'effectuent en février pour la rentrée suivante, le temps que l'Education nationale les transmette aux pays concernés. Selon Emmanuel Macron, "80.000 élèves par an" sont aujourd'hui concernés par ces "Elco".

D'où vient la crainte d'un communautarisme ?

Principalement du fait que ces cours soient dispensés par des enseignants venant des pays concernés, qui élaborent aussi les programmes. Ce qui a fait dire au président de la République : "Je ne suis pas à l'aise à l'idée d'avoir dans l'école de la République des femmes et des hommes qui peuvent enseigner sans que l'Education nationale ne puisse exercer le moindre contrôle. (...) On ne peut pas enseigner des choses qui ne sont manifestement pas compatibles ou avec les lois de la République ou avec l'Histoire telle que nous la voyons." 

Cette crainte d'un prosélytisme religieux n'est toutefois pas nouvelle. Dès 2009, un programme commun pour l’enseignement de l’arabe avait été établi entre l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, et une inspection spécifique mise en place par l'Education nationale. Avant, donc, que le gouvernement de Manuel Valls ne lance le chantier de la transformation des "Elco" en 2016, en débutant des discussions avec chacun des pays concernés, pour que la France reprenne entièrement la main sur ces cours, ce que Najat Vallaud-Belkacem a tenu à rappeler, captures d'écran à l'appui.

"Nous avons réussi à trouver un accord avec tous ces pays, sauf la Turquie à ce stade. Je ne désespère pas", a pour sa part précisé le chef de l'Etat mardi, saluant au passage "le travail exemplaire" du roi du Maroc ou du président algérien sur "une capacité à bâtir des solutions en matière éducative et religieuse".

Dans les EILE, les enseignants seront "des enseignants dont nous serons sûrs qu'ils maîtrisent le français, qu'ils feront l'objet d'un contrôle par le ministère de l'Éducation nationale, et pour lesquels les programmes enseignés feront aussi l'objet d'un contrôle", a-t-il assuré, ajoutant pour finir : "Je pense que la Turquie a aujourd'hui le choix de suivre ce chemin avec nous. Mais je ne laisserai aucun pays étranger nourrir, sur le sol de la République, un séparatisme, qu'il soit religieux, politique ou identitaire."

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