Suppression de postes dans l’Éducation nationale : "On peut craindre que ce soit le début d’années de vaches maigres"

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INTERVIEW - La suppression annoncée de 1800 postes dans l’Education nationale à la rentrée prochaine a provoqué la colère des syndicats d'enseignants. Le secrétaire national du Sgen-CFDT en charge de la politique éducative, Alexis Torchet, décortique les conséquences, néfastes à ses yeux, de cette annonce.

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, vient d’annoncer la suppression de 1800 postes à la rentrée prochaine. Si l’école primaire est préservée, les collèges, les lycées et les services administratifs vont, eux, voir leur effectif diminuer dans les prochains mois. Une annonce qui, logiquement, suscite l’inquiétude des syndicats. LCI a interrogé Alexis Torchet, secrétaire national du Sgen-CFDT en charge de la politique éducative. 

LCI. fr : Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, vient d’annoncer la suppression de 1800 postes à la rentrée prochaine. On imagine que vous n’avez pas accueilli cette nouvelle avec le sourire…


Alexis Torchet : Tout à fait. Nous sommes très mécontents car si on veut une politique d’éducation digne de ce nom, cela implique de faire un effort budgétaire. Si on fait le décompte : nous avons un différentiel de 1800 postes avec 400 postes supprimés dans le personnel administratif et 2400 postes en moins dans le secondaire et seulement 1000 créations de postes dans le premier degré. Ces 400 postes supprimés dans les personnels administratifs, cela pose vraiment des questions sur l’organisation et le fonctionnement administratif de l’Éducation nationale, car on a déjà eu de très nombreuses suppressions de postes dans ces personnels depuis des années, en particulier entre 2007 et 2012. Dans le premier degré, nous avons 1000 créations de postes qui correspondent essentiellement à la volonté du gouvernement d’en faire une priorité en dédoublant les classes de CP et de CE1. Mais pour le reste, il n’y aura pas d’investissement. 

On peut s’attendre à au moins 20.000 postes supprimés A Torchet

Quel sera l’impact de ces suppressions de postes à la rentrée prochaine selon vous ?


A. Torchet : Il y aura trois conséquences. Tout d’abord, le recours aux heures supplémentaires qui pose la question de l’efficacité du service public, parce qu’après une 19e, une 20e voire une 21e heure de cours, il y a de la fatigue, forcément. Ensuite, l’embauche de contractuels qui pose la question des modalités de recrutement et de reconnaissance des personnels. Les enseignants non-titulaires peuvent être tout à fait compétents mais on a des modalités de recrutement et de formations qui ne sont pas équivalents à ceux d’un titulaire. Je rappelle au passage, selon une étude de l’OCDE, que c’est dans les établissements les plus défavorisés qu’on retrouve le plus de personnel non-titulaires peu ou mal formés. Et enfin, l’augmentation du nombre d’élèves par classe. Le ministre parle d’un maintien du taux d’encadrement. Or, il y a une augmentation démographique au lycée et il va y avoir une baisse du nombre de postes. Donc une simple règle de 3 montre qu’il peut ne pas avoir un maintien du taux d’encadrement.

Est-ce que l’augmentation du budget de l’Éducation nationale et l’exonération de cotisations salariales des heures supplémentaires permettent d’atténuer votre déception ? 


A. Torchet : Sur la désocialisation des heures supplémentaires, la CFDT a déjà dénoncé cette mesure comme allant à l’encontre de la logique de protection sociale. En plus, concrètement, pour des personnels, le gain est minime. Quant à l’augmentation du budget de l’Education nationale, il découle d’un mécanisme lié à deux choses : un système de promotions et un accord salarial, le PPCR, qui date de l’ancien gouvernement. Cet accord visait à essayer d’atténuer le gel des salaires des fonctionnaires. Il n’y a donc pas d’effort particulier.

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La FSU réagit à l'annonce de la suppression de postes au sein de l'Education nationale

Craignez-vous que cette annonce de suppression de postes soit la première d’une longue série ?


A. Torchet : L’an dernier lors de la campagne présidentielle, il y a une course à l’échalote sur le nombre de suppressions de postes chez les fonctionnaires. Des chiffres qui d'ailleurs ne reposaient sur rien. Le candidat Macron souhaitait en supprimer 120.000 dont 50.000 dans la fonction publique d’État. L’Éducation nationale représentant la moitié des fonctionnaires d’État, le calcul est vite fait… Au bas mot, on peut s’attendre à au moins 20.000 postes supprimés d’ici la fin du quinquennat si Emmanuel Macron veut tenir son engagement. On peut donc craindre que ce soit le début d’années de vaches maigres en termes de créations de postes.

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