"Sous influence des lobbies de l’élevage intensif" : la charge de L214 contre la loi Alimentation

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MÉCONTENTEMENT - Alors que des amendements relatifs à la cause animale était discutée à l’Assemblée nationale, dans le cadre de la loi Alimentation, les associations fulminent. L214 dénonce ainsi le rejet de "toutes les mesures en faveur des animaux".

Ils fulminent, avec l’impression que la loi a été vidée de son contenu, que tous les amendements qu’ils soutenaient ont été retoqués. Les associations de défense de la cause animale, comme L214, dénoncent la tournure prise par la loi Alimentation, en particulier par les mesures concernant le bien-être animal, contenues dans l’article 13, qui était examinées lundi jusque tard dans la nuit. "L’Assemblée a rejeté toutes les mesures en faveur des animaux", fustige ainsi L214. 


L'Assemblée a donné son feu vert à un doublement des sanctions en cas de mauvais traitements sur les animaux - portées à un an d'emprisonnement et à 15.000 euros d'amende - et à la création d’un nouveau délit visant à réprimer les mauvais traitements commis dans les transports et les abattoirs.

"Une opération de communication bien orchestrée"

Mais des amendements d'Insoumis, de LR ou de non-inscrits visant à interdire la castration à vif des porcelets, le broyage des poussins mâles, les cages pour l'élevage des lapins et encore les "fermes-usines" ont été rejetés. Au grand dam de plusieurs députés, y compris LREM, aucune date d'interdiction pour la vente des oeufs de poules en cage n'a été fixée, alors que le candidat Macron s'y était engagé pour 2022. 


L'interdiction de l’installation de tout nouvel établissement d’élevage de poules pondeuses en cage a en revanche recueilli l'unanimité. Mais Brigitte Gothière, cofondatrice de L214, pointe une "opération de communication bien orchestrée" : "Dans le discours des députés, le bien-être animal, le souci des éleveurs et des ouvriers d’abattoir ont été répétés en boucle. Dans les faits, l’obéissance aux filières de production intensive a été flagrante."  


Pour l’association, les maigres avancées ne sont en fait qu’illusion. Ainsi, la mesure concernant les poules pondeuses est un "amendement inutile qui ne fait qu’acter l’existant" car d’après les chiffres de l’association, "il n’y a plus d’installations ou d’extensions depuis plusieurs années faute de débouchés". En revanche, l’interdiction partielle des œufs de poules en cage, qui était une promesse du candidat Macron, n’a pas été retenue. "Quant aux amendements prévoyant une interdiction totale de l'élevage en cage à date butoir, ils ont été refoulés à une majorité écrasante."

La vidéosurveillance pas obligatoire

Des flots de tweets critiques de militants de la cause animale ont également accueilli dans la nuit le vote d'une simple expérimentation de la vidéosurveillance dans les abattoirs, alors que le candidat Macron avait laissé entendre qu'elle serait obligatoire, dans la lignée d'une proposition de loi d'Olivier Falorni votée par l'Assemblée en janvier 2017. "Régression et reniement", a accusé sur Twitter le député.

Des gens "loin de l'agriculture et de ses réalités" pour la FNSEA

L'Assemblée nationale "préserve l’opacité des abattoirs", a critiqué L214 pour qui, les parlementaires avaient la responsabilité d’ouvrir la voie à un changement de modèle agricole et alimentaire. "Au lieu de cela, ils ont choisi de s’en remettre aux filières de l’élevage intensif afin de favoriser des intérêts économiques de court terme, au mépris de l’éthique, des impacts sur l’environnement, sur la santé et à contre-courant des attentes des consommateurs." Pour le CIWF, association dédiée au bien-être des animaux d'élevage, globalement "les députés sont restés frileux" et l'heure est aux "demi-mesures". 


De l'autre côté, devant les campagnes de militants aguerris aux réseaux sociaux, et souvent, comme pour L214, vegans et partisans d'une abolition pure et simple de l'élevage, la présidente de la FNSEA, le premier syndicat agricole, s'est déclarée "inquiète" du ton pris par le débat. Il émane souvent de gens "loin de l'agriculture et de ses réalités" qui "ne tiennent pas du tout compte des difficultés actuelles des éleveurs", a-t-elle dit à l'AFP.


"Heureusement, l'amendement sur l'interdiction des lapins en cage a été repoussé", a-t-elle souligné. "La France ne produit déjà que 30% des lapins qu'elle consomme. Avec un tel amendement, c'était la voie ouverte aux lapins chinois, qui eux, arrivent sans aucun détail sur leur mode d'élevage."

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