"Structure pour jeunes radicalisés" : de quoi parle Manuel Valls ?

"Structure pour jeunes radicalisés" : de quoi parle Manuel Valls ?

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DÉSEMBRIGADEMENT - Manuel Valls a confirmé jeudi devant l'Assemblée la création d'une "structure pour jeunes radicalisés", dont le site sera choisi "d'ici la fin de l'année". Metronews vous en dit plus sur les contours de ce futur dispositif destiné à "désendoctriner" les jeunes tentés par djihad.

Qui cette structure accueillera-t-elle ?
Manuel Valls avait déjà annoncé ce projet en avril dernier . A l'époque, il expliquait que cette structure aurait pour mission de prendre en charge les jeunes "de retour de zones de conflit", à la condition que ces Français ne fassent pas l'objet de poursuites judiciaires pour avoir participé à des combats sur place. Changement de pied aujourd'hui : face aux députés jeudi matin, le Premier ministre a exclu que tout djihadiste revenant de Syrie ou d'Irak puisse en devenir pensionnaire. "Leur place est en prison. Un centre de déradicalistion ne peut pas être une alternative à l’enfermement carcéral", a-t-il martelé. Pour le chef du gouvernement, les premiers admis pourront être "des repentis".

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"Cela peut être ceux qui sont partis en Syrie ou en Irak mais qui estiment ensuite avoir été trompés par Daech, ou encore ceux qui sont toujours restés en France mais qui sont identifiés comme islamistes radicaux", précise auprès de metronews le député PS des Hauts-de-Seine Sébastien Pietrasanta, qui avait rendu au gouvernement en juillet un rapport contenant de nombreuses préconisations sur le sujet. Cet élu, également ancien rapporteur du projet de loi antiterroriste, souligne que la question pourrait se poser différemment pour les femmes : "L'incarcération de celles qui reviennent de Syrie est moins évidente que pour les hommes : certaines ont vraiment pu être flouées, par exemple parce qu'on leur a promis un mari". L'Etat restera de toute façon méfiant face à ces "repentis" : Manuel Valls a assuré qu'ils seraient mis "à l'épreuve afin de mesurer leur volonté de réinsertion dans la durée".

Comment la rejoindront-ils ?
En avril toujours, Manuel Valls avait annoncé que la prise en charge des jeunes radicalisés se ferait "sur la base du volontariat". Là aussi, il a changé son fusil d'épaule : "Les individus qui y sont admis doivent l'être à la suite d'une décision judiciaire", a-t-il dit jeudi, en reconnaissant que le cadre dans lequel cette décision serait prise était encore "en voie de finalisation". Cet abandon du volontariat, Sébastien Pietrasenta l'avait recommandé dans son rapport cet été. Désormais, "la difficulté va être de trouver un montage juridique, remarque-t-il : si on n'a pas d'éléments matériels qui montrent que les personnes visées ont rejoint Daech, la poursuite pénale sera difficile." Le député estime néanmoins que "les interdictions de sortie du territoire pourraient être assorties d'un passage en centre de déradicalisation". Ou encore que "cela pourrait être une peine alternative pour les condamnés pour apologie du terrorisme", qui écopent aujourd'hui de peines de prison.

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Quel "traitement" recevront-ils ?
"Tous ceux qui partent en Syrie ont en commun d'avoir connu une situation d'échec, d'être en rupture sociale, familiale, éducative", explique Sébastien Pietrasenta, qui précise qu'un passage dans cette structure de déradicalisation pourrait durer "entre six et neuf mois". L'objectif sera donc d'accompagner psychologiquement les radicalisés "repentis" pour qu'ils se réinsèrent, en démystifiant Daech et en les revalorisant. Le centre ne sera pas fermé mais devrait être semi-ouvert pour permettre aux pensionnaires de rester en contact avec leurs proches. "Toutes les expériences que j'ai observées en France et en Europe s'appuient sur trois piliers, poursuit le député : un suivi individualisé, un accompagnement pluridisciplinaire avec des psychologues, des assistantes sociales, des éducateurs spécialisés, et un maintien du lien avec les familles".

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