Serait-il envisageable de rendre les masques gratuits pour tous les Français ?

Les masques resteront payants, sauf pour les Français les plus pauvres.
Politique

À LA LOUPE – Si une bonne partie de la gauche appelle à la gratuité totale des masques, le gouvernement a d'ores et déjà annoncé que cette mesure ne verrait pas le jour. Réalisable sur le papier, elle se heurte en réalité à plusieurs obstacles majeurs.

Que ce soit Olivier Faure pour le Parti socialiste ou Jean-Luc Mélenchon du côté de la France insoumise, une série de responsables politiques (majoritairement de gauche) appellent à la gratuité des masques pour tous les Français en cette période d'épidémie de Covid-19. Dans ce contexte, et alors que la rentrée des classes se rapproche à grand pas, le gouvernement a été obligé de se prononcer sur la question, expliquant qu'une telle mesure n'était pas envisagée. 

"Il n'y a pas de gratuité générale des masques, pas plus qu'il n'en existe ailleurs. On cible les personnes vulnérables et les personnes les plus précaires", a tranché Jean Castex, mercredi 26 août sur France Inter. Le Premier ministre a donc écarté cette idée, estimant que les pouvoir publics assumait déjà ses responsabilités en apportant son aide aux citoyens les plus démunis. Cela signifie-t-il que la gratuité serait impossible ? Pas forcément. Si aucun pays n'a jusqu'à présent pris de décision similaire, à l'exception de Singapour où deux masques en tissu ont été offerts à chaque habitant, plusieurs raisons poussent les autorités françaises à freiner sur la question. Ces dernières sont à la fois économiques, philosophiques et logistiques. 

1) Un coût difficile à assumer pour l'Etat

"L’Etat – et le contribuable français – n’a pas vocation à payer des masques […] pour tout le monde, tout le temps. Donc je pense que ça doit rester une politique sociale", déclarait Emmanuel Macron sur TF1 le 21 juillet. Le président de la République a écarté cette idée, qui serait synonyme de dépenses publiques en hausse.

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Si l'argument économique est difficile à assumer totalement en période de crise sanitaire, il est évident que fournir plusieurs milliards de masques à la population représenterait un coût non négligeable pour l'Etat. Le recul de près de 10% du PIB lié au Covid, la hausse du chômage et l'investissement massif dans le plan de relance de l'économie (100 milliards d'euros) sont amenés à plomber les finances françaises, et le gouvernement ne veut pas ajouter une dépense supplémentaire pour assurer un approvisionnement en masques. 

Cet investissement, estime l'économiste Frédéric Bizard, "c'est de 10 à 15 milliards d'euros par an probablement". Une somme évoquée sur les ondes de RTL et qui correspond non seulement à l'achat des masques, mais aussi à tous les frais annexes liés à leur distribution.

2) Un défi logistique

Si le gouvernement décidait d'assumer le coût d'une distribution massive de masques à ses frais, il lui faudrait organiser les conditions de leur distribution. Une gageure puisque l'on évoque ici des quantités considérables de masques, de l'ordre de plusieurs milliards.

Qui négocierait le prix des masques ? Où les stocker ? Dans quel cadre les distribuer ? Comment s'assurer de leur répartition équitable entre les citoyens ?  "Cela risque d'être un joli bazar", analysait l'économiste Frédéric Bizard, cette fois cité par Le Parisien. "C'est vrai que les grandes surfaces prennent une marge, mais au moins distribuer, elles savent faire, c'est leur métier", fait-il remarquer. 

En confiant à la grande distribution le soin de gérer les approvisionnements et la vente des masques, les autorités optent donc clairement pour une solution de facilité. Elles s'appuient sur des acteurs qui sont déjà implantés et qui disposent des moyens logistiques et humains pour assurer la fourniture payante de masques aux citoyens qui en ont besoin. Le gouvernement, en fixant une limite de prix de vente maximum, dispose néanmoins d'un levier intéressant. Il peut en effet le faire évoluer à la baisse afin de mettre davantage les acteurs du secteur en concurrence, au bénéfice des consommateurs qui pourraient ainsi espérer une baisse de leurs dépenses. 

3) Un postulat idéologique

Quand bien même le gouvernement ne ferait pas face aux contraintes évoquées précédemment, déciderait-il la gratuité des masques ? Rien n'est moins sûr si l'on en croit les déclarations de Jean Castex. "Il faut que tout le monde se sente concerné par la lutte contre l’épidémie", a-t-il lancé. Une manière d'appeler les Français à se prendre en main et à ne pas en attendre trop de la puissance publique.

"Il faut revenir à la notion de prise de responsabilité individuelle", a renchéri un ministre ayant participé au conseil de défense. "On ne paie pas des préservatifs à tout le monde [sic], alors que le sida tue lui aussi ! Ce n’est pas à l’Etat de prendre en charge cette dépense, d’autant plus que la situation est amenée à durer." Dans l'entourage du chef de l'Etat, on souligne que "la pandémie concerne tout le monde" et que "aucun pays au monde n’assure la gratuité des masques".

La position du gouvernement, qui adresse une fin de non-recevoir aux responsables politique qui militent en faveur de la gratuité, n'est finalement pas une surprise. Lorsque que s'était posée la question de savoir qui devait financer le coût des masques en entreprises, la ministre Agnès Pannier-Runacher, en charge de l'Industrie, avait estimé qu'il était logique que les employeurs prennent en charge ces dépenses, sans que l'Etat (ou les salariés cette fois) aient à s'en mêler. Assurer la protection des salariés, "cela fait partie du modèle économique des entreprises", assurait-t-elle, "c'est légitime qu'elles assument ces coûts".

Si le gouvernement semble en mesure de prendre en charge l'équipement des Français en masque, il apparaît donc assez clairement qu'il considère cette mission comme ne lui revenant pas. Un choix politique et idéologique qui peut par ailleurs se justifier par les multiples freins qui compliqueraient un tel approvisionnement. En adoptant cette posture, les autorités se rangent par ailleurs derrière leurs homologues européens et mondiaux, la fourniture gratuite de masques n'ayant jusqu'à présent pas été prise en charge par un Etat à 100% depuis le début de la crise sanitaire. 

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