"Toi, on va t’envoyer Baupin" : le climat sexiste ne s’améliore pas à l'Assemblée

REPRÉSENTANTS - Certains de nos députés ont un réel problème avec les femmes. Il y a ceux qui pensent que leurs propos sexistes ne sont que des blagues et ceux qui ne se sentent même pas concernés par tout ça. Ambiance à l'Assemblée nationale, après l'affaire Baupin.

Lundi 9 mai, Mediapart et France Inter publiaient des témoignages accusant le député écologiste Denis Baupin de harcèlements et d'agressions sexuelles. Le jour même, Aurore Bergé, élue Les Républicains des Yvelines, postait sur les réseaux sociaux son témoignage. Elle affirmait avoir été accueillie en conseil d'agglomération par un "Quand je te vois, j'ai envie de te faire une Baupin".

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Outre l'indignation déclenchée par ces révélations, une minorité d'élus ont vu là une occasion pour diversifier le champ de leurs "blagues" sexistes. C'est ce que montre  une enquête de Slate  auprès de collaboratrices parlementaires dont les prénoms ont été changés "tant dénoncer le sexisme n’est pas encore chose facile ni valorisée dans le monde politique", précise la journaliste. "'Toi, on va t'envoyer Baupin', c'est la grosse blague du moment", raconte ainsi Juliette.

"Baupin, on comprend qu’il a fait ça"

Pascaline, une autre collaboratrice parlementaire, déplore : "Tout est tourné en dérision depuis lundi. Tout est minimisé, tout est pris à la légère. Comme s’il ne fallait, malgré tout, rien déranger ni remettre en question."

Il y a eu le député LR Pierre Lellouche, qui ne souhaitait pas "commenter les histoires de bonnes femmes" . Il y a aussi ceux qui excusent Denis Baupin, à leur façon : "Baupin, on comprend qu’il a fait ça, vu la gueule de sa femme". La grande classe, Emmanuelle Cosse appréciera.

La "blague" de l'ascenseur

Quelques-uns de ces gentlemen vivraient mal le fait de ne plus pouvoir harceler tranquillement les femmes. Au point d'adopter une posture plus "défensive", presque de se victimiser : "A-t-on encore le droit d’être un homme et une femme dans un ascenseur ?" se demandent deux députés, selon Aline.

"J’ai vu plusieurs députés qui passent à côté de collaboratrices en mettant ostensiblement leurs mains dans leur dos. Je dirais qu’ils sentent qu’ils sont sous pression et que leurs actes peuvent être rendus publics", témoigne Hortense. Ces élus auraient-ils peur de ne plus pouvoir agir impunément comme des prédateurs sexuels ?

"Un manque de prise de conscience très large"

Si une minorité de députés profitent de l'affaire Baupin pour redoubler d'une galanterie très personnelle, d'autres ne semblent pas comprendre l'importance de l'enjeu. "Les hommes qui se sentent concernés en rient et l’évacuent d’un coup de main, raconte Matthias, lui aussi collaborateur parlementaire. Il y a un manque de prise de conscience très large [...] qui ne concerne pas que le sexisme, mais aussi les questions raciales, d’homophobie et toutes les discriminations."

Il faudra du temps et de la persévérance pour que les comportements évoluent, à l'Assemblée comme ailleurs. Reste à voir ce que les autorités mettront en oeuvre pour protéger les femmes et condamner ces hommes.

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