Sieyès, Mirabeau et Mélenchon : le patron des Insoumis répond à la pique de Macron

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COURS D'HISTOIRE - En succédant à Edouard Philippe à la tribune de l'Assemblée, Jean-Luc Mélenchon a fait référence aux piques d'Emmanuel Macron sur l'absence des députés insoumis au Congrès.

C'est la querelle de culture générale du moment, qui oppose, par assemblées interposées, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Le patron de la France insoumise et le président de la République mesurent en effet leur culture générale respective depuis que le premier a piqué le second sur l'absence des députés FI au discours du Congrès.

Il est toujours préoccupant que des représentants du peuple se soustraient aux règles de la Constitution qui les a fait élire. Sieyès et Mirabeau ne désertèrent pas, je crois, si promptement le mandat que leur avait confié le peuple. Le président de la République doit fixer le sens du quinquennat et c’est ce que je suis venu faire devant vous. Emmanuel Macron

Pendant le discours, le député FI de la Seine-Saint-Denis Alexis Corbière, professeur d'histoire-géographie, avait corrigé Emmanuel Macron : "Maladroite référence historique qui trahit l'inconscient du Préisdent... Sieyès et Mirabeau siégeaient devant le Roi !". Sitôt le discours terminé, Jean-Luc Mélenchon ne pouvait évidemment pas laisser passer la référence à deux députés du Tiers-Etat et prolongea la correction de son collègue d'un bon mot : "Si Monsieur Macron parle de Sieyès et Mirabeau, c’est sans doute qu’il s’identifie à Louis XVI. Nous lui souhaitons une meilleure fin."


Mais la joute n'était pas finie. Juste après le discours du Premier ministre mardi 4 juillet, Jean-Luc Mélenchon a pris la parole à l'Assemblée pour apporter son commentaire sur les desseins gouvernementaux et présidentiels, et en remettre une couche sur les lettres d'Emmanuel Macron :

Puisqu'il a cité contre nous les mânes de Sieyès et de Mirabeau, que de nouveau vous avez cité, je vais rappeler que les deux n'ont été réunis que devant le Roi. Ce n'est pas notre cas, et ce ne le sera pas avant longtemps, croyez-moi. Et il y aura bien du monde pour s'y opposer. Mais au premier , nous souvenant que Capet (ndlr, le nom de la dynastie royale à laquelle appartenait Louis XVI), le 14 juillet, avait écrit sur son journal privé : "Rien". Méfiez-vous de rien. Méfiez-vous surtout des petits riens. Jean-Luc Mélenchon

Le député des Bouches-du-Rhône déroule son argumentaire, citant alors les idéaux, d'abord, d'un des inspirateurs de la Révolution française : 

A Sieyès, nous prendrons la volonté de faire que le Tiers Etat soit toute l'Assemblée nationale. Nous en sommes d'une façon ou d'une autre l'avant-poste.

"Qu'est-ce que le Tiers-Etat, s'interrogeait Sieyès en 1789, avant le Révolution Française. Tout. Qu'a-t-il été jusqu'à présent ? Rien. Que demande-t-il ? A devenir quelque chose." Jean-Luc Mélenchon termine en faisant alors référence à "ceux qui ne sont rien", ce bout de phrase prononcé par Emmanuel Macron à l'inauguration d'une gare TGV à Rennes et qui fit ressortir les critiques en mépris de classe qui collent à la peau du Président depuis son émergence sur la scène médiatique : 

De Mirabeau, l'idée qu'étant ici par la volonté du peuple, les gens qui ne sont rien et se croisent dans les gares, ont une réplique pour vous que je voudrais bien, monsieur le Premier ministre, que vous acceptiez de faire connaître à monsieur le président de la République. Les riens lui disent : "Nous ne sommes peut-être rien à vos yeux, mais demain, nous serons tout."

Une phrase de Mirabeau est en effet rentrée dans le panthéon politique : "Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple et qu’on ne nous en arrachera que par la puissance des baïonnettes." Au moins la métaphore filée par les deux hommes politiques clarifie-t-elle où l'un d'entre eux, adepte des références à la Révolution française, souhaite-t-il se situer.

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