Tiers payant, lunettes, prothèses, allocations familiales… ce que veut Buzyn pour la sécurité sociale

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SANTÉ - La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, était l'invitée du Grand Jury LCI/RTL/Le Figaro ce dimanche. Elle maintient l’objectif de rembourser à 100% les lunettes ainsi que les prothèses dentaires et auditives d’ici à la fin du quinquennat. En revanche, si la généralisation du tiers payant reste d’actualité, cette mesure n’est "techniquement" pas applicable pour le moment.

La loi Santé votée sous le quinquennat Hollande prévoyait la généralisation obligatoire de la dispense d'avance de frais au 30 novembre 2017. Mais lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron est revenu sur le caractère obligatoire de la mesure. Il souhaite que le tiers-payant ne soit pas "généralisé" mais seulement "généralisable", laissant ainsi le choix aux médecins de l'appliquer ou non. 


Actuellement, il est généralisé uniquement pour les patients remboursés à 100% par l'Assurance maladie. Et cela ne devrait pas changer, à court terme en tout cas. Agnès Buzyn indique ce dimanche dans le JDD que "nous ne sommes pas prêts techniquement à l'étendre". Ce qu'elle a répété ce midi lors du Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro, en reprochant à Marisol Touraine, qui l'a précédée au ministère de la Santé, d'avoir "fait voter des lois qui ne sont pas faisables".


Elle maintient néanmoins l'engagement du Président de la République de rendre le tiers payant généralisable, sans toutefois avancer de date précise. Les syndicats de médecins libéraux sont depuis le départ opposés à cette mesure emblématique de la réforme de 2016 portée par Marisol Touraine, synonyme selon eux de nouvelles contraintes administratives ou de problèmes de paiement.

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Tiers payant généralisé : Buzyn accuse Touraine d'avoir fait voter une loi sans se soucier de sa faisabilité

Quid du remboursement intégral des prothèses dentaires, auditives et des lunettes

Lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a promis d’ici la fin de son quinquennat le remboursement à 100% des prothèses dentaires, auditives ainsi que des lunettes. Cet engagement est toujours d’actualité, souligne Agnès Buzyn. "Je souhaite y arriver bien avant la fin du quinquennat. C'est un enjeu majeur d'égalité et de lutte contre la perte d'autonomie et la dépendance", dit-elle dans le JDD. Les négociations avec les mutuelles ont d’ailleurs commencé, assure la ministre. En revanche, elle refuse de se fixer de calendrier. "Si on se fixe des dates, on est sûr de ne pas y arriver. Alors que si on laisse à l'intelligence collective le soin d'avancer en concertation, on a un peu plus de chance d'aboutir", a-t-elle déclaré lors du Grand Jury.

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Remboursement à 100% des prothèses auditives, dentaires et lunettes : Buzyn prudente sur le calendrier

Lutte contre les déserts médicaux

C’est l’un des dossiers les plus compliqués à gérer pour Agnès Buzyn. Comment favoriser l’égalité des soins sur tout le territoire quand la très grande majorité des médecins se concentrent dans les agglomérations ? Une chose est sûre, la ministre n’envisage pas de contraindre les médecins à s’installer dans une zone prédéfinie, par exemple la région de leur études. "La coercition n'est pas efficace. Je suis pragmatique. Je préfère qu'un spécialiste de secteur 2 puisse choisir où il s'installe mais qu'en échange il aille travailler une ou deux journées par semaine dans une zone sous-dotée", déclare-t-elle. 


L’incitation financière reste l’un des principaux leviers. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle a choisi d’élargir à 18% du pays (contre 7% aujourd'hui) le périmètre des territoires où les médecins sont incités financièrement à s'installer. Autres mesures avancés, la rémunération au forfait des équipes de soins (infirmière, kiné, diététicien…), qui suivent des patients atteints de pathologies complexes ou encore les "exercices mixtes" pour les médecins hospitaliers qui pourraient ainsi passer un ou deux jours par semaine dans des établissements de santé situés en zone sous-dotée.

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Lutte contre les déserts médicaux : Buzyn plaide pour l'incitation financière et "les exercices mixtes"

Fin de l’universalité des allocations familiales ?

Depuis quelques semaines, la majorité laisse entendre qu’elle pourrait supprimer les allocations familiales pour les familles les plus aisées. Agnès Buzyn n’y est en tout cas pas hostile. "Le débat est ouvert […]. Sans revenir sur les principes fondateurs de la Sécurité sociale, nous devons traiter deux enjeux : la natalité, en baisse pour la première fois depuis la guerre, et la pauvreté, qui concerne désormais des familles nombreuses et monoparentales", souligne la ministre qui se demande si "cela a du sens de recevoir 32 euros quand on gagne plus de 8000 euros par mois".

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Suppression des allocations familiales pour les plus aisés : "C'est une question que l'on a le droit de se poser" selon Buzyn

Les économies à l’hôpital

Pour réduire de 3 milliards d'euros le déficit global de la Sécurité sociale en 2018, Agnès Buzyn va lancer la chasse aux économies à l’hôpital en traquant notamment les actes "inutiles" et en favorisant encore davantage l'ambulatoire. "En chirurgie, par exemple, l'objectif est qu'en 2022, sept patients sur dix qui entrent à l'hôpital le matin en sortent le soir, contre cinq aujourd'hui", dit-elle. "Nous allons fermer les lits qui ne servent à rien ou les réorienter vers de nouveaux besoins" et "lutter contre les opérations inutiles ou les actes réalisés deux fois", ajoute la ministre, qui estime que les hôpitaux pourraient en outre "économiser un milliard d'euros en mutualisant certaines dépenses, comme les achats de médicaments".

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Buzyn souhaite que les hôpitaux "arrêtent de courir après l'activité"

Agnès Buzyn explique égalment vouloir réformer le mode de financement des hôpitaux (la tarification à l’activité également appelée T2A) en créant des "modes de tarification centrés sur la pertinence des soins". Sans supprimer la T2A, elle plaide pour un "système mixte" en intégrer une dose de "paiement au forfait". Les hôpitaux pourraient aussi se voir octroyer "un bonus dès lors qu'ils répondront aux objectifs de qualité, de pertinence et d'efficience" des soins, suggère la ministre.

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