Soupçons de financement libyen : ce que Nicolas Sarkozy, mis en examen, a dit aux juges

JUSTICE - Mis en examen mercredi dans l'enquête sur les soupçons de financement illégaux en provenance de Libye, Nicolas Sarkozy a contesté la valeur du témoignage de l'homme d'affaire Ziad Takkiedine et dénoncé une "manipulation". Voici les principaux éléments de la déclaration qu'il a adressée aux juges.

Nicolas Sarkozy n'a pas changé de ligne de défense. Selon une déclaration aux juges, transmise à plusieurs médias vendredi matin, l'ancien président de la République a continuer de dénoncer une "manipulation", assurant vivre depuis 2011 dans "l'enfer de cette calomnie", s'agissant de l'enquête sur les présumés financement illégaux libyens de la campagne présidentielle de 2007. "J'ai beaucoup payé pour cette affaire", affirme-t-il. "Je m'en explique : j'ai perdu l'élection présidentielle de 2012 à 1.5%. La polémique lancée par Kadhafi et ses sbires m'a coûté ce point et demi". 


L'ancien chef de l'Etat, qui a réclamé en vain le statut de "témoin assisté" plutôt que la mise en examen, a mis en cause le témoignage-clé de Ziad Takkiedine, affirmant n'avoir jamais rencontré l'homme d'affaires entre 2005 et 2011, et assurant que ce dernier s'était notamment trompé dans sa description des bureaux du ministère de l'Intérieur où il était censé avoir rencontré Claude Guéant et lui-même. Il a aussi indiqué que le document produit à l'époque par Mediapart, qui pouvait démontrer l'existence des transferts d'argent liquide, était "un faux". 

Un complot du clan Kadhafi

Dans la version de Nicolas Sarkozy, c'est une "manipulation" déclenchée par les proches de l'ancien dirigeant libyen en 2011 qui serait à l'origine de l'enquête. Un complot qui aurait été monté après qu'il eût reçu à l'Elysée l'opposition libyenne, le 10 mars 2011. 


"Je suis accusé sans aucune preuve matérielle par les déclarations de M. Kadhafi, de son fils, de son neveu, de son cousin, de son porte-parole, de son ancien Premier ministre et par les déclarations de M. Takkiedine dont il est avéré à de multiples reprises qu'il a touché de l'argent de l'Etat libyen", a-t-il déclaré aux juges. 


"Pendant les 24 heures de ma garde à vue, j'ai essayé avec toute la force de conviction qui est la mienne de montrer que les indices graves et concordants qui sont la condition de la mise en examen n'existaient pas compte tenu de la fragilité du document ayant fait l'objet d'une enquête judiciaire [...]", a également affirmé l'ancien chef de l'Etat. "Les faits dont on me suspecte sont graves, j'en ai conscience", conclut-il. "Mais si comme je ne cesse de le proclamer avec la plus totale constance et la plus grande énergie, si c'est une manipulation du dictateur Kadhafi ou de sa bande, ou de ses affidés, dont Takkiedine fait à l'évidence partie, alors je demande aux magistrats que vous êtes de mesurer la profondeur, la gravité, la violence de l'injustice qui me serait faite. 


A l'issue de son audition, Nicolas Sarkozy a été mis en examen pour "corruption passive", "financement illégal de campagne électorale" et "recel de fonds publics libyens" et placé sous contrôle judiciaire.

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