Taubira et les écoutes : "Jean-François Copé a été chanceux"

Taubira et les écoutes : "Jean-François Copé a été chanceux"

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INTERVIEW – Les révélations du Monde sur les écoutes de Nicolas Sarkozy et les accusations d'un éventuel trafic d'influence visant l'ex-chef d'Etat, étaient du pain bénit pour le gouvernement. Après les gaffes de Christiane Taubira, c'est pourtant la majorité qui s'est retrouvée sur le banc des accusés. Interrogée par metronews, Virginie Martin, politologue et présidente du Think Tank Different, décrypte cet exceptionnel retournement de situation politique.

> Contexte Jean-François Copé accusé d'avoir favorisé la société de communication Bygmalion , gérée par l'un de ses proches. Patrick Buisson, l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy qui enregistrait l'ex-chef d'Etat et dont les bandes ont été révélées. L'ancien Président suspecté d'avoir fait financer sa campagne de 2007 avec l'argent de la dictature Libyenne puis de trafic d'influence . La droite avait de sérieuses raisons d'être embarrassée par ces récentes révélations judiciaires. Et pourtant, c'est la gauche qui est accusée depuis quelques jours "d'espionnage politique" et de "mensonge d'Etat". Interrogée par metronews, Virginie Martin, politologue et présidente du Think Tank Different, décrypte cette "contradiction politique".

Malgré les nombreuses affaires concernant l'UMP, c'est la gauche qui s'est retrouvée sur le devant de la scène, comment expliquez-vous cela ?

C'est une situation très étonnante. L'affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy succède en effet à celle de Jean-François Copé avec la société Bygmalion, à celle des écoutes de Patrick Buisson et du financement Libyen. C'était du pain bénit pour le gouvernement juste avant les élections municipales. Et pourtant, ils ont réussi à se prendre les pieds dans le tapis et à rater la maîtrise de la communication. Ils ont une nouvelle fois fait preuve d'amateurisme.

Justement, comment le gouvernement a-t-il échoué en termes de communication ?

C'est à partir de la gaffe de Chritiane Taubira. Lorsque la ministre assure ne pas avoir été tenue informée des écoutes de Nicolas Sarkozy et qu'elle admet ensuite être au courant depuis le 28 février, elle se tire une balle dans le pied.

Pourquoi la communication échappe-t-elle à ce gouvernement ?

C'est la question que je me pose. L'exécutif croit que la maîtrise de l'agenda médiatique fait l'opinion. Or, les "couacs" sont devenus extrêmement fréquents depuis 2012. Christiane Taubira aurait pu envisager une simple réponse politique. La garde des Sceaux pouvait admettre qu'elle était au courant.

Si le gouvernement admet être au courant de ces écoutes, il est accusé d'instrumentaliser la justice pour nuire à Nicolas Sarkozy. Dans le cas inverse, on peut lui reprocher une forme d'incompétence. N'était-il pas dans une impasse politique ?

C'est vrai que le sujet est sensible. Mais le gouvernement pouvait par exemple, dire que les dossiers juridiques sensibles sont suivis, sans qu'il y ait instrumentalisation de la justice. Certes, Christiane Taubira veut absolument démontrer que, plus qu'avant, la justice est indépendante, mais est-ce gênant d'être informé de certaines procédures en cours ?

Depuis qu'il est au pouvoir, la communication du gouvernement est sans cesse critiquée. Est-elle véritablement pire que celle de la droite à l'époque de Nicolas Sarkozy ?

La communication du quinquennat précédent paraissait être plus verticalisée, pyramidale, avec moins de couacs. Ce sont deux tempéraments politiques différents. Avec Nicolas Sarkozy, il y avait une forme "d'hyperpersonnalisation" et un Président très exposé. Avec François Hollande, nous assistons à une "hypopersonalisation", avec un cruel manque de leadership.

Jean-François Copé, qui a su faire oublier l'affaire Bygmalion jusqu'à ce jeudi et l'ouverture d'une enquête, est-il un vrai stratège ?

Avant cette affaire Bygmalion, il a déjà été très fort lorsqu'il a su faire oublier que sa légitimité à la tête de l'UMP était fortement contestée. Cela aurait pu dégénérer alors que le dérapage a été très bien contrôlé. Mais ce n'est pas forcément un très bon stratège. Il a surtout bénéficié d'un phénomène conjoncturel : l'affaire Bygmalion, en plus d'être un peu complexe, paraissait ridicule après la révélation des écoutes Buisson. Jean-François Copé a été chanceux et peut remercier Patrick Buisson deux fois. D'abord pour sa ligne politique qu'il a récupérée. Ensuite, pour avoir enregistré Nicolas Sarkozy et aidé à faire oublier l'affaire Bygmalion.

Qu'est-ce qu'il restera de toutes ces affaires ?

Sûrement de l'abstention et une montée du FN aux prochaines élections.

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