Terrorisme et immigration : Valérie Pécresse, LR et le RN ouvrent une nouvelle brèche contre l'exécutif

Terrorisme et immigration : Valérie Pécresse, LR et le RN ouvrent une nouvelle brèche contre l'exécutif

POSITIONNEMENT - Les propos tenus dimanche par Valérie Pécresse sur un lien entre les actes terroristes et l'immigration ont suscité des condamnations au sein du gouvernement. Des déclarations polémiques qui confirment le choix, à droite, d'attaquer la majorité sur les sujets régaliens.

La droite poursuit son offensive contre le gouvernement sur les sujets régaliens. Après la proposition de Xavier Bertrand, potentiel candidat à la présidentielle, d'instaurer une peine de 50 ans de prison pour les auteurs d'attentats, la dernière salve est venue dimanche de Valérie Pécresse. La présidente du conseil régional d'Île-de-France est elle-même particulièrement active ces derniers temps sur les thèmes sécuritaires, sur lesquels l'exécutif est régulièrement accusé d'être à la traîne. 

Après l'assassinat terroriste d'une fonctionnaire, vendredi 23 avril à Rambouillet (Yvelines), par un individu radicalisé d'origine tunisienne, l'ancienne ministre a jugé, lors du Grand rendez-vous sur Europe, Les Échos et CNews, "que si l'on veut lutter contre le terrorisme de manière efficace, il faut cesser de nier le lien entre terrorisme et immigration récente""L'Europe et la France doivent reprendre le contrôle de leurs frontières par la maîtrise des flux d'immigration et l'accélération des expulsions des clandestins", a-t-elle poursuivi. 

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Attaque terroriste au commissariat de Rambouillet

La présidente de l'exécutif francilien a notamment plaidé pour une remise à plat des examens de demandes d'asile, qui doivent selon elle se faire aux frontières et non en France, et pour une réforme de la "directive retour", qui consisterait à "prononcer immédiatement des ordonnances d'expulsion" sur la base d'un délit de présence illégale sur le territoire. 

Valérie Pécresse n'est pas la première sur cette thématique depuis l'attentat de Rambouillet. La présidente du RN Marine Le Pen avait été la première à fustiger, quelques heures seulement après l'attaque, la présence en France d'un homme "qui est resté clandestin durant dix ans sur notre territoire" et qui a été "régularisé". Elle n'est pas non plus la première, à droite, à établir ce lien, puisque le patron de LR Christian Jacob les avait déjà évoqués en octobre dernier, après l'assassinat de Samuel Paty. 

Droite et extrême droite au diapason

Les propos de Valérie Pécresse ont d'ailleurs été relayés par de nombreux élus du Rassemblement national, un parti qui établit de longue date ce lien présumé entre le terrorisme et l'immigration et compte bien conserver son leadership sur cette thématique, à un an de la présidentielle. "Si ce clandestin tunisien avait été expulsé du territoire national, si nos lois avaient été appliquées, cette fonctionnaire de police, mère de deux enfants, aurait été en vie aujourd’hui. Voilà la triste réalité", affirmait ainsi, lundi matin, le député européen et chef de file du RN en Île-de-France Jordan Bardella. 

"L'attaque de Rambouillet nous dit qu'il y a un lien très concret entre terrorisme et immigration", a également pointé, lundi sur LCI, l'eurodéputé Nicolas Bay, évoquant le suspect, "un individu tunisien, entré illégalement sur le territoire français et pas inquiété pendant dix ans". La tête de liste RN pour les régionales en Normandie a critiqué au passage Valérie Pécresse et, à travers elle, une droite qui tient ces propos "quand elle n'est pas aux affaires, mais qui, ensuite, gouverne comme la gauche. Il y a eu un million d'entrées illégales supplémentaires sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy".

Ce gouvernement refuse de tout mettre en œuvre pour expulser les clandestins- Rachida Dati

Plusieurs responsables LR se sont également engouffrés dans la nouvelle brèche. "Ce gouvernement refuse de tout mettre en œuvre pour expulser les clandestins qui arrivent sur notre territoire", a expliqué Rachida Dati au JDD. Pour la maire du 7e arrondissement de Paris, "parmi ces personnes qu'on n'expulse pas, certaines s'attaquent aux valeurs de la France et une minorité dérive vers le terrorisme"

"Je refuse le discours angélique sur le lien entre immigration, délinquance et terrorisme", a assumé pour sa part, lundi sur RMC, Eric Ciotti. Le député des Alpes-Maritimes, qui incarne l'aile droite de LR, a affirmé "qu'un quart des détenus sont étrangers contre 10% d'étrangers dans la population globale". "Il faut dire la vérité", a-t-il également déclaré. "Il y a un lien direct entre immigration incontrôlée, délinquance et terrorisme."

Le gouvernement contraint de répliquer

Alors qu'Emmanuel Macron a fait des sujets régaliens un chapitre central de la fin du quinquennat, dans la perspective des prochaines élections, plusieurs ministres et membres de la majorité ont dû riposter lundi à l'offensive menée par la droite et le RN. "Je n'accepterai jamais qu'on tire un trait, c'est-à-dire qu'on dise que l'immigration est égale au terrorisme, comme certains responsables politiques cherchent à le faire", a répondu, sur LCI, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. 

Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, lui-même issu de la droite, a offert pour sa part une réponse plus nuancée à son ancienne collègue de gouvernement. "Il y a un fait : les attentats perpétrés sur le sol français depuis plusieurs mois l'ont été par des personnes immigrées", a-t-il reconnu sur Europe 1, plaidant comme Valérie Pécresse pour "la nécessité absolue de mieux contrôler nos frontières" et de "poser la question de notre droit migratoire au niveau national et européen". Et de répéter : "Il n'est pas bon de nier les faits sur ce genre de sujet." 

Il serait injuste et dangereux d'établir une équivalence entre immigration et terrorisme- Bruno Le Maire

Pour autant, a ajouté le ministre, "il serait injuste et dangereux d'établir une équivalence entre immigration et terrorisme. Cela serait injuste vis-à-vis de l'immense majorité des personnes immigrées en France qui sont venues y chercher la paix, le travail, la tranquillité, et qui respectent nos valeurs et les règles de droite". "Le mal terrorisme est plus profond et ne se résume pas au problème migratoire", a-t-il conclu. 

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Face aux attaques à répétition sur les thèmes sécuritaires qui le mettent décidément sur la défensive, le gouvernement veut montrer qu'il agit. Après les textes sur le séparatisme et la sécurité globale, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin présentera mercredi en Conseil des ministres un nouveau projet de loi de lutte contre le terrorisme. 

Sur le plan de l'immigration, Emmanuel Macron, qui avait porté une réforme au début de son quinquennat, compte en revanche se tourner vers l'Union européenne, dont la France doit prendre la présidence tournante en 2022, pour y défendre une réforme des accords de Schengen renforçant la maîtrise des frontières nationales. Un chantier qui pourrait toutefois largement déborder le calendrier de la prochaine élection présidentielle. 

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